A propos d'Amoris Laetitia

Deux citations du cardinal Ratzinger

   Je dédie ces deux très belles [citations], et revêtues de toute l'autorité, à tous les évêques et cardinaux (et ils sont nombreux) qui perçoivent le déraillement dramatique du document bergoglien, qui mène l'Eglise vers la sortie de route, mettant en danger beaucoup d'âmes, mais, en même temps, se demandent s'il est licite et opportun d'intervenir pour s'en dissocier.   Eh bien, le pape Benoît XVI a déjà répondu à plusieurs reprises, affirmant clairement - conformément à la doctrine catholique - que «là où il n'y a ni l'unanimité de l'Eglise universelle, ni un témoignage clair des sources» - et c'est certainement le cas d'Amoris laetitia - «il ne peut pas y avoir de décision exigeante et contraignante; si elle advenait formellement, il lui manquerait les conditions indispensables et il faudrait alors soulever le problème de sa légitimité ». Je répète: IL FAUDRAIT ALORS SOULEVER LE PROBLÈME DE SA LÉGITIMITÉ. Il s'agit là - pour les évêques et les cardinaux - non pas d'une possibilité, mais d'un devoir précis !
Antonio Socci

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« On doit surtout éviter l'impression que le pape (ou l'office en général) peut seulement recueillir et exprimer de temps à autre la moyenne statistique de la foi vivante, et donc qu'une décision contraire à ces valeurs statistiques moyennes (que leur constatabilité rend même problématiques) n'est pas possible.
   La foi tire ses règles des données objectives de l'Écriture et du dogme, qui, dans des périodes sombres peuvent même dramatiquement disparaître de la conscience de la majorité (statistique) de la chrétienté, sans rien perdre cependant de leur caractère exigeant et contraignant.   Dans ce cas la parole du pape peut et doit sans aucun doute s'élever CONTRE les statistiques et contre le pouvoir d'une opinion, qui prétend avec force être la seule valide; et cela doit être fait avec d'autant plus de décision que le témoignage de la tradition sera plus clair (comme dans le cas supposé).   En revanche, une critique des déclarations papales sera possible et nécessaire si (dans la mesure où) il leur manque la couverture dans l'Ecriture et dans le Credo, dans la foi de l'Eglise universelle.   Là où il n'existe ni l'unanimité de l'Église universelle ni un clair témoignage des sources, une décision contraignante et exigeante n'est pas possible; si elle advenait formellement, il lui manquerait les conditions indispensables et il faudrait alors soulever le problème de sa légitimité ».
Joseph Ratzinger-Benoît XVI
Fede, ragione, verità e amore”, p. 400 (Lindau 2009)

Résultat de recherche d'images pour "ratzinger"« Le Pontife Romain est soumis - comme tous les fidèles - à la Parole de Dieu, à la foi catholique, et il est le garant de l’obéissance de l’Église; et, en ce sens, il est servus servorumIl ne décide pas selon son bon plaisir, mais il exprime la volonté du Seigneur qui parle à l’homme dans l’Écriture vécue et interprétée par la Tradition. En d’autres termes, "l’episkopè" du Primat a des limites qui viennent de la loi divine et de la constitution divine inviolable de l’Église, telle qu’elle est contenue dans la Révélation ».

Congrégation pour la Doctrine de la Foi, "La primauté du Successeur de Pierre dans le mystère de l'Église" (1998)


Nous avions publié il y a quelque temps le commentaire de l'exhortation apostolique Amoris Laetitia par S.Em.R. le cardinal Burke. Nous relayons aujourd'hui cet article d'Unam sanctam catholicam, réaction aux commentaires de LL.EEmm.RR. les cardinaux Müller et Burke.



Humble supplique logique aux continuitistes

6 mai 2016 - unamsanctamcatholicam.blogspot.fr - Traduction d'Anna (blogue benoit-et-moi.fr)

Lors du concile Vatican II, la Déclaration sur la Liberté religieuse Dignitatis Humanæ fit une affirmation très intéressante. Le paragraphe d'introduction dit que le document « laisse intacte ("lascia intatta" dans la version italienne) la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ », et juste après avoir affirmé que la doctrine catholique reste intacte, se poursuit en proposant, au fil de quinze chapitres, des choses qui n'avaient jamais été dites auparavant, dans aucun organe officiel de l'enseignement catholique. Les théologiens se sont depuis lors empêtrés en essayant d'imaginer comment un document aussi nouveau pourrait être concilié avec la tradition - comment un tel document pourrait laisser la doctrine catholique "intacte" tout en paraissant la renverser à chaque paragraphe. 

Cela ne gêne pas tout le monde. Beaucoup se contenteront de considérer l'affirmation de la Déclaration selon laquelle la doctrine traditionnelle reste "intacte" comme établissant le fait, comme si la simple affirmation de continuité était tout ce qui compte.Un exemple récent, ce sont les déclarations improvisées du Pape François sur l'intercommunion entre Luthériens et Catholiques. Après qu'il ait apparemment laissé entendre que les Luthériens pourraient recevoir la Communion dans l'Église Catholique si leur conscience le leur dicte, le cardinal Gerhard Müller est intervenu pour limiter les dégâts.Mais plutôt que d'expliquer comment les affirmations du pape pourraient se concilier avec la doctrine catholique, il s'est limité à déclarer qu'elles étaient en ligne avec la doctrine catholique et que d'autres conclusions étaient des "malentendus" - sans jamais aborder les réelles affirmations du pape (Voir ici notre article pour un examen plus détaillé de ce problème).

Mais qui s’en soucie ? Müller a déclaré la continuité, donc la continuité est établie. 

Un exemple plus récent est le brouhaha autour d'Amoris Lætitia. Pour tout vous dire: je n'ai pas lu Amoris Lætitia. Peut-être un jour. Franchement, j'ai mieux à faire de mon temps. 
Toutefois, j'ai jeté un œil à certains des passages douteux, notamment la très controversée note 351. Et j'ai lu de nombreux commentaires à son sujet. D'après ce que je vois, mon opinion est assez conforme à ce qu’Ed Peters a écrit dans son blog il y a un mois. Peters n'est certes pas un traditionaliste, mais il signale des problèmes réels et significatifs dans le document, concernant ses hypothèses et les confusions inhérentes. D'autres critiques ont fait d'autres suppositions sur les implications du document (qu'il permet une marge de manœuvre pour la communion aux adultères, qu'il adopte implicitement une théologie morale du gradualisme, qu'il abaisse les obligations du mariage chrétien au niveau d'un idéal, etc.).

Je n'affirme aucune de ces choses, surtout n'ayant pas lu le document. Mais d'autres l'ont fait, comme Athanasius Schneider (cf. Clarifier pour éviter la confusion générale), qui a dit que le document était susceptible d'interprétations erronées et avait besoin de clarifications.

Or, les affirmations du Magistère ne nécessitent pas toutes une apologétique détaillée pour chaque phrase. Mais j'ajouterais que de temps en temps elles en nécessitent, surtout en des époques de grande confusion. S'il y a une grande confusion sur comment un document est en continuité avec la tradition, le Magistère devrait expliquer comment il est en continuité.

Mais trop souvent la position officielle est de se limiter à affirmer que le document est dans la continuité, sans prendre la peine de nous en donner les détails - sans expliquer comment. 

Suivant le précédent de Dignitatis Humanae, c'est comme s'ils croyaient que le simple fait d'affirmer la continuité en établit la réalité. Au cours des années ils ont fini par ne plus cerner les éléments de continuité, se bornant juste à la proclamer. Peu importe comment. Peu importe que des théologiens qualifiés, des canonistes et des évêques ne parviennent toujours pas à comprendre dans quel sens les documents assurent la continuité. Continuité a été déclarée, ergo elle existe par fiat magistériel.

C’est le cas avec Amoris Lætitia. Le Cardinal Müller se prononce et affirme qu'Amortis Lætitia est en parfaite continuité avec la tradition. Il dit que François n'a pas voulu remettre en cause l''enseignement de ses prédécesseurs. D'accord. Mais qu'en est-il des passages qui semblent contredire Familiaris Consortio et Sacramentum Caritatis, comme - vous le savez bien - la note 351? Le cardinal affirme que la note 351 ne fait que des remarques très générales et c'est à peu près tout ce que nous devrions en retirer, « sans aller dans le détail ». Sans aller dans le détail? Mais Monsieur, le détail est ce dont nous avons besoin ici.

Il réaffirme ensuite tout simplement l'enseignement traditionnel et dit qu' Amoris Lætitia « ne touche pas à la discipline précédente ». Son seul autre commentaire à la note est que si le pape avait cru qu'elle fût si importante, il ne l'aurait pas fait figurer comme une simple note.

Rien de tout cela n'analyse vraiment ce que le pape a dit, ni n’explique comment ce serait dans la continuité; Müller ne voulait, après tout, que le discuter « sans aller dans le détail ». Mais qu'importe? Continuité est déclarée. Le fait est établi.

Le Cardinal Burke est un autre exemple. Son essai sur Amoris Lætitia (cf. texte complet en français : Le Cardinal Burke sur Amoris Laetitia) affirme que « la tâche des pasteurs et des autres maîtres de la foi est de la présenter dans le contexte de l'enseignement et de la discipline de l'Église». Je suis entièrement d'accord. Mais, Monsieur, lorsque nous ne comprenons pas comment concilier certaines affirmations avec l'enseignement et la discipline de l'Église, vous devez nous dire comment

Alors qu'il a admirablement répondu à la fausse affirmation que le mariage chrétien ne serait qu'un idéal, Burke omet lui aussi de nous offrir une quelconque manière de concilier les intentions du Pape avec la tradition. Il dit: 
« La doctrine officielle de l'Église fournit en effet une clé d'interprétation irremplaçable à l'exhortation apostolique post-synodale, si bien qu'elle peut réellement aider au bien de tous les fidèles, les unissant de plus en plus étroitement au Christ qui seul est notre salut. Il ne peut pas y avoir d'opposition ou de contradiction avec la doctrine de l'Église et sa pratique pastorale ». 

Oui! Il ne peut pas y avoir d'opposition entre doctrine et pratique. Maintenant, expliquez s'il vous plaît comment le document ne crée pas une telle opposition. Le simple fait d'affirmer qu'il n'y en a pas n'établit rien du tout. 

Vous ne pouvez pas créer la continuité en disant qu'elle existe. Vous ne pouvez pas nous dire que l'enseignement traditionnel est intact alors que le contexte des mots semble suggérer le contraire - et si nous nous trompons, alors s'il vous plaît expliquez-nous comment. Expliquez-nous s'il vous plaît comment les choses ne sont pas dans la discontinuité. Vous ne pouvez pas créer la continuité par décret. Vous ne pouvez pas faire passer un fantasme pour la substance. 



Un conte d'Enrico Roccagiachini - 12 mai 2016 - blog.messainlatino.it - Traduction d'Anna

J’ai séjourné quelques jours à Rome à l'occasion de la Marche pour la Vie, et j'ai dû accumuler pas mal de fatigue. C'est ainsi qu'en rentrant à la maison, dans le train, tandis que je feuilletais distraitement quelque chose, je suis tombé dans un sommeil profond. Et j'ai fait un rêve, dont je me souviens très bien, et je crois qu'il vaut la peine d‘être raconté.

Je me retrouvais dans une sorte de grande salle, vraiment très grande, en présence de nombreuses personnes qui semblaient désorientées, anxieuses, et même apeurées. Je me suis aperçu qu’elles étaient toutes en train de lire, avec une inquiétude évidente et croissante, un petit livre - en fait, quelque chose de plus qu'un petit livre: c'étaient pas mal de pages… - et, après l'avoir lu, ils se regardaient tous l'un l'autre, et autour d’eux, comme à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un qui puisse les réconforter. Je me suis rendu compte que le petit livre était l'Exhortation Apostolique Amoris lætitia.

À un moment donné, c'était comme si un podium avait été dressé au milieu de la salle: plusieurs prêtres, évêques et même quelques cardinaux y étaient montés. Bien que différents, on savait qu'ils étaient tous saintement catholiques. On avait l'impression qu'ils représentaient un vaste peuple fidèle…

L'un d'entre eux a sorti une sorte de parchemin et s'est mis à le lire à haute voix. Voici ce qu'il disait:
   « La lecture d'Amoris lætitia suggère la conclusion qu'aujourd'hui, du moins dans quelques cas confusément définis, l'accès à l'Eucharistie des fidèles civilement divorcés et remariés serait permis: et cela même sans l'engagement à vivre comme frère et sœur, et même en étant bien conscient de violer le commandement divin concernant l'indissolubilité du mariage et la gravité de l'adultère.

   Une telle conclusion, bien que soutenue par l'autorité, est contraire à la foi catholique, tout comme serait contraire à la foi catholique toute pratique qui s'y conformerait.
   C'est un devoir impératif de chaque pasteur, sans exception, de repousser expressément cette conclusion comme étant erronée et, sur la base de sa propre autorité, d'en inhiber l'application et d'empêcher qu'elle soit retenue par les fidèles. 
   C'est en même temps le droit, voire le devoir, de chaque fidèle - laïc ou clerc - de résister à ladite erreur et à chacune de ses applications, aussi bien dans sa conduite personnelle, que dans le témoignage public de l'Évangile, que dans l'exercice de l'autorité ou des ministères dont il est légitimement titulaire dans l'Église.
   De ce devoir, avec l'aide de Dieu, nous tous - laïcs et clercs - voulons rendre témoignage et demandons au Seigneur la grâce de pouvoir l'accomplir en toute occasion où nous y serons appelés. Nous prions constamment afin que chaque évêque de l'Église catholique, chaque religieux, chaque prêtre s'engage sans exception dans cette œuvre de témoignage incontournable de la vérité. 
   Nous convions tous les fidèles à s'associer à cette prière que, pleins d'espérance, nous confions à l'intercession de la Très Sainte Marie et à la protection de Saint Joseph ».

Cette déclaration suscita un tel enthousiasme dans l'assistance et fut accueillie par un tel tonnerre d’applaudissement que je me suis réveillé. J'ai repris alors la lecture que je faisais avant de m'endormir: un article sur les déclarations de Mgr Forte, celles concernant les circonstances de la rédaction d’Amoris lætitia (cf. Confidences de Mgr Forte). C'est ainsi que j'ai été rappelé à la réalité, et je me suis rendu compte qu’hélas, non seulement la réalité n'est pas un rêve mais qu’au contraire, elle est un vrai cauchemar… 


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