Carême

De la pénitence corporelle

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« L'apôtre Saint Paul a déclaré que nous avons une lutte à soutenir contre les princes des ténèbres, et les esprits du mal qui habitent dans l'air (…). Cherchons comment il nous faut combattre et vaincre ces ennemis invisibles (...) L'Apôtre veut bien nous l'enseigner lui-même : « Je ne combats pas, dit-il, en donnant des coups en l'air ; mais je châtie mon corps, je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres je ne sois réprouvé moi-même » (1 Cor. IX, 26). Il dit encore : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis à mon tour de Jésus-Christ » (1 Cor. XI, 1). Que signifient ces paroles, sinon que l'Apôtre avait triomphé des puissances de ce monde, comme il enseigne que l'avait fait d'abord le Seigneur dont il se déclare l'imitateur ? Suivons donc son exemple, comme il nous y engage, châtions notre corps, et réduisons-le en servitude, si nous voulons vaincre le monde. Comme le monde exerce sur nous son empire par ses plaisirs défendus, par ses pompes et par un esprit de curiosité funeste, c'est-à-dire, par tous ces biens séducteurs et dangereux qui enchaînent les amateurs des biens du siècle, et les forcent à servir Satan et ses complices ; si nous résistons à toutes ces tentations, notre corps sera réduit en servitude ».
Saint Augustin : Du combat chrétien, chapp. 5 et 6.

Réfléchissons en ce jour à un point qui est absolument étranger aux mentalités modernes, à un point qui a même été moqué par des prêtres et des religieux dans ces dernières décennies de crise de l'Eglise, à un point qui effraie notre nature : il s'agit de la mortification physique.
Il n'y a pourtant rien de plus traditionnel, il n'y a rien de plus enraciné dans les pratiques liées à la vie spirituelle, il n'y a rien de plus fondé dans les Saintes Ecritures, il n'y a rien de plus conforme aux enseignements de Notre-Seigneur, des saints Apôtres, des grands maîtres spirituels tout au long de l'histoire de l'Église... et il n'y a peut-être rien de plus oublié, voire méprisé ou décrié de nos jours : la mortification corporelle.
Cet extrait de saint Augustin est à lire attentivement, à relire attentivement, à méditer attentivement : tout s'y trouve exprimé de manière claire et parfaitement équilibrée.
Lorsque l'on parle de mortification, il ne s'agit évidemment ni de masochisme ni de pratiques conséquentes à des troubles psychologiques et mentaux. 
Il s'agit cependant, selon les propres termes de saint Paul commentés par saint Augustin de « châtier son corps », et de « le réduire en servitude », c'est-à-dire de le dominer, de maîtriser totalement ses tendances désordonnées.
Les termes employés par saint Paul sont très précis : « réduire son corps en servitude », c'est rétablir la primauté de l'esprit sur le corps, selon l'ordre normal voulu par Dieu, alors que le plus souvent aujourd'hui c'est l'inverse qui est le plus fréquent ; le « châtier », c'est expier – pratiquer une réparation – pour les fautes de sensualité auxquelles nous a entraînées notre corps, ce corps auquel la société contemporaine voue un véritable culte [NDLR : la somatolatrie dont parle Romano Amerio dans Iota unum] ; enfin, châtier son corps, ce peut-être aussi une manière de réparer pour les fautes des autres, ainsi que tant de Saints l'ont fait...
Il ne s'agit donc absolument pas d'une « haine de soi » morbide ; il ne s'agit pas non plus de mettre sa vie (ou son équilibre) en péril par des imprudences ; il ne s'agit pas davantage de pratiquer des choses extraordinaires – voire extravagantes – qui nous singulariseraient aux yeux de tous... et donneraient de notre sainte religion une image fausse.
Le but de la mortification corporelle n'est pas de se faire du mal, mais de discipliner et de maîtriser nos tendances désordonnées : en particulier tout ce qui touche à la sensualité (gourmandise, recherche excessive de son confort et de ses aises, impureté...). La mortification n'est pas une fin en soi : ce qui est visé et recherché, c'est une croissance spirituelle, ce sont les vertus, et au plus haut point la charité envers Dieu et envers nos frères.
Si la pénitence n'est que physique c'est, selon une expression de saint Jean de la Croix, une « pénitence de bête » ! Si les mortifications corporelles sont pour nourrir une tendance psychique désordonnée elles sont évidemment mauvaises ! Si les « macérations » contribuent à nous persuader de notre propre excellence spirituelle ([…] « je fais telle prouesse par pénitence donc je suis quelqu'un de bien et je deviens un grand Saint »), elles sont détournées de leur but et entretiennent le péché !
C’est pourquoi les mortifications corporelles doivent TOUJOURS être pratiquées sous le contrôle strict du conseiller spirituel.
Ce qui doit être recherché, ce sont moins les mortifications « spectaculaires » (qui ont tendance à flatter notre orgueil) que ces petites mortifications quotidiennes, invisibles aux autres, mais qui peuvent véritablement être héroïques par leur caractère continu et persévérant : prendre l'habitude de se servir modérément (et de ne pas se resservir) d'un mets qui plaît à notre goût, mais prendre une bonne ration (et reprendre) d'une nourriture que l'on n'aime pas ; ne pas s'appuyer au dossier de sa chaise au lieu de s'abandonner à des postures avachies ; baisser la température de l'eau de la douche et ne pas en laisser couler l'eau longtemps pour le simple plaisir ; supporter sans se plaindre une démangeaison ; accepter un petit caillou qui s'est introduit dans sa chaussure, etc. etc. Tant et tant de choses qui – chaque jour et tout au long du jour – nous permettent d'établir et de renforcer notre domination sur notre sensualité et sur notre corps, parce que nous savons bien que, lui, profite de toutes les occasions pour dominer nos facultés psychologiques et spirituelles.
Ce sont ces petites pénitences, persévérantes et quotidiennes, qui dans la durée, se révèlent plus « efficaces » et profitables que les flagellations et les choses extraordinaires, après lesquelles on est ensuite porté à « compenser » par des excès inverses !

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