Lettre du 25

Lettre mensuelle
aux membres et amis de la Confrérie royale
pour le 25 février anno Domini 2017


X

Un sujet vertueux


« Lorsque la nostalgie est le seul mouvement qui guide l'esprit vers l'attachement à la monarchie, le regard est biaisé et la direction prise complètement erronée. Certains se mettront alors à rêver d'un roi pieux et vertueux pour résoudre les problèmes du temps, sans jamais se regarder eux-mêmes et se demander si œuvre de conversion n'est pas aussi nécessaire pour mériter un tel prince. La monarchie est un système complexe de relations entre un chef sacré par Dieu et des sujets mettant tout en œuvre pour être conformes, eux aussi -chacun à son degré- à cette élection surnaturelle. Il est possible que Dieu nous ait retiré, si violemment, le roi si vertueux Louis XVI, parce que nous ne correspondions plus à notre vocation éminente de sujets vertueux. Un pays n'a pas simplement besoin d'un souverain au-delà de tout reproche, il repose aussi sur des âmes qui doivent partager cette même et unique grâce. Ce n'est pas simplement la tête qui doit être fidèle aux promesses du baptême reçu par Clovis, mais tous les sujets de France et Navarre.
     A partir du moment où les Français ont voulu s'émanciper de cet appel commun à la sainteté, ils ont abandonné leur statut de sujets vertueux pour devenir des citoyens soucieux de leur liberté, pourtant très surveillée. La quête de la liberté, mal comprise, a remplacé celle de la vertu. Or les grands siècles chrétiens de notre histoire sont une lutte constante et individuelle pour grandir dans l'exercice des vertus, surtout les XII°-XIV° siècles et le XVII° siècle. Etre vertueux ne signifie pas être immaculé et sans péché, mais être un pécheur domptant sans cesse ses faiblesses avec la grâce de Dieu et dévoilant ainsi sa force. Lorsque tout un peuple, et pas simplement le prince, s'applique à cet exercice, le résultat est celui de la grandeur, même si les hommes demeurent toujours imparfaits.
     René Schwob, dans Ni grec ni juif, écrit : « La faiblesse qui se croit forte est impotente et vaine. La faiblesse qui se sachant telle, consent à son effacement, s'exalte d'autant. Dieu n'y résiste pas. Il s'y engouffre. Il la déborde. Il l'inonde, jusque dans ses souffrances, des grâces de la lumière et de l'indubitable joie. Il faut donc, sinon prêcher la faiblesse, la confesser et la vivre. » Telle est la véritable vertu de force, celle qui renverse des montagnes avec humilité.
      L'homme de 1789 a oublié cette vérité pour s'engouffrer dans l'orgueil bien vain d'une autonomie réclamée en tout domaine. L'homme du Moyen-Age et du Grand Siècle, beaucoup plus libre, ne l'était que par son obéissance au réel et son adhésion à son statut de sujet aimé de Dieu et protégé par le prince. L'important n'est pas de savoir si des chefs très chrétiens ont failli à leur mission, ce qui est inévitable humainement, mais de juger de la capacité d'un peuple à grandir dans la foi et la vertu car conscient de son élection particulière. Les scandales et les crimes politiques qui parsèment l'histoire de nos républiques successives montrent bien que sans le guide de la vertu évangélique, rien de bon ne peut être accompli. Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas essentiellement plus pécheurs que leurs ancêtres, mais ils sont moins vertueux car naviguant à vue et sans boussole, ceci par refus conscient et volontaire.
     Certes, pour reprendre une expression de Claudel, « le combat spirituel est aussi   brutal que la bataille d'hommes », mais il fut un temps, celui du royaume terrestre de France, où les sujets étaient quotidiennement aidés dans cette lutte par la contemplation de ce à quoi ils étaient appelés. Ils savaient qu'ils pouvaient atteindre ce qui semblait être trop haut à première vue. Les habitants de Paris ou d'Amiens, passant chaque jour devant leur cathédrale, n'avaient pas à lever les yeux vers le ciel pour deviner les statues des vertus.
     Elles trônaient, comme des jeunes filles chastes et simples, à portée de main, et la poussière soulevée par l'activité incessante de la cité les enveloppait. Ces vertus sont en lutte avec les vices. Depuis Tertullien et son De Spectaculis, chaque baptisé connaissait la forme concrète de la lutte intérieure de l'homme dont parle sans cesse l'Evangile. Tertullien avait donné figure à ces vertus et à ces vices, et les artistes chrétiens mettront en images ce vers quoi un sujet fidèle devait tendre. Emile Mâle, dans L'Histoire de l'art religieux au XIII° siècle, souligne très justement : « Le christianisme n'a point apporté la paix au monde, mais la guerre ; l'âme est devenue un champ de bataille. L'harmonie que les anciens sages, dans    leur ignorance de la vraie nature de l'homme, avaient voulu faire régner en eux, n'est pas de ce monde : tant que nous vivons, les deux hommes qui sont en nous combattent. » L'homme de la révolution, déjà tout pétri des idées de Rousseau et persuadé que l'homme était naturellement bon, n'a plus besoin d'être un sujet vertueux constamment dans la mêlée de cette tension de sa conscience et de son âme. Il se déclare maître de lui-même et les pires catastrophes le guettent. Le poète antique Prudence, -au nom si providentiel-, avait pourtant, avant le christianisme, perçu et analysé ce combat dans sa Psychomachie qui inspirera aussi tant d'artistes, déjà dans les fresques des catacombes. Ainsi, au portail de la cathédrale de Strasbourg, nous pouvons contempler les vertus virginales qui achèvent à coup de lance les vices tombés à terre. Tous les grands sanctuaires présentent peu à peu, sur le verre ou dans la pierre, la bataille acharnée entre les vertus et les vices, ceci toujours dans le même ordre et avec une liste identique : la Foi et l'Idolâtrie, l'Espérance et le Désespoir, la Charité et l'Avarice, la Chasteté et la Luxure, la Prudence et la Folie, l'Humilité et l'Orgueil, la Force et la Lâcheté, la Patience et la Colère, la Douceur et la Dureté, la Concorde et la Discorde, l'Obéissance et la Rébellion, la Persévérance et l'Inconstance. Sans toujours un rapport direct avec la description des vertus et des vices dans les grandes oeuvres théologiques de saint Augustin, d'Isidore de Séville, de saint Thomas d'Aquin ou de Guillaume d'Auvergne, ces représentations, en statues ou en bas-reliefs, ont façonné la conscience morale des sujets vertueux pendant des générations.


     Aujourd'hui, même les âmes les plus pieuses ne portent qu'un regard distrait sur les œuvres léguées par nos pères dans la foi ou bien n'éprouvent qu'un intérêt esthétique, somme toute très superficiel. Si nous voulons retrouver notre vocation de sujets vertueux, nous devons renouer aussi avec les méthodes éprouvées au cours des temps pour grandir dans la vertu et gagner de plus en plus de batailles. Nous sommes loin du christianisme mou trop couramment prêché depuis que les chaires ont été désertées. Le sujet vertueux sait que l'Esprit Saint est prêt à fondre sur lui comme une cataracte de feu à chaque instant, d'où son souci de demeurer dans la disposition la moins indigne possible pour L'accueillir.
     N'attendons pas passivement une renaissance monarchique, grâce à un homme providentiel, qui nous serait accordée sans effort moral de notre part. La restauration, qui sera une renaissance, doit jaillir d'abord dans chaque cœur soucieux du bien, du beau et du vrai. Sinon la monarchie ne serait qu'un décor de théâtre, comme elle l’est d'ailleurs encore en certains pays. Si nous voulons que royaume de France ressuscite, il est nécessaire de devenir des sujets vertueux pour accueillir un prince qui sera fidèle aux mêmes commandements et exigences évangéliques. Tout le reste n'est que rêve politique inutile et condamné à l'échec. Ne nous lassons pas de contempler les vierges sages et les vierges folles aux portails des cathédrales et demandons-nous ce que nous mettons en œuvre pour aider les premières à vaincre les secondes.


                                                           P. Jean-François Thomas s.j.

Prière

Prière de Madame Elisabeth de France
retrouvée aux Tuileries

Ex-voto envoyé par Madame Elisabeth à la cathédrale de Chartres - 1791
Double ex-voto en vermeil offert en 1791 
par Mme Elisabeth de France à Notre-Dame de Chartres
pour la conservation de la foi catholique en France.

« Ô Vierge sainte ! Vous avez toujours si spécialement protégé la France... Tant de monuments nous attestent combien elle vous a toujours été chère ! Et à présent qu’elle est malheureuse, et plus malheureuse que jamais, elle semble vous être devenue étrangère !... Il est vrai qu’elle est bien coupable !... Mais tant d’autres fois elle le fut, et vous lui obtîntes son pardon !... D’où vient donc qu’aujourd’hui vous ne parlez plus en sa faveur ?... car si vous disiez seulement à votre Divin Fils : « Ils sont accablés de maux », bientôt nous cesserions de l’être... Qu’attendez-vous donc, ô Vierge sainte ? Qu’attendez-vous, pour faire changer notre malheureux sort ? Ah ! Dieu veut peut-être qu’il soit renouvelé par nous, le vœu que fit un de nos rois pour Vous consacrer la France... Eh bien ! ô Marie, ô très Sainte Mère de Jésus-Christ ! Nous Vous la vouons, nous Vous la consacrons de nouveau ! Si cet acte particulier pouvait être le prélude d’un renouvellement plus solennel et public... Ou si plutôt elle pouvait retentir depuis le trône jusqu’aux extrémités du royaume, cette parole qui lui a attiré tant de bénédictions. Vierge sainte, nous nous vouons tous à Vous, mais le désir que nous en avons ne peut-il pas y suppléer ?... Mais les liens sacrés qui nous unissent à tous les habitants de ce royaume comme à nos frères, mais la charité qui étend nos vues et dilate nos cœurs pour les comprendre tous dans notre offrande, ne peut-elle pas donner à une consécration particulière le mérite de l’efficacité d’une Consécration générale ?... Nous Vous en prions, ô Vierge sainte !... Nous Vous en conjurons !... Nous l’espérons et, dans cette confiance, nous Vous offrons notre Roi, notre Reine et sa famille, nous Vous offrons nos princes, nous Vous offrons nos armées et ceux qui les commandent, nous Vous offrons nos magistrats ; nous Vous offrons toutes les conditions et tous les états ; nous Vous offrons surtout ceux qui sont chargés du maintien de la religion et des mœurs. Enfin, nous Vous rendons la France tout entière. Reprenez, ô Vierge sainte, vos premiers droits sur elle ; rendez-lui la Foi, rendez-lui votre ancienne protection, rendez-lui la paix. Rendez-lui, rendez-lui Jésus-Christ qu’elle semble avoir perdu. Enfin que ce royaume, de nouveau adopté par vous, redevienne tout entier le royaume de Jésus-Christ… Ainsi soit-il ».




Prière pour demander des grâces
par l’intercession de Madame Élisabeth de France

Alexandre Kucharski portrait de Madame Elisabeth à la prison du Temple - 1793
Ô Dieu, qui par un effet admirable de Votre Providence, avez daigné enrichir le cœur de Votre servante Madame Élisabeth de France, des trésors les plus précieux de la nature et de la grâce : pour que ces dons ne demeurent pas stériles en son âme, daignez avoir pour agréables les prières que nous Vous adressons par son intercession (on peut ici énumérer les intentions recommandées à l’intercession de la servante de Dieu), et donnez-nous d’imiter, avec son abandon à cette même Providence, son abnégation et sa générosité dans le sacrifice, afin que, par une sainte vie, nous méritions tous d’avoir part à la joie dont Vous couronnez Vos élus. Ainsi soit-il.