Lettre du 25 du mois

Bâtisseurs de cathédrale

Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie Royale, 25 juin 2016.

Permettez-moi, chers Amis, membres et sympathisants de la Confrérie Royale, de m'adresser à vous aujourd'hui en vous rapportant un pieux exemple qui me fut donné à moi-même par l'un de mes conseillers spirituels lorsque j'étais novice... (cela ne date donc pas d'hier !!!).

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On raconte que, au temps où, selon la fameuse expression du moine Raoul le chauve (Rodulfus Glaber) « le monde (…) se revêtait d'un blanc manteau d'églises », un roi pieux et zélé pour la gloire du Très-Haut vint visiter le chantier de la cathédrale dont il avait ordonné la reconstruction.

S'approchant des tailleurs de pierre, il demanda ce qu'il faisait à l'un d'eux qui, l'oeil éteint, lui répondit dans un soupir : « Oh ! Je ne fais finalement rien d'autre que casser des pierres. Je les casse certes selon une certaine technique qui va faire que le résultat apparaîtra ouvré, mais ce n'est pourtant rien d'autre que cela : je casse des pierres... »

Le roi ne dit mot et s'en fut vers un deuxième auquel il posa la même question. L'homme lui déclara, l'oeil dur et la mâchoire crispée : « Pour être honnête avec votre Majesté, je dois dire que je suis en train de trimer pour gagner mon pain et celui de ma famille... »

Arrivant à un troisième, le roi l'interrogea de la même manière : « Que fais-tu ? » Et ce tailleur de pierre-là, levant vers son souverain un regard qui semblait avoir pris à la flamme des cierges l'intensité de leur ferveur, répondit d'une voix émue : « Sire, je construis pour Dieu une cathédrale... »

Ces trois tailleurs de pierre étaient en train d'accomplir le même travail : ils préparaient des tronçons de colonne, absolument identiques en apparence, qui devraient ensuite être assemblés ; mais un seul avait su donner aux gestes pénibles et répétitifs de ce travail la plénitude de sa dimension et sa valeur spirituelle, confinant à l'éternité.

Il était pourtant bien évident que lui aussi ne faisait apparemment rien d'autre que « casser des pierres selon une certaine technique », que lui aussi avait à gagner son pain et celui de sa famille ; mais au-delà du voile des perceptions immédiates et des impressions trop terrestres, son âme vivait intensément de la réalité spirituelle à laquelle ces gestes pénibles et répétitifs, ce travail assurant sa subsistance et celle des siens, étaient ordonnés : l'édification du Temple terrestre où pourrait se déployer le culte de Dieu par la liturgie de l'Eglise, anticipation et figure de la liturgie céleste.

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Membres de la Confrérie Royale, conscients qu'il n'y aura pas de restauration monarchique authentique sans restauration spirituelle, nous sommes des « travailleurs de l'ombre » : il ne nous appartient pas de briller aux yeux du monde, nous ne briguons pas les honneurs terrestres, nous n'avons pas d'autre ambition que d'oeuvrer – dans notre humble mesure - au renouveau du Royaume de France dans toute la plénitude de sa vocation, en pleine conformité avec les Lois Fondamentales que la divine Providence a voulues pour lui.

Membres de la Confrérie Royale, nous sommes de petits tailleurs de pierre sur le chantier de construction d'un édifice spirituel qui doit rendre une grande gloire à Dieu et contribuer à ce qu'Il soit davantage connu et aimé : la restauration de la monarchie capétienne traditionnelle.

Membres de la Confrérie Royale, nous voyons au-delà des apparences et des contingences terrestres ; et nous avons conscience que tous les petits gestes du quotidien, toutes nos pauvres mais ferventes prières formulées dans la foi et l'espérance, tous les sacrifices offerts en secret et déposés dans le divin Coeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ par la médiation de notre très douce Dame Marie et des Saints de France, nos intercesseurs, peuvent devenir des pierres de taille entrant dans la reconstruction de la cathédrale royale.

Il nous faut pour cela sans cesse, chaque jour et à chaque heure du jour, surnaturaliser notre regard : faire tout ce que nous avons à faire - et le bien faire - avec la flamme intérieure et la ferveur d'amour qui nous font affirmer : je ne casse pas des cailloux, je ne gagne pas simplement mon pain, mais je construis la cathédrale !

Point de lassitude, point de routine, point de ronronnement assoupi dans la récitation de nos trois angélus quotidiens augmentés de l'oraison pour le Roi !

Point de lassitude, point de routine, point de ronronnement assoupi dans l'offrande enthousiaste de la journée du 25 de chaque mois.

Point de lassitude, point de routine, point de ronronnement assoupi dans tout ce qui peut apporter un petit plus dans ce combat spirituel pour lequel nous nous sommes engagés, afin que Monseigneur le duc d'Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, reçoive toutes les grâces qui lui sont nécessaires et se montre pleinement réceptif aux inspirations célestes.

Cela est d'autant plus nécessaire et plus urgent que les temps que nous vivons pourraient voir survenir des bouleversements humains (ou inhumains) déterminants.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur

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Brèves :

  1. Le pèlerinage légitimiste des 4 et 5 juin derniers au Puy-en-Velay a été un très beau moment de ferveur et de grâces. Les textes de la causerie spirituelle et des homélies ont déjà été publiés dans ce blogue (voir les précédentes publications). Nous vous invitons à ne pas en rester à une lecture superficielle mais à les relire et à les approfondir, à les méditer.
       Le Président du Cercle Légitimiste du Vivarais a rédigé un compte-rendu détaillé de ce pèlerinage pour « la Gazette Royale », bulletin trimestriel de l'UCLF, que nous pourrons aussi publier dans ces pages, pour mémoire, mais cela reste un peu anecdotique en comparaison des grâces spirituelles certaines qu'il est souvent difficile de publier mais dont nous recevons les échos : nous avons voulu - pour que tous en rendent grâces à Dieu - publier le témoignage de cette guérison inexpliquée d'un glaucome (cf. supra), mais il faut aussi avoir conscience qu'il y a eu des grâces spirituelles profondes qui sont peut-être bien plus merveilleuses...

  2. Nous sommes particulièrement heureux des engagements officiels dans la Confrérie Royale, par la consécration à la Couronne de France, prononcés à l'offertoire de la Sainte Messe du samedi lors de ce pèlerinage jubilaire ; nous savons que d'autres personnes – qui ne pouvaient être présentes au Puy-en-Velay - aspirent de toute leur âme à ce vœu. Nous réfléchissons aux moyens qui peuvent être mis en œuvre dans les prochains mois pour répondre aux attentes de ces « postulants » que nous remercions de leur patience et qui, dès à présents, peuvent bien évidemment vivre cet engagement dans le secret de leur cœur.

  3. Beaucoup de participants souhaitent ardemment voir se reproduire de semblables pèlerinages, particulièrement propres à entretenir l'espérance légitimiste et à fortifier les âmes dans leurs engagements spirituels... Le prochain jubilé du Puy aura lieu dans... 141 ans !!!
       Aussi, sans attendre cette échéance, est-il tout-à-fait envisageable, avec l'aide des membres et sympathisants de notre Confrérie Royale, d'organiser des rassemblements spirituels - même modestes - en telle ou telle autre province du Royaume, en fonction des opportunités fournies par les anniversaires liés à notre histoire spirituelle et royale.
       C'est aussi à vous de nous faire part de vos suggestions et de nous signaler les événements qui pourraient se prêter à ces manifestations de la Confrérie Royale. Nous ne pouvons bien sûr promettre que nous répondrons à tout, mais nous vous assurons qu'en fonction de nos propres limites et disponibilités nous étudierons chaque proposition...

Pèlerinage au Puy (Messe du dimanche 5 juin)

SERMON DE LA MESSE DU DIMANCHE 5 JUIN 

en l'église de Ceyssac


                   Mes bien chers Frères,
        
         En cette solennité du Sacré-Cœur de Jésus, je m’en voudrais de ne pas rappeler les paroles de notre Dieu et Roi à une humble fille de saint François de Sales du couvent de Paray au sujet du grand Louis XIV : 
« Fais savoir au Fils aîné de Mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par la consécration à mon Cœur adorable qui veut triompher du sien et, par son entremise, de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Eglise ».
Cette histoire d’amour, si je puis dire, avait commencé 1000 ans plus tôt. En effet, dès notre premier roi, au prologue de la loi salique, l’amour de Jésus était honoré : « Vive le Christ Qui aime les Francs ! ». 
« Personnification des prédilections de Jésus-Christ pour la France, la Pucelle nous explique pourquoi Jésus-Christ nous a révélé la dévotion à Son Cœur : elle nous montre encore le Dieu Qui aime la France, invitant la pauvre égarée à venir se réfugier dans Ses bras et dans Ses tendresses » (R.P. Ayroles).
         Et voici ce que disait saint Pie X en 1904, 
« aux chers pèlerins de France […] venus à Rome à l'occasion du cinquantième anniversaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception pour affirmer solennellement que LA FRANCE EST LE ROYAUME DE MARIE et que, par conséquent, comme l'a proclamé la vénérable Pucelle d'Orléans, Jeanne d'Arc, LA FRANCE EST LE ROYAUME DE JÉSUS-CHRIST.   Aussi ne pourriez-vous, chers fils, Nous donner une plus douce consolation dans ces moments où Nous sommes profondément affligé par tout ce qui se trame au détriment de la religion dans votre patrie. Votre présence, en effet, Nous confirme dans Notre conviction que DIEU AIME LA FRANCE parce qu'Il aime l'Église, et que, puisqu'Il protège Son épouse, Il veut aussi le salut de Sa fille bien-aimée.   Oui, DIEU AIME LA FRANCE à cause des œuvres si nombreuses qu'elle a fondées pour le salut des âmes ; œuvres qui, comme les eaux d'un fleuve majestueux, répandent de tous côtés leur action bienfaisante.   DIEU AIME LA FRANCE à cause des conquêtes pacifiques de ses missionnaires intrépides, qui courent porter la lumière de la foi aux extrémités les moins connues de la terre et au milieu des ténèbres de l'idolâtrie.   DIEU AIME LA FRANCE parce que, si elle n'a pas toujours correspondu à la mission qu'Il lui a confiée et aux privilèges qu'Il lui accordait pour remplir cette mission, Il n'a pas laissé sans punition son ingratitude, et Il l'a relevée par cette même main qui la châtiait.   DIEU AIME LA FRANCE parce qu'en ces temps même de proscription et d'angoisses Il appelle Ses fils auprès des sanctuaires de Montmartre, de Paray-le-Monial et de la grotte de Lourdes à prier, à pleurer, et à admirer les merveilles de Sa Toute-Puissance. Dieu n'accorde des grâces pareilles qu'aux nations qu'Il veut sauver.   DIEU AIME LA FRANCE parce qu'Il excite ses fils à manifester leur foi par le dévouement à l'Église, par l'attachement au Siège apostolique et par l'amour envers le Vicaire du Christ, en les amenant, même au prix de sacrifices, auprès de la chaire de Pierre pour entendre la parole de vérité, pour recevoir une direction dans leurs œuvres, pour se ranimer dans les luttes qu'ils ont à soutenir : une nation qui a de tels fils ne doit pas périr.   Voilà, très Chers fils, une consolation que Nous partageons avec vous. A votre retour en France, emportez avec vous, non pas seulement L’ESPÉRANCE, mais LA CERTITUDE que Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans l'infinie bonté de Son Cœur miséricordieux, SAUVERA VOTRE PATRIE en la maintenant toujours unie à l'Église, et que par l'intermédiaire de la Vierge Immaculée, Il fera se lever l'aurore de jours meilleurs… » (Allocution Si nous n’avions, 23 septembre 1904).
« C'est par ce divin Cœur, écrivait encore sainte Marguerite-Marie, que [Jésus] veut départir [à Louis] les trésors de Ses grâces de sanctification et de salut, en répandant Ses bénédictions sur toutes ses entreprises, en donnant un heureux succès à ses armes, et en le faisant triompher de la malice de ses ennemis » (28 août 1689).
         Traditionnellement Fils aîné de l’Église, le roi de France se voyait ainsi appelé à une plus grande intimité : Fils aîné du Sacré-Cœur, dignité inouïe, que même les papes n’ont jamais reçue. Fils aîné de Son amour, de Sa dilection et prédilection. Son lieutenant sur terre, pour représenter et comme incarner le Christ-Roi.
Pour reprendre à ce sujet de la Royauté sociale du Christ la belle citation de Mgr de Ségur, récemment mise à l’honneur par vos cercles et que je n’ai hélas le temps de citer intégralement : 
« Régner de « droit divin », c’est tout simplement régner légitimement, en vertu de droits légitimes ; c’est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d’une société, d’un peuple. De là cette formule célèbre, qui fait tant crier les impies et les ignorants : régner par la grâce de Dieu.
Donc, quand nous disons, poursuivait-il, qu’Henri V – et de nos jours : S.M. Louis XX – est « de droit divin » le Roi de France, nous voulons dire :
- que, d’après la loi de Dieu, et d’après les plus vénérables traditions de la France, le droit de ce Prince à la Couronne repose sur des titres légitimes, inattaquables, et sur une prescription huit fois séculaire,
- qu’il est le dépositaire de l’autorité souveraine de Dieu, Lequel est le Maître suprême du peuple français comme de tous les peuples ;
- qu’il est ainsi le Roi légitime à qui la France doit obéir, si elle veut faire la volonté de Dieu, si elle ne veut point se révolter contre le droit de Dieu » (Mgr de Ségur (1820-1881), Vive le roi !).
Ainsi s’exprimait Mgr de Ségur, l’ami de prédilection du bienheureux pape Pie IX, le dernier souverain des États pontificaux.
C’est par ce même Sacré-Cœur que nous invoquons sur l’aîné des descendants de Clovis et de Louis XIV les grâces de sanctification et de salut.
Certains d’entre nous le font par une consécration à la Couronne de France et à son salut, au sein de la Confrérie royale. Le Roi Très-Chrétien a plus que jamais besoin de nos prières, pour demeurer fidèle à sa mission. En effet, c’est bien parce que la royauté capétienne restait indéfectiblement fidèle au Christianisme que les prétendues Lumières la renversèrent.
Qu’il ne s’enfuie pas par crainte devant les loups – ses admirables déclarations de cette année, toujours opportunes, ont su rappeler et défendre les principes fondamentaux – ; qu’il défende intégralement la royauté de droit divin, sans céder aux sirènes libérales de la compromission avec l’esprit du siècle, l’esprit du monde, puisque nous savons qui en est, en fait, le prince. « La royauté, en effet, n’est pas une république couronnée ».
Qu’il nous aide à renouer avec notre riche Histoire, afin que se poursuivent résolument les « Gesta Dei per Francos ».
La vertu propre du Sacré-Cœur est évidemment la charité, comme organe de l’amour du Dieu fait Homme. Et l’arme la plus efficace du diable et de ses démons, sa stratégie géniale, sa meilleure méthode, le signe le plus avéré de sa présence, consistent en la zizanie qu’il met parmi les bons, ce qui est l’un des pires péchés au dire de saint Thomas d’Aquin puisqu’il attente à la charité et surtout à la concorde, le fait de n’avoir qu’un seul cœur, « d’une seule âme », ce qui était le propre des premiers Chrétiens.
Au sein de la Tradition catholique, au sein de la Légitimité, nous avons le devoir moral d’exercer la charité et avoir l’intelligence d’être « un, afin que le monde croie » ; un, non pas au prix de compromissions, mais dans la droite application des bons principes, en bons disciples du Comte de Chambord. Prions donc les uns pour les autres, afin que nous soyons maintenus fidèles : il est si aisé de se laisser aller et, quand viendra l’heure du grand témoignage que le Seigneur attend de nous, de devenir des Judas ou des Simon Pierre reniant le Christ. Le remède que nous apprennent saint Michel, Notre-Dame et Notre-Seigneur Lui-même est l’humilité. « Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur ». Ce sont là les deux seules vertus que notre Sauveur met en avant, Lui Qui excella en toutes. Le saint Curé d’Ars ne donnait pas d’autre solution pour acquérir la sainteté : « Premièrement, l’humilité. Ensuite, l’humilité. Enfin, l’humilité ». Par humilité, soyons donc doux et charitables entre nous ainsi qu’avec les autres : c’est par sa charité débonnaire que saint François de Sales renversa complètement la situation du Chablais : de quelques dizaines de Catholiques à son arrivée, il ne restait plus que quelques centaines d’hérétiques à sa mort. La porte de sa charité avait ouvert les cœurs et les esprits à la plénitude de la vérité, et notez-le, particulièrement par la sainte Liturgie. A peine le put-il qu’il organisa de fastueuses processions de la Fête-Dieu.
L’humilité – à ne pas confondre avec la fausse humilité si mise en avant à notre époque – consiste tout d’abord à adorer Dieu, à reconnaître que sans Lui, nous ne sommes rien et que nous ne pouvons rien faire de bon. Elle nous fait nous agenouiller (au moins en esprit pour ceux qui ont de l’arthrose…), selon le beau mot de Pascal : « L’homme n’est grand qu’à genoux ». Nos rois, et Louis XIII notamment dans son Vœu à la Vierge, reconnaissaient, reconnaissent ce primat de Dieu, de l’ordre divin (le droit divin), du surnaturel, de la Sainte Église. La royauté capétienne est bien le gouvernement le plus humble en soi qui existe, bien que des rois aient pu se montrer orgueilleux. D’aucuns penseront à Louis XIV : mais quel chef d’État, quel ministre, voire quel particulier, se met chaque jour à genoux devant l’élévation du Corps et du Sang du Christ lors du Saint-Sacrifice de l’Autel. Louis XIV, Fils aîné du Sacré-Cœur, donnait quotidiennement cette leçon à tous les Grands de la terre, n’en déplaise à nos hommes politiques qui, contrairement à il y a cinquante ans, sont incapables de mettre un genou à terre pour recevoir même la bénédiction du Souverain Pontife.
« Oportet illum regnare » : il faut qu’Il règne, titre d’un fameux ouvrage, lancé à la face de l’impie : « Nous ne voulons pas qu’Il règne » et du perfide : « Nous n’avons pas d’autre roi que César », c’est-à-dire un pur naturalisme et opportunisme.
Quant à vous, chers fidèles, vous n’aurez pas d’autres lois que les principes éternels et sacrés, réunis et condensés dans ce que l’on appelle la Doctrine sociale de l’Église, et de manière particulière en France : dans les Lois fondamentales du Royaume. Le Christ Jésus doit régner sur les personnes comme sur les sociétés : rien n’échappe à Sa douce emprise, rien n’est sauvé que par Son Nom, rien n’est libéré que par Lui, « car sans Lui rien n’a été fait ». Par son étendard, sainte Jehanne portait « haut et fier » les Noms bénis de Jhesus Maria. Et depuis 1661, ajoutons : Jésus Marie Joseph. Voilà où se fonde notre espérance, où se portent nos affections, où s’incarnent nos principes.
Joseph, Lieutenant de Dieu le Père, Chef de la Sainte Famille et héritier légitime de la Maison de Juda, la famille royale de David.
Marie, reine du Ciel et de la terre, Mère de Dieu et notre mère.
Jésus, vrai Dieu et vrai homme, roi des anges et des hommes.
L’interrogation que s’entendit poser Notre Seigneur par Pilate, l’autorité civile : « Tu es donc Roi ? », c’est celle-là même qu’adressent peu à peu nos compatriotes au Prince, Roi de France, en le découvrant peu à peu. Assuré de son bon droit, Louis peut répondre par la même affirmation catégorique et profonde du Verbe incarné : « Tu dis bien, Je le suis ».
Et en relisant la conclusion du message de notre Roi, nous pouvons à juste titre nous réjouir de la majestueuse et naturelle autorité avec laquelle il nous parle : 
« Vous prierez durant [votre pèlerinage] pour qu’un monde renaissant aux valeurs de la tradition de nos pères puisse redonner à la France : et le sens de sa grandeur, et l’esprit de sa mission civilisatrice pour l’ensemble des nations, et la puissance des grâces de son baptême. Pour tout cela soyez remerciés. Et que la ferveur de vos prières contribue à protéger la France ». 
Quand les princes, les pères de familles, les chefs exercent pleinement leur autorité, alors les choses sont dans l’ordre. Ce fut le malheur de Louis XVI : il voulut être un roi bon, et il ne fut pas un bon roi (même si bien sûr son martyre l’a puissamment réparé ; et nous lirons tout à l'heure son Voeu au Sacré-Coeur). Il se donna comme première vertu la bonté ; mais la bonté n’est pas la vertu propre des rois : leur vertu fondamentale doit auparavant être la justice, qui rend à chacun selon son dû. Si Louis XVI avait châtié les méchants au début de la Révolution, aurait ensuite été évité le massacre des bons.
De la reconnaissance des principes doit découler leur juste et pleine élicitation, application. Le Clergé catholique, chargé par mandat divin de régir la société surnaturelle qu’est l’Église, a déjà maintes fois, depuis notre grand Apôtre Remi, rappelé et confirmé le Droit ; aux fidèles de s’en imprégner, d’en vivre et d’en faire vivre la société temporelle, pour le bien commun de notre cher pays ainsi que du monde entier, réalisant ainsi la prophétie de Jeanne aux Anglais : « les Français feront le plus bel fait qui oncques fut fait pour la Chrétienté ». Ainsi soit-il.

Pèlerinage au Puy (Messe du samedi 4 juin)

Sermon de la Messe du samedi 4 juin 

à Saint-Laurent du Puy


Monsieur le Curé,
Monsieur le Chanoine,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Mon Frère,
Monsieur le président de l’Union des Cercles Légitimistes de France,
Bien chers Amis pèlerins,

Première communion de Madame à Madrid.
         En ce jour, Madame, fille aînée de notre roi Louis, fait à Madrid sa première communion, recevant son Dieu pour la première fois, comme Notre-Dame la nuit de l’Annonciation, à Nazareth. Que cet événement soit pour nous aujourd’hui une leçon, bien chers Frères : que la Fille aînée de l’Église, Fille aînée dont nous sommes les membres du Corps mystique, fasse aujourd’hui, elle aussi, une belle, ardente et sainte communion. Que vous puissiez vous approcher de la sainte Table ou que vous ne fassiez qu’une communion spirituelle, offrez-la comme réparation pour votre Roi et pour la France (et pour les membres de la Confrérie royale : comme consécration), tel est l’objet de ce pèlerinage au Puy.
         En ce jour, se trouvent devant l’autel, aux yeux de Dieu, des âmes d’un grand prix (celui de Son Précieux Sang), des noms qu’Il connaît personnellement, des personnes qu’Il aime à la folie, des Français qui, au lieu de ne s’occuper que de leurs petites affaires personnelles ou de leurs loisirs, sans prendre prétexte des troubles actuels pour rester chez eux et ne rien faire (comme les invités au noces du fils du roi, dans l’évangile), ont le courage de venir faire une longue route afin de prier pour l’incarnation d’un principe, certes bien oublié par nos contemporains, mais qui continue de faire battre le cœur de tout vrai Français, pour peu qu’on le lui rappelle.
Juste après mon ordination, mon cœur de prêtre fut saisi d’admiration à la lecture des intentions de prières des bienfaiteurs de notre séminaire. Au lieu d’y inscrire leur santé, leur famille (ce qui eût été honorable bien évidemment), beaucoup y avaient seulement écrit : « Pour la France ». Comment le Bon Dieu, Qui est déjà tout Amour, pourrait-Il rester de marbre devant une prière si désintéressée, si soucieuse du bien commun, si digne de fils des Francs, que celle-ci ? Ces belles âmes oubliaient toutes leurs demandes personnelles pour ne s’attacher qu’à l’essentiel : le Royaume de Dieu et Sa justice, Son ordre divin, puisque tout en dépend : « et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Cela évoque la belle réponse de saint Thomas d’Aquin – qui enseigna en ces murs, mes Frères – au Seigneur Qui lui demandait ce qu’il souhaitait comme récompense pour son bon travail : « Rien d’autre que Vous, Seigneur ».
En 1429, au Grand Pardon du Puy, ne se trouvaient ni le « roi de Bourges », ni la Pucelle de Domrémy. Mais parmi la foule, mandatés par notre héroïne, se trouvaient sa mère Isabelle Romée, et deux de ses frères. Ce sont les prières de l’humble peuple de France qui attira sur celle-ci la plus belle intervention divine qui se puisse imaginer. Ce ne sont ni les sages et diplomates conseillers, ni les avisés et expérimentés chefs militaires qui redonnèrent l’espérance au roi Charles et finalement, un mois plus tard, la victoire, mais bien ce chef-d’œuvre de la grâce qu’est Jehanne, Patronne de la Légitimité. Et à Chartres, à la Pentecôte, le Clergé a pu embrasser l’anneau de la Pucelle, porté en procession depuis qu’il est providentiellement revenu en France, et l’on nous annonce qu’il visitera nos différentes provinces dans les mois qui viennent.
         Devant moi en ce jour (mais je pense également à tous nos amis qui n’ont pu faire le déplacement et qui sont en grande communion avec nous en ce moment) se trouve aujourd’hui en partie recomposée l’Armée du Sacre. Non une armée au sens conventionnel du terme, mais au sens de l’une des qualifications de Notre-Dame : une armée spirituelle rangée en bataille (acies).
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort affirme, dans son Secret de Marie, des apôtres des derniers temps (et comme le dit saint Paul, depuis le Christ, nous y sommes) : 
« Ils auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu ; ils porteront sur leurs épaules l’étendard ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la main gauche, les sacrés noms de Jésus et Marie dans leur cœur, et la modestie et mortification de Jésus-Christ dans toute leur conduite. Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut, pour étendre Son empire sur celui des impies, idolâtres et mahométans. Mais quand et comment sera-t-il ? Dieu seul le sait ! ».
Tant que les portes de Reims ne se seront pas ouvertes, et ses frontons élevés, nous mènerons, par nos prières et nos sacrifices quotidiens, l’assaut du Ciel jusqu’à ce que nous soyons exaucés, par une foi à soulever les montagnes, une espérance à toute épreuve, et une charité digne des premiers Chrétiens dont les Païens disaient ébahis : « Voyez comme ils s’aiment » : « A ce signe, ils sauront que vous êtes Mes disciples » (cf. Jn XIII, 35[1]).
Nous ne demanderons donc pas à Dieu, ni aux diseuses de bonne aventure : « Quand cela adviendra-t-il ? », ni comme les Apôtres : « Quand instaurerez-Vous le Royaume de Dieu ? ». Le temps est celui de Dieu, il ne nous appartient pas de le connaître. Nous avons seulement besoin de l’assurance qu’il s’accomplira bel et bien, et de tout faire dans ce sens autant qu’il dépend de nous, comme Sœur Lucie de Fatima ou sainte Bernadette de Lourdes.
Saint Louis-Marie poursuit : 
« Jésus-Christ viendra, comme toute l’Eglise l’attend, pour régner partout, à l’époque et de la manière dont les hommes s’attendent le moins. A la Fin des temps, plus rapidement qu’on ne le pense, Dieu suscitera de grands Saints pour établir le règne de Son Fils sur le monde corrompu, par le moyen de la dévotion à la Très Sainte Vierge ».
Marie ! C’est bien le premier nom qui occupe aujourd’hui nos esprits, en ce premier samedi du mois (la dévotion de Fatima, où la manifestation de l’Ange aux pastoureaux de Fatima commença il y a cent ans), en cette fête du Cœur très pur de la Très Sainte Vierge, en cette profusion de fêtes (transférées de mardi dernier, 31 mai) : de Marie, Reine des Saints et Mère du Bel Amour, de Marie, Médiatrice de toutes les grâces, de Notre-Dame du Sacré-Cœur, et surtout, de la Royauté de Notre-Dame.
Exaltant cette dernière, saint Bonaventure enseigne que : 
« la bienheureuse Vierge Marie est mère du souverain Roi parce qu’elle L’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. […] C’est comme s’il disait expressément : Voici que vous allez concevoir et enfanter pour fils le Roi Qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait vous régnerez comme Mère du Roi, et comme Reine vous siégerez sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal. [Et nous ne pouvons nous empêcher de penser à saint Constantin et à sa mère sainte Hélène, tous deux surnommés Égaux aux Apôtres.] 
Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu Celui Qui porte inscrit sur Sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs, aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. […] 
La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière, à cause de la diffusion de la grâce quant à son double fruit: l’action et la contemplation. Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire ».
Voici ce que disait Benoît XVI, il y a six ans, le 13 mai 2010
« Celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée se tromperait. […] Dans l’Écriture Sainte, il apparaît fréquemment que Dieu est à la recherche des justes pour sauver la cité des hommes et il en est de même ici, à Fatima, quand Notre-Dame demande : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour prendre sur vous toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels Il est offensé, et en intercession pour la conversion des pécheurs ? » (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.162). Notre Mère bénie est venue du Ciel pour mettre dans le cœur de ceux qui se recommandent à Elle, l’amour de Dieu qui brûle dans le sien. À cette époque, ils n’étaient que trois ; leur exemple de vie s’est diffusé et multiplié en d’innombrables groupes sur la surface de la terre, en particulier au passage des Vierges pèlerines […]. Puissent ces sept années qui nous séparent du centenaire des Apparitions hâter le triomphe annoncé du Cœur Immaculé de Marie à la gloire de la Très Sainte Trinité ».
Alors qu’a commencé au printemps le centenaire des apparitions de l’ange et de la Vierge aux pastoureaux de Fatima, prenons place dans ce grand plan voulu par le Ciel pour la conversion du monde, avec, comme fils de France, une consécration toute particulière : la fidélité de la France aux promesses de son baptême, à l’union avec la Sagesse éternelle, à laquelle la rappelait Jean-Paul II en 1980.
Car ces « grands Saints, dont parle saint Louis-Marie pour établir le règne de Son Fils sur le monde corrompu, par le moyen de la dévotion à la Très Sainte Vierge », ce doit être vous, chers pèlerins, c’est votre mission, votre vocation, votre programme de vie !
Mais « comment cela se fera-t-il ? ». Cette question, par contre, à l’instar de Notre-Dame en l’Annonciation, nous pouvons la poser. Cela s’accomplira par l’ordre de Dieu, par la remise en ordre de la société, par le relèvement de ce qui a été renversé, par la restauration du droit divin, dont nous aurons à reparler demain. C’est la fameuse exhortation de saint Pie X à nos évêques, en 1910.
« Comment cela se fera-t-il ? ». Par l’humble accomplissement de notre devoir d’état quotidien, par notre laborieuse fidélité, par une vie de sacrifices et de labeurs, nourrie et vivifiée par l’exercice des vertus, surtout des vertus théologales, à l’exemple de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Par la sanctification des heures (avec saint François de Sales), par l’offrande de chacune de vos actions (je vous renvoie à sainte Gertrude). Par une âme magnanime, qui désire et espère de grandes choses (avec saint Thérèse d’Avila). Par l’audace, l’assurance et la pureté, qu’alliait si bien sainte Jeanne d’Arc.
« Comment cela se fera-t-il ? ». Par l’imitation du Cœur de Jésus, en l’honneur duquel la date de ce pèlerinage a été retenue. « Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur ». Voilà donc deux vertus à travailler de manière toute particulière et assidûment. « Tous, unanimes, d’un seul cœur, étaient assidus à la prière » (Ac I,14), nous disent des premiers Chrétiens les Actes des Apôtres : n’essayons pas de trouver de nouvelles recettes ! Ce terme d’un seul cœur revient d’ailleurs dix fois dans ce Livre saint. Prions et travaillons à la vraie concorde entre Français en général, et royalistes en particulier.
« Comment cela se fera-t-il ? ». En devenant des Saints, tout simplement, non pas au regard des autres, mais avant tout sous le regard de Dieu. Dom Guéranger dit très justement que ce sont les Saints qui font l’Histoire. Si vous voulez la faire et changer le cours qu’elle est malheureusement en train de prendre, devenez tout simplement de résolus disciples du Christ, obéissant aux Commandements de Dieu et de l’Église, vivant moralement en conformité avec ce que vous croyez et défendez.
« Comment cela se fera-t-il ? ». Retenez ce grand principe, que répétait volontiers la Pucelle d’Orléans : « Aide-toi, le Ciel t’aidera ». Au lieu de dire : « Tout va mal ! », faisons-nous une belle âme, ce sera déjà un ‘lieu’ où cela ira mieux, puisque les Saints élèvent le monde avec eux.
« Comment cela se fera-t-il ? ». Un jour, le démon révéla au saint Curé d’Ars, par la bouche d’une pénitente, que s’il y avait cinq prêtres comme lui dans le monde, son empire serait détruit ; ce n’était hélas pas à l’honneur du clergé. Eh bien si les Saints se trouvaient au moins cinq en France aujourd’hui, ne croyez-vous pas que cela transformerait les choses ? Sodome ne fut pas sauvée car il ne s’y trouva même pas dix justes. Notre nombre nous engage donc à l’espérance. A vous de vous inscrire comme volontaires : il y en a toujours eu de tous âges, de toutes conditions, qu’avez-vous à craindre, hommes de peu de foi ? Certes, la sainteté fait peur car elle demande de tout abandonner pour le Christ, de Lui faire confiance. Mais dès son élection, il y a 11 ans, le pape Benoît XVI nous rassurait par ces paroles : « N’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et Il donne tout. Celui Qui se donne à Lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez […] tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie » (24 avril 2005).
« Comment cela se fera-t-il ? ». Eh bien déjà, chez vous. Si vous faites régner le Seigneur Jésus dans votre vie personnelle, dans votre foyer, dans votre entourage, là où vous avez une influence, non seulement « le Règne de Dieu est proche » (Mc I, 15), mais « il est déjà au milieu de vous » (Lc XVII, 21). De même, si seul ou en famille, en privé comme en public, vous faites hommage à Son lieutenant, celui-ci est déjà en train de régner. ¡ Que les familles françaises ne prient-elles pas quotidiennement pour leur souverain, comme le demande la vertu de piété !
« Comment cela se fera-t-il ? ». Il y a de multiples manières de contribuer à l’avènement du règne de Dieu sur la terre comme au ciel. La Confrérie royale en suggère un, particulier, qui est :
-      de se vouer, de se consacrer par vœu à la Couronne de France et à son salut ;
-      de s’engager à prier quotidiennement pour le Fils aîné du Sacré-Cœur, sa sanctification et sa haute mission, selon la doctrine sociale de l’Église, les Lois fondamentales du Royaume et le génie français ;
-      d’être de charitables émules dans cette belle œuvre, notamment par la communion de prières et de sacrifices le 25e jour de chaque mois ;
-      de réciter trois fois par jour, à cette intention, le traditionnel angélus, dont l’évangile de ce jour manifeste toute la majesté, puisqu’
o   en la nuit très sainte de l’Annonciation (motif de ce Jubilé du Puy),
o   en la demeure très humble de la fiancée de saint Joseph à Nazareth,
o   en le sein très chaste de cette Vierge immaculée,
le consentement de cette plus sublime des créatures, auquel la Création tout entière était comme suspendue, le Fiat de Notre-Dame renouvela la face de la terre par l’Incarnation de notre Sauveur et Rédempteur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, réalisant par là-même les noces de Dieu et de l’humanité. En guise de parenthèses, le baptême de Clovis, scellant l’union de Dieu et de la France, rendit aussitôt sacramentel le mariage de Clovis et de sainte Clotilde, que nous célébrons aussi en ce 4 juin, elle, la mère du Royaume de France.
L’angélus, donc, l’une des plus pieuses dévotions catholiques, fut triplé et sonné en France sur l’ordre du roi Louis XI (en 1472) « pour la paix en France », après que les chanoines de Cléry l’eurent accueilli ainsi. Il sera, mes Frères, la plus belle continuation de ce Grand Pardon du Puy, de ce Jubilé, dans vos vies de chaque jour.
Prier pour le Roi, c’est prier pour la France, puisque celle-ci s’incarne en celui-là. Et « tout ce que vous demanderez à Dieu en Mon Nom, Je le ferai » (Jn XIV, 13), nous promet le Christ. Il ajoute même : « Croyez que vous l’avez déjà reçu » ; c’est un ordre. Le Royaume de Dieu et celui des Lys sont déjà parmi nous.
« Cherchez le Royaume de Dieu et Sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît », affirmait Notre-Seigneur : nous ne faisons pas autre chose, aussi pouvons-nous à bon droit espérer de bien nombreuses grâces ! Nous le prions en effet selon l’ordre voulu par Lui-même pour la France.
Que la Très Sainte Mère de Dieu fût conçue par préservation du péché originel : Dieu le pouvait, cela convenait, Dieu le fit, « Potuit, decuit, fecit ». Ce fut l’argument décisif du bienheureux Franciscain Duns Scot au cours des péripéties historiques et théologiques de l’approfondissement du dogme de l’Immaculée Conception. Or ce que nous admirons de la Sagesse divine dans le mystère de la Conception sans tache de Notre-Dame, demandons-le également pour sa Fille de prédilection, sa consacrée : la France. Dieu peut restaurer le Roi légitime selon Son Cœur ; à relire tous les documents ecclésiastiques : tant pontificaux qu’épiscopaux, de saint Remi à Pie XII et même au-delà, cela convient ; donc : demandons à Dieu de le faire.
« Votre joie sera parfaite, et nul ne la ravira », promit Notre-Seigneur à Ses disciples. Ce droit de tout fidèle du Christ non seulement de choisir et soutenir un mode de gouvernement (d’autant plus qu’il est si raisonnable et pure que son motif foncier n’est pas un choix personnel mais celui de Dieu confirmé par Lui-même et Sa Sainte Église au fil des siècles), mais également de le demander à Dieu (« Demandez et vous recevrez », « tout ce que vous demandez à Mon Père en Mon Nom, croyez que vous le recevrez »), ce droit, disais-je, est non seulement la manifestation de votre sagacité et perspicacité, mais il vous est confirmé par la Sainte Église elle-même. Son Droit canonique vous le soutient, sa Liturgie vous le consacre, sa pratique multiséculaire vous l’assied, son histoire vous l’enracine. N’est-ce pas d’ailleurs l’appel lancé par nos derniers Pontifes suprêmes ? Que les fidèles laïques s’investissent dans l’art de gouverner la Cité. Tout le monde n’est pas appelé à s’engager en politique – et surtout pas dans des structures viciées, appelées « structures de péché et civilisation de la mort » par nos derniers papes -, mais tout le monde a le devoir de soutenir les bons principes et leur application effective, afin de vivre enfin à nouveau dans la société du Beau, du Bien, du Vrai : j’ai nommé la Chrétienté.
Pourrais-je enfin mieux terminer qu’en laissant la parole à notre grand Apôtre, saint Remi, qui achevait ainsi le Testament dont saint Pie X nous demandait il y a un siècle de faire notre trésor ? 
« Si Notre-Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en Sa présence, spécialement pour la persévérance de cette race royale, suivant mes recommandations, dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la Sainte Eglise de Dieu, qu'aux bénédictions de l'Esprit-Saint déjà répandues sur la tête royale s'ajoute la plénitude des bénédictions divines.      
Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la Vérité et la Justice pour le présent et pour l'avenir, suivant la volonté du Seigneur pour l'extension de la Sainte Eglise, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s'asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem où ils règneront éternellement ».
Puisse-t-il arriver assez tôt, ce jour où le corps neuf fois oint du chrême céleste, notre bien-aimé Roi s’entendra dire par son consécrateur à trois reprises ces paroles rituelles tirées des Saintes Écritures : Vivat Rex in aeternum ! (I Reg I, 31). Ainsi soit-il.





[1] « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres ».