A propos du centenaire des apparitions de Fatima


Roberto de Mattei - 28/5/2016 - traduction de benoit-et-moi.fr

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L'année du centenaire de Fatima (2016-2017) a été ouverte, le jour de la Pentecôte, par une nouvelle qui a provoqué un tollé. Le théologien allemand Ingo Dollinger a dit au site "OnePeterFive" qu'après la publication du troisième secret de Fatima, le cardinal Ratzinger lui aurait confié: "Das ist noch nicht alles!", "Nous n'avons pas tout publié" . 

La salle de presse du Vatican est intervenue avec un démenti immédiat, où il était dit que "le pape émérite Benoît XVI fait savoir qu'il n'a jamais parlé au prof. Dollinger à propos de Fatima", et qui affirmait clairement que les déclarations attribuées au prof. Dollinger sur cette question "sont de pures inventions, absolument fausses", confirmant de manière décisive: "La publication du Troisième Secret de Fatima est complète".

Le démenti ne convainc pas ceux qui, comme Antonio Socci, ont toujours soutenu l'existence d'une partie non divulguée du secret, qui parlerait de l'abandon de la foi de la part des dirigeants de l'Église. D'autres spécialistes, comme le Dr Antonio Augusto Machado Borelli, jugent intégral et tragiquement éloquent le secret révélé par le Saint-Siège. Sur la base des données dont nous disposons, on ne peut affirmer aujourd'hui avec une certitude absolue ni que le texte du Troisième Secret est complet, ni qu'il est incomplet. Ce qui en revanche est absolument certain, c'est que la prophétie de Fatima reste inaccomplie, et que sa réalisation concerne une crise sans précédent dans l'Église.

Il convient de rappeler à ce propos un principe herméneutique important. Le Seigneur, à travers des révélations et des prophéties, qui n'ajoutent rien au dépôt de la foi, nous offre parfois une "direction spirituelle" pour nous guider dans les périodes les plus sombres de l'histoire. Mais s'il est vrai que les paroles divines jettent la lumière sur les époques ténébreuses, le contraire est également vrai: les événements historiques, dans leur déroulement dramatique, nous aident à comprendre la signification des prophéties.

Lorsque, le 13 juillet, 1917, la Sainte Vierge annonça à Fatima que si l'humanité ne se convertissait pas, la Russie répandrait ses erreurs à travers le monde, ces mots semblaient incompréhensibles. Ce furent les faits historiques qui en révélèrent le sens. Après la Révolution bolchevique d'Octobre 1917, il fut clair que l'expansion du communisme était l'instrument dont Dieu voulait se servir pour punir le monde de ses péchés. Entre 1989 et 1991, l'empire du mal soviétique s'est apparemment éffrité, mais la disparition de l'enveloppe politique a permis une plus grande propagation dans le monde du communisme, lequel a son noyau idéologique dans l'évolutionnisme philosophique et le relativisme moral. La «philosophie de la praxis», qui, selon Antonio Gramsci, résume la révolution culturelle marxiste, est devenue l'horizon théologique du nouveau pontificat, tracée par des théologiens comme le cardinal Allemand Walter Kasper et l'archevêque argentin Víctor Manuel Fernández, inspirateurs de l'Exhortation apostolique Amoris Laeititia.

Dans ce sens, ce n'est pas du secret de Fatima que nous devons partir pour comprendre l'existence d'une tragédie de l'Eglise, mais de la crise de l'Eglise pour comprendre le sens ultime du secret de Fatima. Une crise qui remonte aux années soixante du XXe siècle, mais qui avec l'abdication de Benoît XVI et le pontificat du pape François a connu une accélération impressionnante.

Tandis que la salle de presse se hâtait de désamorcer l'affaire Dollinger, une autre bombe explosait avec bien plus de fracas. Au cours de la présentation du livre du Professeur don Roberto Regoli, "Oltre la crisi della Chiesa. Il pontificato di Benedetto XVI", dans l'Aula Magna de l'Université pontificale grégorienne, Mgr Georg Gänswein a souligné l'acte de renonciation au pontificat du pape Ratzinger avec ces mots:
«Depuis le 11 Février 2013, le ministère papal n'est plus le même que précédemment. Il est et reste le fondement de l'Eglise catholique; et pourtant, c'est un fondement que Benoît XVI a profondément et durablement transformé dans son pontificat exceptionnel».
Selon l'archevêque Gänswein, la démission du Pape théologien est "historique" (epocale) parce qu'elle a introduit dans l'Église catholique, la nouvelle institution du "Pape émérite" en transformant le concept de munus petrinum,"ministère pétrinien".  
«Avant et après sa démission Benoît a entendu et entend sa tâche comme participation à un tel "ministère pétrinien". Il a quitté le trône pontifical et pourtant, avec le pas du 11 Février 2013, il n'a pas abandonné ce ministère. Il a au contraire intégré l'office personnel avec une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun (...).
Depuis l'élection de son successeur François le 13 Mars 2013, il n'y a donc pas deux papes, mais de factoun ministère élargi - avec un membre actif et un membre contemplatif. C'est pour cela que Benoît XVI n'a renoncé ni à son nom, ni à la soutane blanche. C'est pour cela que l'appellation correcte pour s'adresser à lui est encore aujourd'hui "Sainteté". Et c'est pour cela qu'il ne s'est pas retiré dans un monastère isolé, mais à l'intérieur du Vatican - comme s'il avait fait seulement un "pas de côté" pour faire place à son successeur et à une nouvelle étape dans l'histoire de la papauté (...) 
Par un acte de courage extraordinaire, il a au contraire renouvelé cette charge (y compris contre l'avis de conseillers bien intentionnés et sans doute compétents) et avec un dernier effort, il l'a renforcée (comme je l'espère). Cela, seule l'histoire pourra le prouver. Mais dans l'histoire de l'Eglise, il restera que, dans l'année 2013, le célèbre théologien sur le Trône de Pierre est devenu le premier "Papa emeritus" de l'histoire».
Ce discours a un caractère explosif, à lui seul, il montre que nous sommes non pas "au-delà", mais plus que jamais au sein de la crise de l'Eglise. La papauté n'est pas un ministère qui peut être "élargi", parce que c'est un "office", attribué personnellement par Jésus-Christ à un unique Vicaire et un unique successeur de Pierre. Ce qui distingue l'Eglise catholique de toute autre église ou religion, c'est justement l'existence d'un principe unitaire et indivisible incarné dans la personne du Souverain Pontife. Le discours de Mgr Gänswein, dont on ne comprend pas où il veut en finir, suggère une Église à deux têtes et ajoute la confusion à une situation déjà trop confuse.

Une phrase relie la deuxième et la troisième partie du secret de Fatima: «Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi». La Sainte Vierge s'adresse à trois pastoureaux portugais, et les rassure que leur Pays ne perdra pas la foi. Mais où se perdra la foi?
On a toujours pensé que la Sainte Vierge se référait à l'apostasie de nations entières, mais aujourd'hui, il semble de plus en plus clair que la plus grande perte de la foi, advient parmi les hommes d'Église. Un «évêque vêtu de blanc» et «plusieurs autres évêques, prêtres, religieux et religieuses» sont au cœur du Troisième Secret, sur un fond de ruine et de mort, qu'il est légitime d'imaginer non seulement matériel, mais spirituel. Ceci est confirmé par la révélation que Sœur Lucie eut à Tuy le 3 Janvier 1944, avant d'écrire le troisième secret et qui lui est donc indissolublement lié. Après la vision d'une terrible catastrophe cosmique, Sœur Lucie dit avoir entendu dans son cœur une voix légère qui disait: «Dans le temps, une seule foi, un seul baptême, une seule Église, sainte, catholique et apostolique. Dans l'éternité, le Ciel!».

Ces mots représentent la négation radicale de toutes les formes de relativisme religieux auxquelles la voix céleste oppose l'exaltation de la Sainte Eglise et de la foi catholique. La fumée de Satan peut envahir l'Église dans l'histoire, mais celui qui défend l'intégrité de la foi contre les puissances de l'enfer verra, dans le temps et l'éternité, le triomphe de l'Église et du Cœur Immaculé de Marie, sceau définitif de la tragique, mais enthousiasmante prophétie de Fatima. 

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