A propos d'Amoris Laetitia (suite)



En cette fête de saint Athanase d'Alexandrie, Docteur de l'Eglise
Réflexion du nouvel Athanase
sur l'exhortation apostolique Amoris laetitia

"La confusion est à son comble"

"Ingemuit totus orbis, et divortium in praxi se accepisse miratus est"


Réflexion de S.Exc.R. Mgr Athanasius Schneider, Evêque auxiliaire de l'archidiocèse d'Astana au Kazakhstan, au sujet de l'exhortation apostolique post-synodale du pape François Amoris LaetitiaLe texte en italien est publié sur Corrispondenza Romana. Anna l'a traduit en français avec l'autorisation du Professeur de Mattei. Source : Benoît & moi.



Le paradoxe des interprétations contradictoires de « Amoris laetitia »

L'Exhortation Apostolique Amoris Laetitia (AL) récemment publiée, qui contient une grande richesse spirituelle et pastorale pour la vie dans le mariage et la famille chrétienne de notre époque, a malheureusement déjà provoqué en peu de temps des interprétations contradictoires même dans le milieu de l'épiscopat.

Il y a des évêques et des prêtres qui avaient publiquement et ouvertement déclaré qu'Amoris Laetitia, récemment publiée, donnerait une ouverture très claire à la Communion pour les divorcés-remariés, sans leur demander de vivre dans la continence. Dans cet aspect de la pratique sacramentelle, qui d'après eux aurait à présent changé de manière significative, consisterait l'aspect vraiment révolutionnaire d'
Amoris Laetitia. En interprétant Amoris Laetitia avec référence aux couples irréguliers, le Président d'une Conférence épiscopale a déclaré dans un texte publié sur le site web de la même Conférence: "Il s'agit d'une mesure de miséricorde, d'une ouverture de cœur, raison et esprit pour laquelle aucune loi n'est nécessaire, et il ne faut s'attendre à aucune directive ni à des indications. On peut et on doit la mettre en pratique immédiatement". 

Cet avis a été ultérieurement confirmé par les récentes déclarations du père Antonio Spadaro S.J., lequel, après le Synodes des Évêques de 2015, avait écrit que le synode avait posé les "fondements" pour l'accès des divorcés-remariés à la Communion, "ouvrant une porte" qui était encore fermée lors du synode précédent de 2014. Maintenant, affirme le Père Spadaro dans son commentaire à 
Amoris Laetitia, sa prédiction a été confirmée. Le père Spadaro a, semble-t-il, fait lui-même partie du comité rédactionnel d'Amoris Laetitia.

La voie aux interprétations abusives semble avoir été indiquée par le cardinal Schönborn lui-même, qui, lors de la présentation officielle d'
Amoris Laetitia à Rome, avait déclaré à propos des unions irrégulières: "La grande joie que me procure ce document réside dans le fait qu'il dépasse de manière cohérente la division spécieuse, extérieure et nette entre "réguliers" et "irréguliers". Une telle affirmation suggère qu'il n'y a pas de différence claire entre un mariage valide et sacramentel et une union irrégulière, entre péché véniel et mortel.

De l'autre côté, certains évêques affirment qu'
Amoris Laetitia doit être lue au regard du Magistère pérenne de l'Église et qu'Amoris Laetitia n'autorise pas la Communion aux divorcés-remariés, même en des cas exceptionnels. En principe, cette affirmation est correcte et désirable. Chaque texte du Magistère devrait en effet, en règle générale, être cohérent dans son contenu avec le Magistère précédent, sans aucune rupture.

Et cependant, il n'est pas un secret qu’en différents endroits, les personnes divorcées et remariées sont admises à la Sainte Communion, sans qu'elles vivent dans la continence. Certaines affirmations d'
Amoris Laetitia peuvent être réalistement utilisées afin de légitimer un abus déjà pratiqué pendant un certain temps et à certains endroits dans la vie de l'Église. 

Certaines affirmations de l´Amoris laetitia sont objectivement passibles d'interprétations erronées

Notre Saint Père le Pape François nous a tous invités à offrir notre propre contribution à la réflexion et au dialogue au sujet des questions délicates concernant le mariage et la famille. "La réflexion des pasteurs et des théologiens, si elle est fidèle à l’Église, si elle est honnête, réaliste et créative, nous aidera à trouver davantage de clarté" (AL, 2).

Analysant avec honnêteté intellectuelle certaines affirmations d'
Amoris Laetitia, vues dans leur contexte, on constate une difficulté de l'interpréter selon la doctrine traditionnelle de l'Église. Cela s'explique par l'absence de l'affirmation concrète de la doctrine et de la pratique constante de l'Église, fondée sur la Parole de Dieu et réitérée par le pape Jean-Paul II qui dit :
 "L'Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l'Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d'y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d'amour entre le Christ et l'Eglise, telle qu'elle s'exprime et est rendue présente dans l'Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si on admettait ces personnes à l'Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l'Eglise concernant l'indissolubilité du mariage. La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui se sont repentis d'avoir violé le signe de l'Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l'indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l'homme et la femme ne peuvent pas, pour des motifs graves - par l'exemple l'éducation des enfants -, remplir l'obligation de la séparation, ils prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux » (Familiaris Consortio, 84). 
Le pape François n'a pas établi "une nouvelle législation générale de caractère canonique, applicable à tous les cas" (AL, n. 300). À la note 336 il déclare toutefois : "Pas davantage en ce qui concerne la discipline sacramentelle, étant donné que le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave".

Se référant évidemment aux divorcés remariés le pape affirme dans Amoris Laetitia, au n. 305 : 
"À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement –, l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église". 
Dans la note 351 le pape clarifie sa propre affirmation disant que "dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements". 

Dans le même chapitre VIII d'
Amoris Laetitia, au n. 298, le Pape parle des 
"divorcés engagés dans une nouvelle union, … avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes. L’Église reconnaît des situations où « l'homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par exemple l'éducation des enfants -, remplir l'obligation de la séparation »". 
Dans la note 329 le Pape cite le document Gaudium et Spes d'une façon malheureusement incorrecte, car le Concile se réfère dans ce cas uniquement au mariage chrétien valide. L'application de cette affirmation aux divorcés peut provoquer l'impression que le mariage valide soit assimilé, non pas en théorie, mais dans la pratique à une union entre divorcés.

L´admission des divorcés-remariées à la Sainte Communion et ses conséquences

Amoris Laetitia est malheureusement dépourvue des citations verbales des principes de la doctrine morale de l'Église dans la forme où ils ont été énoncés au n. 84 de l'Exhortation Apostolique Familiaris Consortio et dans l'EncycliqueVeritatis Splendor du pape Jean-Paul II, notamment sur les thèmes suivants d'importance capitale: "le choix fondamental" (Veritatis Splendor nn. 67-68), "péché mortel et péché véniel" (ibid., n.69-70), "proportionnalisme, conséquentialisme" (ibid., nn.91ss). 

Une citation verbale de Familiaris Consortio n. 84 et de certaines affirmations plus marquantes de Veritatis Splendor rendraient toutefois Amoris Laetitia inattaquable du point de vue d'interprétations hétérodoxes. Des allusions génériques aux principes moraux et à la doctrine de l'Église sont évidemment insuffisantes dans une matière controversée qui est d'importance délicate et capitale. 

Certains représentants du clergé et de l'épiscopat affirment déjà que, selon l'esprit du chapitre VIII d'
Amoris Laetitia, il n'est pas exclu qu'en des cas exceptionnels les divorcés-remariés puissent être admis à la Sainte Communion sans qu'il leur soit demandé de vivre en parfaite continence. 

Admettant une telle interprétation de la lettre et de l'esprit d'
Amoris Laetitia, il faudrait, avec honnêteté intellectuelle et selon le principe de non-contradiction, accepter les conclusions logiques qui suivent:

·         Le sixième commandement divin qui interdit tout acte sexuel en dehors du mariage valide, ne serait plus universellement valide si des exceptions étaient admises. Dans notre cas: les divorcés pourraient pratiquer l'acte sexuel, et y sont même encouragés afin de conserver la "fidélité" mutuelle (cf. AL, 298). Il pourrait donc y avoir une "fidélité" dans un style de vie directement contraire à la volonté explicite de Dieu. Toutefois, encourager et légitimer des actes qui sont en soi et toujours contraires à la volonté de Dieu contredirait la Révélation Divine.
·         La parole divine du Christ: "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a joint" (Mt 19, 6) ne serait donc plus valide toujours et pour tous les conjoints sans exception. Il serait possible dans un cas particulier de recevoir le sacrement de la Pénitence et la Sainte Communion avec l'intention de continuer à violer directement les commandements divins: "Tu ne commettras point d'adultère" (Ex 20, 14), et "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a joint" (Mt 19, 2, 24).
·         L'observance de ces commandements et de la Parole de Dieu adviendrait en ces cas uniquement dans la théorie et non pas dans la pratique, conduisant donc les divorcés-remariés "à se tromper eux-mêmes" (Jacques, 1, 22). On pourrait donc avoir une foi parfaite dans le caractère divin du sixième commandement et de l'indissolubilité du mariage mais sans les œuvres correspondantes.
·         La Parole Divine du Christ: "Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère" (Mc 10, 12) n'aurait donc plus de validité universelle mais admettrait des exceptions.
·         La violation permanente, consciente et libre du sixième commandement de Dieu et du caractère sacré et indissoluble de son propre mariage valide (dans le cas des divorcés- remariés) ne serait donc plus un péché grave, voire une opposition directe à la volonté de Dieu.
·         Il peut y avoir des cas de violation grave, permanente, consciente et libre des autres commandements de Dieu (par exemple dans le cas d'un style de vie de corruption financière), où l'accès aux sacrements pourrait être accordé à une personne déterminée, à cause de circonstances atténuantes, sans exiger une sincère résolution d'éviter à l'avenir les actes de péché et de scandale.
·         L'enseignement infaillibile et pérenne de l'Église ne serait plus universellement valable, en particulier l'enseignement confirmé par le pape Jean-Paul II dans Familiaris Consortio, n. 84, et par le pape Benoît XVI dans Sacramentum caritatis, n.29, selon lequel la condition des divorcés pour recevoir les sacrements serait la continence parfaite.
·         L'observance du sixième commandement de Dieu et de l'indissolubilité du mariage serait un idéal non réalisable de la part de tous, mais en quelque sorte uniquement pour une élite.
·         Les paroles intransigeantes du Christ qui commandent aux hommes d'observer les commandements de Dieu toujours et en toutes les circonstances, même en acceptant à cet effet des souffrances considérables, c'est à dire en acceptant la Croix, ne seraient plus valides dans leur vérité. "Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe la et jette-la loin de toi; car mieux vaut pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n'aille pas dans la Géhenne" (Mt 5, 30).

Admettre les couples en "unions irrégulières" à la Sainte Communion, leur permettant de pratiquer les actes réservés aux conjoints du mariage valide, équivaudrait à l'usurpation d'un pouvoir qui n'appartient à aucune autorité humaine, car il s'agirait ici de la prétention de corriger la Parole-même de Dieu.

Danger d´une collaboration de l´Église dans la propagation du « fléau du divorce »

En professant la doctrine de toujours de Notre Seigneur Jésus Christ, l´Église nous enseigne : "Fidèle au Seigneur, l’Église ne peut reconnaître comme Mariage l’union des divorcés remariés civilement". "Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari pour en épouser un autre, elle est coupable d’adultère" (Mc 10,11-12). 
"À leur égard, l’Église fait preuve d’une sollicitude attentive, les invitant à une vie de foi, à la prière, aux œuvres de charité et à l’éducation chrétienne des enfants. Mais aussi longtemps que dure leur situation, qui est objectivement contraire à la loi de Dieu, ils ne peuvent pas recevoir l’absolution sacramentelle, ni accéder à la communion eucharistique, ni exercer certaines responsabilités dans l’Église" (Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, 349)
Vivre dans une union maritale non valide qui contredise en permanence le commandement de Dieu, la sacralité et l'indissolubilité du mariage, ne signifie pas vivre dans la vérité. Déclarer que la pratique délibérée, libre et habituelle des actes sexuels dans une union maritale non valide pourrait dans un cas concret ne plus être un péché grave, n'est pas la vérité, mais un mensonge grave, et n'apportera donc jamais une joie authentique dans l'amour. Par conséquent, permettre à ces personnes de recevoir la Sainte Communion signifie simulation, hypocrisie et mensonge. Reste en effet valide la Parole de Dieu dans la Sainte Écriture: "Celui qui dit 'Je l'ai connu' alors qu'il ne garde pas ses commandements est un menteur et la vérité n'est pas en lui" (1 Jean 2, 4).

Le Magistère de l'Église nous enseigne la validité universelle des dix Commandements de Dieu : 
"Puisqu’ils expriment les devoirs fondamentaux de l’homme envers Dieu et envers son prochain, les dix Commandements révèlent, en leur contenu primordial, des obligations graves. Ils sont foncièrement immuables et leur obligation vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser" (Catéchisme de l´Église Catholique, 2072). 
Ceux qui ont affirmé que les Commandements de Dieu et notamment le commandement "tu ne commettras point d´adultère" peuvent avoir des exceptions, et en certains cas la non-imputabilité de la faute du divorce, étaient les Pharisiens et ensuite les Gnostique chrétiens aux IIe et IIIe siècles.

Les affirmations suivantes du Magistère restent toujours valides car elles font partie du Magistère infaillible dans la forme du magistère universel et ordinaire: 
"Les préceptes négatifs de la loi naturelle sont universellement valables : ils obligent tous et chacun, toujours et en toute circonstance. En effet, ils interdisent une action déterminée semper et pro semper, sans exception. ... Il y a des comportements qui ne peuvent jamais, et dans aucune situation, être la réponse juste. … L'Eglise a toujours enseigné que l'on ne doit jamais choisir des comportements prohibés par les commandements moraux, exprimés sous forme négative par l'Ancien et le Nouveau Testament. Comme on l'a vu, Jésus lui-même réaffirme qu'on ne peut pas déroger à ces interdictions : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage » (Mt 19, 17-18)" (Jean Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 52). 
Le Magistère de l´Église nous enseigne avec encore davantage de clarté : "La conscience bonne et pure est éclairée par la foi véritable. Car la charité procède en même temps « d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sans détours » " (1 Tm 1, 5 ; cf. 3, 9 ; 2 Tm 1, 3 ; 1 P 3, 21 ; Ac 24, 16)" (Catéchisme de l´Église Catholique, 1794).

Au cas où une personne commet un acte moralement objectivement grave, en pleine conscience, saine d'esprit, avec libre décision et l´intention de répéter cet acte à l'avenir, il est impossible d'appliquer le principe de la non-imputabilité de la faute à cause des circonstances atténuantes. L'application du principe de la non-imputabilité à ces couples de divorcés-remariés représenterait une hypocrisie et un sophisme gnostique. Si l´Église admettait ces personnes, même dans un seul cas, à la Sainte Communion, elle contredirait ce qu'elle professe dans la doctrine, offrant elle-même un contre-témoignage publique contraire à l'indissolubilité du mariage et contribuant ainsi à la croissance du "fléau du divorce" (concile Vatican II, Gaudium et spes, 47).

Afin d'éviter une telle contradiction intolérable et scandaleuse, l´Église, interprétant infailliblement la vérité divine de la loi morale et de l'indissolubilité du mariage, a observé immuablement, pendant deux mille ans, la pratique d'admettre à la Sainte Communion uniquement les divorcés qui vivent en continence parfaite et "remoto scandalo", sans aucune exception ou privilège particulier. 

La première tâche pastorale confiée par Notre Seigneur à son Église est l'enseignement, la doctrine (cf. Mt 28, 20). L'observance des Commandements de Dieu est liée de manière intrinsèque à la doctrine. C'est pourquoi l'Église a toujours rejeté la contradiction entre la doctrine et la vie, la qualifiant de gnostique ou de théorie luthérienne hérétique du "simul iustus et peccator". Entre la foi et la vie des enfants de l'Église il ne devrait pas y avoir de contradiction. 

Quand il s'agit d'observer le commandement explicite de Dieu et de l'indissolubilité du mariage, on ne peut pas parler d'interprétations théologiques opposées. Si Dieu a dit : "Tu ne commettrais pas d'adultère", aucune autorité humaine ne pourrait affirmer : "En des cas exceptionnels ou pour une finalité bonne, un objectif bon, tu peux commettre l'adultère". 

Les affirmations suivantes du pape François, là où le Souverain Pontife parle de l´intégration des divorcés-remariés à la vie de l´Église, sont très importantes: 
"Ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église. … Il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement. … On évite le risque qu’un discernement donné conduise à penser que l’Église entretient une double morale“ (AL, 300). 
Ces affirmations louables d'Amoris Laetitia restent toutefois sans spécifications concrète au sujet de la question de l'obligation des divorcés remariés de se séparer ou au moins de vivre en parfaite continence. 

Lorsqu'il est question de la vie ou de la mort du corps, aucun médecin ne laisserait les choses dans l'ambiguïté. Un médecin ne peut pas dire au patient : "Vous devez décider l'application du médicament en votre conscience dans le respect des lois de la médecine". Un tel comportement de la part d'un médecin serait sans doute jugé irresponsable. Mais la vie de l'âme immortelle est plus importante, puisque de la santé de l'âme dépend son destin pour toute éternité. 

La vérité libératrice de la pénitence et du mystère de la Croix

Affirmer que les divorcés-remariés ne sont pas des pécheurs publics dans l´Église, signifie prétendre ce qui est faux. En outre, être pécheurs est la condition véritable de tous les membres de l´Église militante sur la terre. Si les divorcés-remariés affirment que leurs actes volontaires et délibérés à l'encontre du sixième commandement de Dieu ne sont pas du tout des péchés ou des péchés graves, ils se trompent eux-mêmes et la vérité n'est pas en eux, comme le dit Saint Jean: "Si nous disons: 'Nous n'avons pas de péché', nous nous abusons, la vérité n'est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Lui, qui est fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité. Si nous disons: 'Nous n'avons pas péché', nous faisons de Lui un menteur, et Sa parole n'est pas en nous" (1 Jean 1, 8-10).

L'acceptation de la part des divorcés-remariés de la vérité qu'ils sont pécheurs et même pécheurs publics, n'enlève rien à leur espérance chrétienne. Seule l'acceptation de la réalité et de la vérité leur permet de prendre le chemin d'une pénitence fructueuse selon les paroles de Jésus-Christ.

Il serait très bénéfique de rétablir l'esprit des premiers Chrétiens et de l'époque des Pères de l'Église, alors qu'une vive solidarité des fidèles existait envers les pécheurs publics, une solidarité qui toutefois était selon la vérité. Une telle solidarité n'avait rien de discriminatoire ; il y avait au contraire une participation de toute l'Église au chemin pénitentiel des pécheurs publics par des prières d'intercession, des larmes, des actes d'expiation et de charité en leur faveur. 

L'Exhortation Apostolique Familiaris consortio enseigne : 
"Même ceux qui se sont éloignés du commandement du Seigneur et continuent de vivre dans cet état (divorcés remariés) pourront obtenir de Dieu la grâce de la conversion et du salut, s'ils persévèrent dans la prière, la pénitence et la charité" (n. 84). 
Dans les premiers siècles, les pécheurs publics ont été intégrés dans la communauté orante des fidèles, qui priaient et imploraient à genoux, les bras levés, l'intercession de leurs frères. Tertullien nous donne ce témoignage émouvant :
"Le corps ne peut pas se réjouir lorsqu'un de ses membres souffre. Il est nécessaire qu'il pâtisse tout entier et travaille à sa guérison. Lorsque tu tends les mains aux genoux de tes frères, c'est le Christ que tu touches, c'est le Christ que tu implores. De même, quand ils versent des larmes sur toi, c'est le Christ qui compatit" (De paenitentia, 10, 5-6). 
De la même manière saint Ambroise de Milan dit : 
"L'Église entière a pris sur elle le fardeau du pécheur public, souffrant avec lui au moyen de larmes, prières et douleurs ” (De paenitentia 1, 81).
Il est vrai que les formes de la discipline pénitentielle de l'Église ont changé, mais l'esprit de cette discipline doit rester dans l'Église de tous les temps. Aujourd'hui, certains prêtres et évêques, s'appuyant sur quelques affirmations d'Amoris Laetitia commencent à faire croire aux divorcés-remariés que leur condition n'équivaut pas à l'état objectif de pécheur public. Ils les rassurent, leur disant que leurs actes sexuels ne sont pas un péché grave. Une telle attitude ne correspond pas à la vérité. Ils privent les divorcés-remariés de la possibilité d'une conversion radicale à l'obéissance à la volonté de Dieu, laissant ces âmes dans le mensonge. Une attitude pastorale de ce genre est très facile, elle est bon marché, ne coûte rien. Elle ne coûte pas en larmes, en prières et œuvres d'intercession et d'expiation fraternelle en faveur des divorcés-remariés.

En admettant les divorcés-remariés à la Sainte Communion, même juste en des cas exceptionnels, sans exiger d'eux qu'ils cessent de pratiquer les actes contraires au sixième commandement de Dieu, prétendant en plus que leurs actes ne sont pas un péché grave, on choisit le chemin facile, on écarte le scandale de la Croix. Une telle pastorale des divorcés-remariés est une pastorale éphémère et trompeuse. A tous ceux qui propagent un tel chemin facile et bon marché aux divorcés-remariés, Jésus adresse encore aujourd'hui ces paroles : "Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes !" Alors Jésus dit à ses disciples: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive" (Mt 16, 24-25).

Au sujet de la pastorale des divorcés-remariés il faut raviver aussi de nos jours l'esprit de suivre le Christ dans la vérité de la croix et de la pénitence, qui seule apporte une joie permanente, et évite les joies éphémères qui sont en fin de compte trompeuses. Les paroles du pape saint Grégoire le Grand qui suivent se révèlent vraiment actuelles et lumineuses :
"Il faut ne pas trop nous habituer à cet exil terrestre; il ne faut pas que les commodités de cette vie nous fassent oublier notre vraie patrie, et que notre esprit devienne finalement somnolent au milieu d'elles. C'est pourquoi Dieu unit à ses dons ses visites ou punitions, afin que tout ce qui nous enchante dans ce monde devienne pour nous amer et que s'allume dans l´âme ce feu qui nous pousse toujours à nouveau vers le désir des choses célestes et nous fait progresser. Ce feu nous fait de la peine plaisamment, nous crucifie doucement et nous attriste joyeusement” (In Hez., 2, 4, 3).

L'esprit de l'authentique discipline pénitentielle de l'Église des premiers siècles a perduré dans l´Église jusqu'à nos jours. Nous avons l'exemple touchant de la Bienheureuse Laura del Carmen Vicuna, née en 1891 au Chili. Sœur Azocar, qui avait soigné Laura, a raconté : 

« Je me souviens que la première fois que j’expliquai le sacrement du mariage, Laura s’était évanouie, sans doute parce qu’elle avait compris par mes paroles que sa maman était en état de péché mortel aussi longtemps qu’elle resterait avec ce monsieur. En ce temps-là, à Junin, une seule famille vivait conformément à la volonté de Dieu. Dès lors, Laura multiplia prières et pénitences pour sa maman. Elle fit sa première communion le 2 juin 1901 avec une grande ferveur et écrivit les résolutions suivantes : "1. Je veux, ô mon Jésus, t’aimer et te servir durant toute ma vie ; à cette fin je t’offre toute mon âme, tout mon cœur et tout mon être. - 2. Je préfère mourir plutôt que de t’offenser par le péché ; je veux donc m‘éloigner de tout ce qui pourrait me séparer de toi. - 3. Je promets de faire tout mon possible, même de grands sacrifices, afin que tu sois de plus en plus connu et aimé, et afin de réparer les offenses que chaque jour les hommes qui ne t’aiment pas t'infligent, surtout celles que tu reçois de ceux qui me sont proches. - Oh, mon Dieu, accorde-moi une vie d’amour, de mortification et de sacrifice ! ". 
Sa grande joie est assombrie voyant que sa mère, présente à la cérémonie, ne communie pas. En 1902, Laura offre sa vie pour sa mère qui cohabite avec un homme dans une union irrégulière en Argentine. Laura multiplie prières et privations afin d'obtenir la vraie conversion de sa mère. Quelques heures avant de mourir, elle appelle sa maman auprès d’elle. Comprenant que c’était le moment suprême , Laura s’exclame : "Maman, je vais mourir. C’est moi qui l’ai demandé à Jésus et j’ai été exaucée. Il y a presque deux ans, je lui avais offert ma vie pour la grâce de ton retour. Maman, aurais-je la joie de voir ton repentir avant de mourir ?".  
Bouleversée, sa mère promet : "Demain matin, j’irai à l’église et me confesserai". Laura cherche des yeux le prêtre présent et lui dit : "Mon Père, ma mère promet à cet instant d’abandonner cet homme ; soyez témoin de sa promesse !" elle ajoute : "Maintenant je meurs contente !". C’est avec ces mots qu’elle expire le 22 janvier 1904 à Junin des Andes (Argentine), à 13 ans, dans les bras de sa mère, laquelle retrouve alors la foi mettant fin à l'union irrégulière dans laquelle elle vivait ». 
L'admirable exemple de vie de la jeune Bienheureuse Laura démontre jusqu'à quel point un vrai Catholique prend au sérieux le sixième commandement de Dieu ainsi que la sacralité et l' indissolubilité du mariage. Notre Seigneur Jésus-Christ nous commande d'éviter même l'apparence d'approbation d'une union irrégulière ou d'un adultère. L'Église a toujours fidèlement conservé et transmis sans ambiguïté ce commandement divin dans sa doctrine et sa pratique. En offrant sa jeune vie, la Bienheureuse Laura n'avait certainement pas représenté une des possibles différentes interprétations doctrinales ou pastorales possibles. On ne donne pas sa propre vie pour une interprétation doctrinale ou pastorale possible, mais pour une vérité divine immuable et universellement valide. Une vérité démontrée par l'offrande de la vie d'un grand nombre de Saints, depuis saint Jean Baptiste jusqu'aux simples fidèles de nos jours dont Dieu seul connaît le nom.

La nécessité d´une « veritatis laetitia »

Amoris Laetitia contient certainement et heureusement des affirmations théologiques et des indications spirituelles et pastorales de grande valeur. Toutefois, affirmer qu'Amoris Laetitia devrait être interprétée selon la doctrine et la pratique traditionnelle de l'Église reste, d'un point de vue réaliste, insuffisant. Lorsque dans un document ecclésiastique, dépourvu dans le cas qui nous occupe d'un caractère définitif et infaillible, on relève des éléments susceptibles d'interprétations et d'applications telles qu'elles pourraient avoir des conséquences spirituelles dangereuses, tous les membres de l'Église, et en premier lieu les évêques en tant que collaborateurs fraternels du Souverain Pontife dans la collégialité effective, ont le devoir de respectueusement les signaler et de demander une interprétation authentique. 

Lorsqu'il il s'agit de la foi divine, des Commandements divins et de la sacralité et de l'indissolubilité du mariage, tous les membres de l'Église, depuis les simples fidèles jusqu'au plus hauts représentants du Magistère, doivent partager leurs efforts afin de conserver intact le trésor de la foi et son application pratique. Le concile Vatican II a en effet enseigné: 
"La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se pas tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, 'depuis les évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs' (Saint Augustin, De Praed. Sanct. 14, 27), elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, pourvu qu’il lui obéisse fidèlement, le Peuple de Dieu reçoit non pas une parole humaine, mais véritablement la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13), il s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux Saints une fois pour toutes (cf. Jude 3), il y pénètre plus profondément par un jugement droit et la met plus parfaitement en œuvre dans sa vie" (Lumen gentium, 12). 
Le Magistère, pour sa part, "n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis" (concile Vatican II, Dei Verbum, 10).

Ce fut précisément le concile Vatican II qui encouragea tous les fidèles et surtout les évêques à manifester sans crainte leurs préoccupations et observations en vue du bien de toute l'Église. Le servilisme et le politiquement correct apportent un mal pernicieux à la vie de l´Église. Le grand évêque et théologien du concile de Trente, Melchior Cano O.P., prononça cette phrase mémorable : 
"Pierre n'a pas besoin de nos mensonges ou adulations. Ceux qui, les yeux fermés et sans discernement défendent chaque décision du Suprême Pontife, sont ceux qui  sapent le plus l'autorité du Saint-Siège. Ils en détruisent les fondements au lieu de les consolider”.

Notre Seigneur nous a enseigné sans ambiguïté, expliquant ce qu'est l'amour véritable et la vraie joie de l'amour : "Celui qui a mes Commandements et qui les garde, est celui qui m'aime" (Jean 14, 21). En donnant aux hommes le sixième commandement et l´observance de l´indissolubilité du mariage, Dieu les a donnés à tous sans exception et pas seulement à une élite. Déjà dans l'Ancien Testament Dieu a dit : "Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est certainement point au-dessus de tes forces et hors de ta portée" (Deutéronome 30, 11) et "Si tu le veux, tu garderas les Commandements pour rester fidèle à son bon plaisir" (Ecclésiaste 15, 15). Et Jésus a dit à tous: "Si tu veux entrer dans la vie, observe les Commandements. Lesquels ? Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère" (Mt 19, 17-18). L'enseignement des Apôtres nous a transmis la même doctrine : "Car l'amour de Dieu consiste à garder ses Commandements. Et ses Commandements ne sont pas pesants" (1 Jean 5, 4). 

Il n'y a pas une vie vraie, surnaturelle et éternelle en dehors du respect des Commandements de Dieu : "Je te prescris d'observer ses Commandements. J'ai mis devant toi la vie et la mort. Choisis la vie !" (Deutéronome 30, 16.19). Il n´y a donc pas une vraie vie et une vraie joie d'amour authentique en dehors de la vérité. "L'amour consiste à vivre selon ses Commandements" (2 Jean 6). La joie d'amour consiste dans la joie de la vérité. La vie authentiquement chrétienne consiste dans la vie et dans la joie de la vérité : "Apprendre que mes enfants vivent dans la vérité, rien ne m'est un plus grand sujet de joie" (3 Jean 4). 

Saint Augustin nous explique l'intime connexion entre la joie et la vérité : 
"Je leur demande à tous s’ils ne préfèrent pas la joie de la vérité à celle du mensonge. Et ils n’hésitent pas plus ici que pour la réponse à la question du bonheur. Car la vie heureuse c’est la joie de la vérité, nous voulons tous la joie de la vérité" (Confessions, X, 23). 
Le danger d´une confusion générale concernant l´indissolubilité du mariage

Déja depuis un certain temps, on constate dans la vie de l´Église, à quelques endroits, le fait de l´abus tacite de l'admission des divorcés-remariés à la Sainte Communion sans qu'il leur soit demandé de vivre en continence parfaite. Les affirmations peu claires contenues dans le chapitre VIII d'
Amoris Laetitia ont donné un nouveau dynamisme aux propagateurs déclarés de l'admission, dans des cas particuliers, des divorcés-remariés à la Sainte Communion. 

On constate à présent que cet abus commence à davantage se propager dans la pratique, se sentant en quelque sorte légitimé. En outre, on constate la confusion surtout par rapport à l´interprétation des affirmations concernées du chapitre VIII d'AL. La confusion est à son comble puisque tous, aussi bien les partisans de l´admission des divorcés-remariés à la Sainte Communion que leurs opposants, déclarent : "La doctrine de l'Église en cette matière n'a pas été changée".

Tenant compte de différences historiques et doctrinales, notre situation montre des ressemblances et analogies avec la situation de confusion générale de la crise arienne au IVe siècle. À cette époque, la foi apostolique traditionnelle en la vraie divinité du Fils de Dieu fut garantie au moyen de l´expression "consubstantiel" (homoousios), dogmatiquement proclamée par le Magistère universel du premier concile de Nicée. La profonde crise de la foi, avec une confusion presque universelle, avait été provoquée principalement par le refus ou par l'esquive d'utiliser et de professer le mot "consubstantiel". Au lieu d'utiliser cette expression, parmi le clergé et surtout parmi l'épiscopat, se répandit l'usage de formules alternatives qui étaient en fin de compte ambiguës et imprécises, comme par exemple "semblable dans la substance" (homoiousios) ou simplement "semblable" (homoios). La formule "homoousios" du Magistère universel de cette époque exprimait la pleine et véritable divinité du VERBE d'une façon tellement claire qu'elle ne laissait plus de place à des interprétations équivoques. 


Dans les années 357-360, presque tout l'épiscopat était devenu arien ou semi-arien à cause des événements suivants : en 357, le pape Libère avait signé une des formules ambiguës de Sirmium, où l´expression "homoousios" était écartée ; par ailleurs, le pape excommunia, de manière scandaleuse, saint Athanase. Saint Hilaire de Poitiers fut le seul évêque qui fit de graves reproches au pape Libère à cause de ces actes ambigus. En 359, les synodes parallèles de l´épiscopat occidental à Rimini et de l´épiscopat oriental à Seuleukia avaient accepté des formules pleinement ariennes, pires même que la formule ambiguë signée par le pape Libère. Décrivant cette situation confuse de l'époque, saint Jérôme s'exprima ainsi: "Le monde entier gémit, se voyant être devenu arien" (Ingemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est : Adv. Lucif., 19).

On peut affirmer que notre époque est caractérisée par une grande confusion en regard de la discipline sacramentelle des divorcés-remariés. Un danger réel existe que cette confusion se répande sur une grande échelle, si on s'abstient de proposer et de proclamer la formule suivante du Magistère universel et infaillible : 
"La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux" (Jean-Paul II, Familiaris consortio, 84). 
Cette formule est malheureusement et incompréhensiblement absente dans Amoris LaetitiaAmoris Laetitia contient en revanche, inexplicablement, l'affirmation suivante: 
"Dans ces situations (des divorcés-remariés), connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter 'comme frère et sœur' que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que si certaines manifestations d’intimité sont absentes 'la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis' " (AL, 298, n. 329). 
Une telle affirmation laisse l´impression d´une contradiction avec l´enseignement pérenne du Magistère universel, tel qu'il a été formulé dans le texte cité de Familiaris consortio, 84.

Il est urgent que le Siège Apostolique confirme et proclame à nouveau, éventuellement sous la forme d´une interprétation authentique d'AL, la formule citée de Familiaris consortio n. 84. Cette formule pourrait être considérée, sous certains aspects, l' "homoousios" de nos jours. L'absence d'une telle confirmation officielle et explicite de la formule de Familiaris consortio n. 84 de la part du Siège Apostolique pourrait contribuer à une confusion de plus en plus grande dans la discipline sacramentelle avec des répercussions graduelles et inévitables dans le domaine doctrinal. De cette manière une situation viendrait à se créer à qui on pourrait dans l'avenir appliquer la constatation qui suit: "Le monde entier gémit en voyant le divorce être accepté dans la pratique" (Ingemuit totus orbis, et divortium in praxi se accepisse miratus est).

Une confusion dans la discipline sacramentelle en regard des divorcés-remariés, avec ses inévitables répercussions doctrinales, contredirait la nature de l´Église catholique, telle qu'elle était décrite par saint Irénée au deuxième siècle: 
"L'Église, ayant reçu cette prédication et cette foi, bien que dispersée dans le monde entier, les garde avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et un même cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche" (Adversus haereses, I, 10 , 2).
Le Siège de Pierre, c'est à dire le Souverain Pontife est le garant de l'unité de la foi et de la discipline sacramentelle apostolique. Tenant compte de la confusion qui s'est créée parmi les prêtres et les évêques dans la pratique sacramentelle concernant les divorcés-remariés et l'interprétation d'Amoris laetitia, on peut considérer légitime un appel à notre cher pape François, le Vicaire du Christ et "le doux Christ en terre" (sainte Catherine de Sienne), afin qu'il ordonne la publication d'une interprétation authentique d'Amoris laetitia, qui devrait nécessairement contenir la proclamation explicite du principe disciplinaire du Magistère universel et infaillible en regard de l'admission des divorcés-remariés aux sacrements, tel qu'il a été formulé au n. 84 de Familiaris consortio

Dans la grande confusion arienne du IVe siècle, saint Basile le Grand avait adressé un appel urgent au pape de Rome afin qu'il indique par sa parole une direction claire et qu'il y ait finalement l'unité dans la pensée de la foi et de la charité (cf. Ep. 70).

Une interprétation authentique d'Amoris laetitia de la part du Siège Apostolique apporterait à l´Église entière une clarté dans la joie (claritatis laetitia). Une telle clarté garantirait un amour dans la joie (amoris laetitia), un amour et une joie qui ne seraient pas "selon la pensée des hommes, mais selon la pensée de Dieu" (Mt 16, 24). Et c'est cela qui compte pour la joie, la vie et le salut éternel des divorcés-remariés et de tous les hommes. 


+ Athanasius Schneider, 
Évêque auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana, Kazakhstan

1 commentaire:

  1. Que dire à la suite de votre article ou tout est clair et qui me rassure,non la Sainte Eglise Catholique et Romaine ne peut aller contre le 6e commandements et la Sainte Parole de Dieu;malheureusement pour les divorcés remariés,à moins de vivre dans l'abstinence d'actes sexuels, réservés aux couples légitimement mariés,ils n'auront plus le secours des sacrements de La confession,et donc de l'absolution et de la Sainte Eucharistie.

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