10 mai 2016

 222e anniversaire du martyre de Madame Elisabeth


Elisabeth demande alors qu'on veuille bien lui accorder le secours d'un prêtre. "Bah! Bah! Elle mourra bien sans la bénédiction d'un capucin!" D'après ce qu'il confiera à la princesse de tarente, l'abbé  Magnin, confesseur de Marie-Antoinette, put aussi donner à la princesse la dernière absolution. Une nouvelle fois, Elisabeth prie le concierge de bien vouloir présenter ses compliments à sa soeur. Entendant ces mots, l'une des dames faisaient partie de la "fournée" lui révèle alors l'exécution de la reine. -Je vois que vous ignorez encore que Madame votre soeur a subi le sort que nous allons subir à notre tour Un gardien, nommé Geoffroy a relaté que tous, comme attirés par une force surnaturelle, venaient se grouper autour d'Elisabeth A chacun elle disait un mot, une phrase, qui venaient du plus profond de son coeur. -Ayez confiance en Dieu, qui récompense tous les sacrifices maintenant accomplis... Je vous conjure d'offrir votre vie pour le salut de votre âme, et aussi pour celui de la France. Le comte Loménie de Brienne, ancien ministre de Louis XVI, gémit qu'il n'avait cessé de faire le bien dans son domaine: -Ah! Monsieur, s'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu Vous avez montré à vos compatriotes à faire le bien, vous leur montrerez comment on meurt quand on a la conscience en paix Mme de Montmorin pleure, non pas sur elle, mais pour son fils, si jeune, qui tente en vain de la consoler -Je veux bien mourir, mais je ne puis le voir mourir, lui... -Vous aimez votre fils et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! s'étonne Elisabeth Vous allez trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette terre où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!  -Viens, viens, mon enfant, nous monteront ensemble! s'exclame la malheureuse mère, transfigurée  (propos recueillies par Marguerite, une domestique de Mme de Montmorin). 
Lamoignon offre ses regrets sur ce qui lui reste de vie, ainsi que la marquise de Crussol d'Amboise, âgée de 64 ans.
-Voyez mes amis, il faut nous réjouir: on n'exige point de nous, comme des anciens martyrs, le sacrifice de nos croyances, on ne nous demande que l'abandon de notre misérable vie! Faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation On l'a vu, il n'y a pas que les aristocrates dans les derniers "entours" d'Elisabeth. "Ce cortège est bien l'emblème de la monarchie, qui n'est d'aucune classe, mais appartient à toutes. On vient procéder à la toilette funèbre des condamnés. Elisabeth sent sur son cou délicat la lame froide des ciseaux. La soyeuse chevelure tombe à ses pieds... Elle sera vendue un bon prix avec toutes les autres. Un roulement sourd retentit dans la cour de Mai. Ce sont les charrettes, ces véhicules que Portrait de Barère (1793-1794)par Jean-Louis Laneuville Barère de Vieuzac appelle "les bières des vivants", qui viennent chercher ceux qui doivent mourir. La princesse, peut-être en un dernier geste de coquetterie ou par respect des convenances, recouvre ses mèches inégales d'un grand mouchoir blanc. Avant de partir, elle conjure la Jean-Antoine Houdon (1741-1828) Bust of Madame de Sérilly 1782  comtesse de Sérilly de faire l'aveu de sa grossesse -A quoi bon? répète la jeune veuve, pourquoi prolonger mes souffrances? Elisabeth la résonne, lui fait comprendre que c'est un devoir sacré envers l'enfant qu'elle porte et en souvenir de son mari. Mme de Sérilly finit par s'incliner et sera sauvée par la chute de Robespierre. Le ciel est radieusement bleu en ce 20 floréal, an II de la République. Les rues sur le passage des charrettes sont remplies d'une foule étrangement silencieuse, "comme si la vue de la martyre arrêtait sur ses lèvres tout blasphème et toute injure" notera moelle, membre de la Commune. L'abbé de Sambucy, devenu tourneur chez un quincaillier en face de la cour de Mai, accompagne longtemps du regard la fine silhouette blanche; avec son fichu de mousseline qui couvre ses épaules, elle tranche sur ses compagnons, et semble déjà auréolée de la couronne des martyrs. Le cher docteur Dassy, le compagnon des promenades à Fontainebleau, l'aperçoit par hasard. Il se sent défaillir. Suffoqué de chagrin, il peut à peine se traîner vers son domicile et dire à son épouse:-J'ai reçu un coup de mort.  Je viens de rencontrer et de reconnaître dans une charrette un ange allant à l'échafaud! Il lui faudra plusieurs jours pour se remettre. Si certains, apercevant la charrette, commencent à huer et à lancer des injures, lorsqu'ils reconnaissent la blanche jeune fille, ils se taisent "consternés". Moelle, qui a vu souvent Elisabeth au Temple, se trouve à la descente du Pont-Neuf, du côté du quai de l'Ecole Il remarque à ce moment que le grand mouchoir blanc qui couvrait la tête de la princesse vient de glisser et tomber à ses pieds. Le bourreau, debout à ses côtés, propose de le lui replacer, et, sur le refus d'Elisabeth, il met le mouchoir dans sa poche. Le réflexe bien naturel de dissimuler l'horrible coupe de cheveux est dépassé. Plutôt que d'être touchée par cet homme dont les mains ont été rougies par le sang des siens, elle préfère rester tête nue. Moelle suit la charrette. Mmes Beugnot et Duquesnoy avaient fait demander à la jeune femme de bien vouloir les bénir lorsqu'elle passerait à l'angle de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré... "Le peuple l'admire et ne l'insulte point", relate Moelle. Détachée d'un montant de la charrette auquel on l'avait liée, elle se met debout la première et, souriant à ses compagnons, elle leur dit presque avec enjouement:"nous allons tous nous retrouver au ciel". Descendue du véhicule, elle s'assied sur un banc avec "sa cour", le dos à l'échafaud. Fouquier-Tinville et Dumas, selon un usage cruellement raffiné, l'ont désignée comme la dernière à passer sous le couperet. Mme de Crussol, appelée la première s'incline profondément devant la princesse et lui demande la grâce de pouvoir l'embrasser. Elisabeth se souvient-elle de la petite fille qui refusait d'embrasser ceux qui n'appartenaient pas à sa famille ? Elle sourit:-Bien volontiers, et de tout mon coeur. Chez elle, ce n'est pas un vain mot. Toutes les femmes reçoivent ce baiser, baiser de paix, communion spirituelle avec celle qui se trouve la plus proche du Sauveur. Les hommes ploient le genou: "Elle préside ainsi, en vraie princesse du sang, sa dernière reception, entourée des égards, du respect et de l'amour de ses compagnons". Elle représente pour eux l'ange de la monarchie. Ils saluent en elle louis XVI et aussi Louis XVII leur nouveau roi. Un homme s'approche, intrigué, curieux de savoir qui saluent les condamnés avec autant de déférence. Informé, le misérable s'exclame:-On a beau lui faire des salamalecs, ricane-t-il, la voilà foutue comme l'Autrichienne. Elisabeth ne l'a pas entendu. Elle récite à haute voix le De profundis pour ceux qui escaladent l'échelle: -De profondis clamavi ad te, Domine. Domine, exaudi vocem mean. Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur. Seigneur, écoutez ma voix... A cette place, contre l'échafaud, presque dessous, le choc de la chute du couperet retentit affreusement jusqu'au fond de l'âme. Chaque fois que le bourreau accomplit sa sinistre besogne, la foule hurle:"Vive la Nation! Vive la République!" Acclamations auxquelles Calixte de Montmorin répond par un vibrant "Vive le roi!" répété aussitôt par le brave Baptiste Dubois, domestique de son état, peut-être secrètement fier de se trouver en compagnie d'aussi beau monde pour mourir. Enfin l'abbé Chambertrand monte à son tour les marches raides. -Courage et foi en la miséricorde de Dieu, murmure Elisabeth en guise d'adieu. La voici seule... -Elisabeth Capet! Elle se lève sans hésiter. D'un pas ferme, elle gravit les degrés. "Au moment où on allait l'attacher à la planche, son fichu de mousseline glissa, laissant apercevoir une médaille d'argent de la Vierge, ainsi qu'un petit portefeuille, attachés à son cou par un même cordon de soie" (Extraits du registre des dépôts au greffe du Tribunal révolutionnaire en date du 22 floréal) - Au nom de la pudeur, couvrez-moi, monsieur. Avec douceur, le bourreau lui rajusta son fichu. Ce furent ses dernières paroles. 
La foule reste muette, sans réaction, figée. Aucun roulement de tambour ne se fait entendre...
 Macé, capitaine de la garde nationale, de service au temple au cours de l'hiver, "au moment d'ordonner le signal, tombe sans connaissance. Paralysé, mourant presque, il dut être transporté par les gardes saisis de frayeur". "toutes les relations et les Mémoires de ce temps s'accordaient à dire qu'à l'instant où elle reçut le coup fatal, une odeur de rose se répandit sur toute la place Louis XV. On voit dans la vie des saints que ce miracle d'un parfum suave se répandant, tout à coup, est arrivé plus d'une fois au moment de la mort de saints personnages". "Si j'étais peintre, a écrit Ernest Daudet, et si j'avais à fixer le portrait de cette boucherie sur la toile, je montrerais, au moment où la princesse reçoit le coup de mort, une blanche colombe s'élançant de son corps mutilé... Cette image de légende symboliserait une chose admirable: une âme de martyre allant au ciel, non pour lui demander vengeance contre ceux qui l'on fait périr, mais pour supplier de leur pardonner". Comme saisie de stupeur, la foule s'écoule en silence. "Au moment où j'ai aperçu la charrette sur laquelle on place les cadavres et les têtes des victimes, relatera la femme Baudet, concierge de l'hospice de Devillars, rue du Regard, je suis partie comme le vent!" "Elle est morte comme un héros, avec une telle patience et une telle tranquillité que sa mort a produit, même parmi les monstres qui l'ont égorgée, un tel étonnement que, le soir même du 10, il fut porté chez tous les imprimeurs et journalistes un ordre du Comité du salut public, qui défendait de parler d'aucun détail de cet évènement". Derrière la guillotine stationne un tombereau attelé de deux chevaux. A l'intérieur, deux paniers: l'un relativement grand pour les corps, l'autre plus petit pour les têtes des suppliciés. Escorté par la gendarmerie, le funèbre véhicule se met en marche en grinçant. Quelques rares cris isolés de "Vive la République!" s'élèvent, poussés par des irréductibles. Lentement, le convoi suit les rues de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne, de Saint-Lazare et gravit la rue du Rocher. Nulle manifestation ne se produit sur le parcours. Parfois, derrière la vitre d'une fenêtre, on devine un visage à demi dissimulé par les rideaux. Quelques passants se signent furtivement. Au haut de la montée, la rue du Rocher dont le tracé est resté le même, prend alors le nom de rue des Errancis, un simple chemin de terre qui conduit à la barrière de Mousseau (aujourd'hui Monceau). Il s'y élevait autrefois un calvaire que les révolutionnaires ont jeté bas. A une courte distance de la barrière, sur la gauche, pratiquée dans le mur d'enceinte dela ville, se trouve une porte charretière qui donne sur l'enclos du Christ, en raison de la grande croix qui dominait le terrain, et que l'on n'a pas songé à débaptiser. Depuis deux mois, cet enclos, où l'on remarque encore des traces de culture, sert de cimetière, celui de la Madeleine n'ayant plus suffisamment de terre pour recouvrir les trépassés. Dans l'enclos, une tranchée de 12 à 15 pieds a déjà été préparée. Le corps de Madame Elisabeth est aisément reconnaissable. Exécutée en dernier, elle repose sur la pile de cadavres et, de ce fait, ses vêtements blancs sont à peine tâchés de sang. Celle dont les derniers mots ont été un appel à la pudeur est alors dépouillée de ses effets qui seront remis à l'Hôtel-Dieu, avec tous les autres. Les cadavres peut-être encore tièdes sont descendus et rangés dans la fosse, mais (détail atroce) les têtes sont mises au petit bonheur. De sorte que si le fossoyeur déclarera plus tard que la princesse a été couchée "face contre terre, dans le fond de la fosse, du côté le plus rapproché du mur", il ne put préciser où se trouvait la tête...Le fond de la tombe une fois rempli, on recouvre de terres les suppliciés, et ainsi de suite jusqu'à la troisième rangée sur une hauteur de trois pieds de terre. Au 97 rue de Monceau, presque à l'angle que cette rue forme avec la rue du Rocher, on peut lire sur une plaque: "Emplacement de l'ancien cimetière des errancis où furent inhumés, du 24 mars 1794 au mois de mai 1795, les corps de 1119 personnes guillotinées place de la Révolution". Quand le commis de l'exécuteur, le citoyen Desmouret, fouilla dans les poches de Madame Elisabeth, il trouva les précieux trésors qu'elle avait voulu conserver jusqu'au dernier instant: un mini-crucifix enfermé dans un médaillon en verre cerclé d'or; un cachet en or en trois parties représentant les armes de France et de Navarre "de l'Ancien Régime", l'autre une colombe et la dernière une tête d'homme; une chaîne en or où se trouvait attaché un coeur contenant des cheveux et une petite croix en or; une médaille d'argent représentant une immaculée conception de la ci-devant Vierge et une petite clé de portefeuille... (Source)

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Madame Élisabeth de France

Ô Dieu, qui par un effet admirable de Votre Providence, avez daigné enrichir le cœur de Votre servante Madame Élisabeth de France, des trésors les plus précieux de la nature et de la grâce : pour que ces dons ne demeurent pas stériles en son âme, daignez avoir pour agréables les prières que nous Vous adressons par son intercession, et donnez-nous d’imiter, avec son abandon à cette même Providence, son abnégation et sa générosité dans le sacrifice, afin que, par une sainte vie, nous méritions tous d’avoir part à la joie dont Vous couronnez Vos élus. Ainsi soit-il.

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