16 mai

1920 - 16 mai - 2017
97e anniversaire de la
canonisation de Jeanne d'Arc

Mgr Henri Debout - 1922

armi les hommages que la société humaine peut rendre à l'un de ses membres, le plus grand sans contredit et le seul divin, c'est le culte. On désigne par ce mot un honneur religieux décerné à un être intelligent dans lequel l'action de Dieu s'est révélée sensible, indéniable, éclatante.

Introduction de la cause (1869)
Vénérable (27 janvier 1894)
Le procès de béatification (1897-1909)
Bienheureuse (18 avril 1909)
La canonisation (1910-1920)
Sainte (16 mai 1920)
Patronne de la France (2 mars 1922)


L'introduction de la cause (1869) : 

  A peine l'héroïne avait-elle
 paru sur la scène du monde et s'était-elle présentée en armes dans la cité d'Orléans que commençaient les manifestations ardentes et naïves de la foule, qui voyait en elle un ange descendu des hauteurs célestes et l'exaltait à ce titre; ce culte était un remerciement adressé au Tout-Puissant pour le secours qu'il envoyait directement à la France.
  J'ai dépeint en leur temps les démonstrations de cette foi populaire; j'ai signalé aussi la réponse touchante de Jeanne lorsqu'on lui reprochait la vénération universelle dont elle était l'objet :
  « En vérité, je ne saurais me garder contre de telles effusions si Dieu même ne me gardait. »
  L'inique réquisitoire de d'Estivet constate ces faits : il ajoute que l'on plaçait dans les églises des images de la Pucelle et que l'on portait avec confiance des médailles à son effigie. Ces allégations sont vraies, mais, au lieu d'en tirer une accusation contre Jeanne d'Arc, on doit y reconnaître la voix du peuple acclamant en elle l'intervention divine.
  En certains cas, qui demeurèrent l'exception, la sentence barbare de Rouen atteignit le but que les Anglais s'étaient proposé : montrer en leur ennemie l'action de Satan et non pas celle de Dieu; mais la masse du peuple français demeura fidèle à son premier enthousiasme aussi longtemps que subsista en elle le souvenir des événements de 1429-1430. Même quand, sous l'action des ans, cette vive admiration eut diminué, il survécut encore à travers les siècles un témoignage non équivoque en faveur de la sainteté de la Libératrice nationale.
  On le retrouve dans les écrits de personnages à l'esprit religieux et élevé, ainsi qu'en deux démonstrations extérieures d'un culte persévérant.
  A Domremy, jusqu'à l'époque où l'armée suédoise vint dévaster la Lorraine, on vit une chapelle de Notre-Dame de la Pucelle, située à la lisière du Bois-Chenu.
  A Orléans, la procession annuelle n'était que la marque tangible d'une dévotion «très profonde et permanente, au nom de laquelle un auteur du XVIIe siècle inscrivit Jeanne au martyrologe de son diocèse sous le titre de bienheureuse. Le mot était prématuré et ne venait point de l'autorité ayant la suprême compétence en ces matières. Mais il n'en reste pas moins établi que les fêtes orléanaises offrirent à l'Église l'occasion de déclarer si la Pucelle méritait ou non les hommages des fidèles.

  En 1869, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, prit pour la seconde fois la parole en cette grande manifestation du 8 mai, où l'on s'est efforcé de faire entendre les voix les plus éloquentes du clergé français. L'orateur avait convoqué tous les évêques des diocèses que Jeanne honora de son passage : le thème de son discours était la sainteté de l'héroïne dévoilée par sa vie entière.
  Les fêtes terminées, tous les prélats signèrent une adresse demandant au pape Pie IX d'accorder à « Jeanne d'Arc les honneurs que l'Église décerne aux bienheureux ».
  Ce fut la première démarche officielle : il appartenait à Mgr Dupanloup d'ouvrir le procès dans son diocèse.
  C'est ce qu'il fit en 1874. Le prélat constitua un tribunal présidé par un Sulpicien éminent, M. Branchereau, et en porta le travail à Rome, en 1876.

  Pour permettre au lecteur de suivre avec plus de profit la marche de la cause de Jeanne d'Arc, il faut d'abord donner quelques indications générales.
  Canoniser un personnage, c'est l'inscrire dans le Canon ou catalogue des saints. Cet honneur, sollicité pour Jeanne, comprend trois étapes principales : l'introduction de la cause, qui permet de donner à la servante de Dieu le titre de Vénérable; le Bref de béatification; la canonisation. Cinquante ans s'écouleront avant que la libératrice de la France reçoive cet hommage suprême; il ne faut ni s'en plaindre ni s'en étonner, mais louer l'Église d'agir avec cette prudente lenteur; la valeur d'actes aussi longuement pesés n'est-elle pas mise ainsi hors de discussion ?
  Toute cause est représentée dans Rome même par un postulateur. Celui de Jeanne d'Arc fut M. Captier, procureur général de Saint-Sulpice.
  Le postulateur choisit des délégués, désignés sous le nom de vice-postulateurs, afin de promouvoir hors de Rome des tribunaux apostoliques; ces derniers sont établis aux lieux témoins de la naissance et de la mort du personnage dont la cause est étudiée, ainsi que des faits remarquables de son existence.
  Les actes de ces tribunaux sont établis en double exemplaire. La cour de Rome les fait copier et les remet au procureur et avocat.
D'après les enquêtes apostoliques transmises à Rome, Hilaire Alibrandi (1), l'avocat de Jeanne, rédigea le « sommaire » de la cause. C'était une vie documentée de l'héroïne. Le procureur en lit le résumé, qu'on appelle « information ».
  La Congrégation des Rites étudia ces deux rédactions avec toutes les pièces à l'appui, en tête desquelles viennent les deux procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle. Puis la Congrégation demanda une enquête supplémentaire sur les traces laissées jusqu'à nos jours par les vertus de Jeanne.

  Mais, sur ces entrefaites, Mgr Dupanloup était mort, le 11 octobre 1878; ce fut son successeur, Mgr Coullié, qui fut appelé à continuer son œuvre et à fournir à Rome les renseignements demandés.
  Tout le dossier était communiqué au promoteur de la foi. Son rôle ingrat, mais utile, est de rechercher dans une cause ce qui pourrait en motiver le rejet. Il formule ses observations (animadversiones) auxquelles répondent des avocats (responsiones).
  Déjà, dans les premières pages du procès, on trouve l'énumération de faveurs extraordinaires et de miracles obtenus par la prière adressée à Jeanne.
  La révision des écrits, ordonnée pour les autres causes, n'avait pas de raisons d'être ici, Jeanne d'Arc n'ayant dicté que quelques lettres rendues publiques dès leur apparition et réalisées aussitôt dans le domaine de l'histoire.
  La séance tenue par les cardinaux des Rites, où l'on décida de soumettre à la signature du Souverain Pontife la Commission d'introduction de la cause, eut lieu en janvier 1894.

Vénérable (27 janvier 1894) :

  Le Pape ratifia l'avis de la Congrégation, et, par le fait même, suivant les règles alors en vigueur, la servante de Dieu reçut le titre de Vénérable, le 27 janvier de cette même année, le jour et à l'heure-même où s'éteignait pieusement le vieil avocat Alibrandi, qui avait consacré à la noble enfant de Domremy le reste de ses forces.

  Léon XIII signa le décret et prononça cette parole mémorable : « Jeanne est nôtre. »
  La France reçut avec une grande joie la nouvelle de ce premier succès de la cause de Jeanne d'Arc, et dans toutes les villes importantes des fêtes s'organisèrent. Les évêques convoquaient les fidèles dans leurs cathédrales pour y chanter les louanges de la Pucelle et entendre des discours en son honneur.
  A Notre-Dame de Paris, notamment, le 22 avril 1894, il y eut grande solennité pour la bénédiction d'une bannière, fac simile de celle de Jeanne. Tout d'abord, les autorités civiles et militaires acceptèrent les invitations du clergé pour ces manifestations si françaises, mais, au bout de quelque temps, le gouvernement interdit cette participation officielle. Clergé et fidèles continuèrent seuls ces fêtes réconfortantes pour le patriotisme.
  Le décret du 27 janvier 1894 donnait à Rome l'initiative de la cause ; nul désormais ne pouvait plus y travailler que sur son injonction. Dès 1895, le Souverain Pontife faisait commencer le procès préparatoire, dit de non cultu, pour établir que Jeanne d'Arc n'était point et n'avait pas été l'objet d'un culte public.
  Pour notre Vénérable, la discussion fut sérieuse, parce que des auteurs s'étaient précisément appliqués à démontrer l'existence de ce culte. Le procès se termina par une sentence favorable.
  L'incident soulevé eut toutefois l'avantage pratique d'amener Léon XIII à dispenser le postulateur du « procès sur la réputation de sainteté », la question ayant été étudiée à fond dans les débats précédents.

Le procès de béatification (1897-1909) : 

  L'héroïcité allait être examinée. Jeanne d'Arc avait-elle pratiqué, jusqu'à un degré héroïque, les vertus théologales de foi, d'espérance, de charité, de religion, et les vertus morales de force, de prudence, de tempérance, de justice, d'humilité, de chasteté ?
  Cet examen s'ouvre habituellement par la reconnaissance officielle des reliques; mais, hélas le bûcher de Rouen ne nous a rien laissé du corps virginal de Jeanne, dont l'authenticité puisse être démontrée.
  Mgr Touchet, qui avait remplacé sur le siège d'Orléans le cardinal Coullié devenu primat des Gaules et archevêque de Lyon, reçut du Saint-Siège, en 1897, la mission d'établir le tribunal qui devait instruire, étudier l'héroïcité des vertus de Jeanne. Le prélat eut à honneur d'en conserver la présidence, malgré les lourds travaux qu'elle lui imposerait.
  Tant pour la question historique que pour les miracles, cinquante témoins furent convoqués, parmi lesquels plusieurs historiens de la Pucelle, le P. Ayroles, MM. Wallon, Sépet et le chanoine Debout ainsi que les savants renommés par leur compétence dans le domaine historique : MM. Godefroid Kurth (2), Georges Goyau, Baguenault de Puchesse, de la Rocheterie, le chanoine Cochard, Herluison, etc.

  Les travaux commencèrent le 1er mars 1897 et prirent fin le 22 novembre suivant. Il n'avait pas fallu, pour arriver à bout de cette tâche, moins de cent vingt-deux sessions, de huit à dix heures par jour, et les témoignages recueillis couvraient plus de trois mille pages in-folio, que l'évêque d'Orléans alla porter à Rome.

                  

  Léon XIII lui demanda pourquoi il avait tenu à présider lui-même le tribunal; Mgr Touchet exposa plusieurs raisons dont il présente la principale en ces termes :
— J'ai voulu me faire une conviction. Lorsque je fus nommé évêque d'Orléans, je n'avais pas d'idée précise sur la sainteté de Jeanne d'Arc. J'admirais, comme tout le monde, l'héroïne, mais la sainte !... je l'avais entrevue peut-être, à coup sûr, c'était tout; je ne l'avais jamais bien regardée; je voulais la voir...

  Mgr Touchet la vit dans tout son éclat. Il insista alors auprès du Pape pour hâter l'heure où les fidèles pourraient enfin invoquer Jeanne.
  Voici donc la cause revenue devant le tribunal suprême de l'Eglise. Les théologiens de cette Rome éternelle que Dieu a instituée l'arbitre du monde vont scruter à fond les éléments réunis par les Commissions apostoliques.
  Les études commencent sans tarder; et cependant, avant d'atteindre un nouveau résultat, elles occupent une période de cinq années. Lorsqu'on a sous les yeux les traités considérables qui furent rédigés durant ce laps de temps et qu'on y découvre la solution des plus graves problèmes soulevés dans l'histoire de Jeanne d'Arc, on demeure persuadé que les juges ont fourni non seulement le travail le plus consciencieux, mais le plus rapide qu'il soit possible.
  Mgr Touchet s'est constitué, dans deux lettres pastorales, l'historien de ces cinq années de procédure, et je ne puis mieux faire que de les suivre, non sans y renvoyer le lecteur soucieux de connaître tous les détails.
  En 1898, la Rote déclare que les règles de la procédure ont été respectées. L'année suivante, l'archevêque de Paris et l'évêque d'Orléans font la preuve de la véracité du témoignage de Quicherat; le cardinal Mazella, préfet des Rites, et Mgr Lugari, promoteur de la foi (3), procèdent à une reconnaissance sommaire des documents.
  C'est le 17 décembre 1901 que les vertus de la Vénérable, longuement exposées dans le plaidoyer de l'avocat Minetti, sont discutées par les consulteurs dans la séance dite « antépréparatoire », sous la présidence du cardinal Parocchi, protecteur de la cause. Celui-ci avait pris sa tâche à cœur et montrait un véritable enthousiasme pour défendre celle qu'il appelait « la mia cara Pulcella. »
  Le vote des consulteurs fut favorable à la cause, qui suivit normalement son cours.

  Plusieurs des personnages les plus mêlés à la cause de Jeanne disparaissent de la scène. Mgr Verde succède à Mgr Lugari comme promoteur de la foi et, dans des arguments serrés, conteste l'héroïcité des vertus. L'avocat Minetti, se trouvant trop vieux pour cette rude joute, cède sa tâche à un jeune avocat, M. Mariani (4), qui y consacra les mois de novembre et de décembre.
  Le cardinal Parocchi s'éteignit au commencement de 1903. Pour le remplacer, l'évêque d'Orléans fit appel à l'un des princes de l'Église les plus éminents par sa sagesse et ses dons intellectuels, ancien nonce à Paris et grand ami de la France, le cardinal Ferrata.

  La seconde séance solennelle dite « préparatoire », de la Congrégation des Rites, pour la cause de Jeanne, eut lieu le 17 mars 1903.
  Cette séance se tient habituellement au Vatican et réunit tous les cardinaux appartenant à la Congrégation des Rites. Dix-sept princes de l'Eglise et vingt et un consultateurs y prirent part. Léon XIII ayant eu la bonté de lever le secret en faveur de l'évêque d'Orléans, on eut la joie d'apprendre qu'aucun consulteur ne s'était prononcé pour le rejet de la cause, aucun cardinal pour son retard.

  La troisième audience, ou séance générale, qui se lient devant le Pape, fut fixée au 14 juillet 1903, jour choisi par Léon XIII. Mais elle n'eut pas lieu à cette date, car le Pape était sur son lit de mort; cependant il n'oubliait pas la Vénérable.
— Je sais, dit-il à un familier, qu'on prie pour Nous Jeanne d'Arc à Orléans et ailleurs. Aujourd'hui nous aurions dû présider la troisième Congrégation sur l'héroïcité de ses vertus...

  Pie X (5), qui succéda à Léon XIII, connaissait et aimait Jeanne d'Arc. Dès 1899, étant patriarche de Venise, il sollicitait Léon XIII de favoriser la cause de la noble Française. A peine monté sur le siège de saint Pierre, il promettait de lui consacrer la première journée qu'il donnerait aux Rites.
  Le 19 novembre 1903, la troisième réunion de la Congrégation des Rites fut donc présidée par Pie X; elle procura un succès de plus à cette Cause si chère aux cœurs français.

  Le Saint-Père fixa la date du 6 janvier 1904 (492ème anniversaire de la naissance de la vierge lorraine) pour la lecture du décret d'héroïcité des vertus de Jeanne (6). Au jour dit, dans la salle du Consistoire, s'étaient assemblés les cardinaux Mathieu et Ferrata, l'ambassadeur de France et ses attachés, Mgr l'évêque d'Orléans, M. Hertzog, postulateur de la Cause, et tous les Français présents à Rome. Le Pape entra bientôt, accompagné de sa cour et de quelques archevêques et évêques. Tout aussitôt le secrétaire des Rites donne connaissance du décret qui porte la signature du préfet et du secrétaire de la Sacrée Congrégation. En voici la conclusion :

  Aujourd'hui, jour de l'Epiphanie du divin Sauveur, qui est aussi le jour anniversaire de la naissance de la vénérable Jeanne d'Arc, destinée à être un jour comme une flamme brillante dans la Jérusalem de la terre et dans celle du ciel, Notre Saint-Père le Pape, après avoir célébré le Saint Sacrifice de la Messe, s'est rendu dans la salle noble de son palais, s'est assis sur le trône pontifical et... a déclaré solennellement... que la vénérable servante de Dieu Jeanne d'Arc pratiqua à un degré héroïque les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales de prudence, de justice, de force, de tempérance et leurs annexes, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit, et que l'on peut continuer le procès, c'est-à-dire entreprendre la discussion des quatre miracles.
La lecture du décret terminée, Mgr Touchet prend la parole. Par un privilège jusque-là sans exemple, le Pape avait autorisé l'évêque d'Orléans à employer la langue française au lieu du latin, d'un usage constant en pareille circonstance.


  Le prélat remercie le Pape, au nom du diocèse d'Orléans, au nom de la France, au nom de l'Église entière, d'avoir voulu inaugurer un pontificat dont les débuts promettent tant de services à l'Église par ce témoignage rendu à la sublime jeune fille.

            

  Le Saint-Père parla à son tour de notre bien-aimée Libératrice nationale, et il nous est bon de l'entendre exprimer des sentiments si conformes à ceux qui ont animé chacune des lignes de cet ouvrage :

  Qu'elle soit un sujet de joie pour nous, dit-il, la cause de la vénérable Jeanne d'Arc, vierge ! Cette humble fille, d'une naissance obscure, qui, pratiquant avec le plus grand zèle la religion vraie, fut tellement éminente dans l'exercice des vertus les plus sublimes, bien au-dessus de son âge et de sa condition, qu'elle alla jusqu'au sacrifice de sa vie et brilla comme un astre nouveau destiné à être la gloire, non seulement de la France, mais aussi de l'Église universelle. Réjouissons-nous de ce que la vie de Jeanne d'Arc est pour nous un motif d'espérance et fournit à ceux qui observent les choses humaines la confirmation de cette vérité, que le secours de la divine Providence ne nous fera jamais défaut, puisque sa bonté n'apparaît jamais autant que lorsque tout paraît sans ressource.
  Soyons dans la joie, car la nation française, cette nation qui a accompli tant d'exploits généreux et porté dans les contrées si lointaines des bienfaits admirables, cette nation qui, par les œuvres innombrables de son intrépide apostolat, a amené les peuples barbares à la lumière de la foi et à la civilisation, trouve dans le souvenir des vertus et des services de la vénérable Jeanne d'Arc l'occasion d'apprendre que son bien suprême, sa gloire principale, doit être de demeurer attachée à la religion catholique, de révérer sa sainteté et de défendre ses droits ainsi que sa liberté.
Et bien que l'état de choses actuel laisse, hélas ! beaucoup à désirer sous ce rapport, que les enfants de la France, si chers à Notre cœur, se réjouissent. Au milieu des malheurs de toutes sortes qui les affligent, ils trouveront dans Jeanne d'Arc un nouveau secours, et sa protection sera pour eux une source de bienfaits plus abondante de la clémence divine. Qu'ils en tirent surtout cet enseignement que la gloire du ciel ne s'obtient qu'au prix de grands efforts, au prix des souffrances, et même, s'il le faut, du mépris de la vie...


  Voici donc proclamée l'héroïcité des vertus de Jeanne. Le Saint-Siège va maintenant étudier les faits surnaturels et prodigieux attribués par la piété des fidèles à son intercession.

  Aux premières enquêtes apostoliques sur les miracles, annexées au procès d'Orléans, d'autres furent ajoutées.
  Les procédures supplémentaires étaient relatives à trois guérisons obtenues dans les diocèses d'Arras, d'Évreux et d'Orléans (7). Après avoir longuement débattu les trois faits soumis à leur compétence, les avocats et les médecins désignés par le postulateur se déclarèrent satisfaits du résultat de leurs observations.
  Le 21 novembre 1905, le tribunal de la Rote s'étant prononcé sur le caractère de validité des dossiers qu'on venait de lui présenter, ceux-ci furent régulièrement transmis à la Congrégation des Rites. Les trois assises successives exigées par le droit ecclésiastique : antépréparatoire, préparatoire et générale, furent tenues et clôturées chacune par un vote favorable.
  On publia donc le décret sur les miracles de la vénérable Jeanne. Nous y retrouvons les guérisons dont nous parlons plus haut.
 
  Le premier miracle par ordre de présentation eut lieu dans la maison d'Orléans des Sœurs de l'Ordre de Saint-Benoît, en 1900. La Sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui souffrait depuis trois ans d'un ulcère à l'estomac, avait vu son mal faire de tels progrès que, ayant perdu tout espoir de guérison, elle s'apprêtait à recevoir les derniers sacrements des mourants. Mais voici que, le dernier jour d'une neuvaine faite pour implorer le secours de la vénérable Jeanne d'Arc, elle se lève de son lit, assiste au Saint Sacrifice de la Messe, absorbe sans difficulté de la nourriture et reprend ses anciennes occupations, ayant été subitement et complètement guérie.
 Le second miracle arriva en 1893, dans la petite ville de Faverolles. Julie Gauthier de Saint-Norbert, de la Congrégation de la Divine Providence d'Evreux, souffrait depuis l'âge de dix ans d'un ulcère spongieux éréthistique incurable au sein gauche. Tourmentée d'indicibles douleurs et ayant perdu, au bout de quinze ans, tout espoir de guérison, soutenue par huit jeunes filles, elle s'avance péniblement jusqu'à l'église pour implorer le secours de la vénérable Jeanne d'Arc. Elle l'implore, et le jour même elle se sentit radicalement et complètement guérie, à la stupéfaction des médecins et des autres personnes présentes.
  C'est la Sœur Jean-Marie Sagnier, de la Congrégation de la Sainte-Famille, qui fut l'objet du troisième miracle dans la petite ville de Fruges, en 1891. Depuis trois ans déjà, elle souffrait de douleurs intolérables dans les deux jambes, des ulcères et des abcès s'étant produits; ils augmentaient tous les jours, et les médecins n'y pouvant rien avaient diagnostiqué une ostéo-périostite chronique tuberculeuse. Mais la bienheureuse Jeanne d'Arc, invoquée, apporta un secours inespéré, le cinquième jour des prières faites à cette intention, et ce jour-là la malade se leva soudainement et parfaitement guérie (8).


  La proclamation du décret, retardée de quelques jours par une légère indisposition du Souverain Pontife, fut fixée au IIIe dimanche de l'Avent, 13 décembre 1908. Dans la salle du Consistoire, remplie de cardinaux, de prélats, de dignitaires ecclésiastiques et de laïques éminents, Mgr Touchet adressa au Saint-Père le remerciement d'usage.
  Cependant la cause de Jeanne avançait rapidement.
  Le 21 janvier 1909 avait lieu la lecture du dernier décret dit de tuto, déclarant qu'on pouvait sans crainte procéder à la béatification.

Bienheureuse (18 avril 1909) : 

  Le cycle de la procédure ecclésiastique étant ainsi parcouru, la cérémonie de la béatification de Jeanne d'Arc fut fixée au dimanche de Quasimodo, 18 avril de la même année.
  A cette nouvelle, la France tressaillit et, par un mouvement spontané, tourna vers Rome ses regards et ses pas. Quarante mille Français étaient présents, avec les cardinaux, les archevêques et les évêques de France, les Supérieurs généraux d'Ordres religieux, les présidents de nos grandes œuvres, catholiques, les membres de la famille de Jeanne d'Arc, le duc d'Alençon, de la maison de France, des membres du Parlement, des officiers, des magistrats, en un mot, l'élite de la nation. Mais, hélas ! ses représentants officiels n'y parurent point !

                              

  La journée du 18 avril demeurera inoubliable pour ceux qui l'ont vécue à Rome ! A l'aube, un brouillard épais enveloppait la Ville Éternelle, mais un peu plus tard le soleil la faisait resplendir.
  La cérémonie du matin eut lieu à 9 h. 1/2. Elle débuta par la proclamation du Bref, daté du 11 avril, résumant la vie de Jeanne d'Arc, reprenant les conclusions des décrets antérieurs, et déclarant Bienheureuse « la vénérable servante de Dieu Jeanne d'Arc, vierge, surnommée la Pucelle d'Orléans ».
  Ce titre de Bienheureuse donnait le droit de reproduire les traits de l'héroïne auréolés de rayons, de réciter l'office spécial de Jeanne d'Arc et de célébrer chaque année, en son honneur, la Messe du Commun des Vierges, avec des oraisons propres. La Messe et l'office étaient accordés par le décret au diocèse d'Orléans.
  Après la lecture, Mgr Touchet entonna le Te Deum. Au même moment, le voile cachant l'image auréolée de Jeanne tombait, et les rayons d'or qui l'entouraient s'allumaient de mille feux. L'émotion fut intense. Les larmes jaillirent des yeux et une ardente prière pour la France monta de tous les cœurs.
  Le soir, les pèlerins remplissaient de nouveau la basilique. Pie X y vint avec la cour pontificale prier la nouvelle Bienheureuse.

      

  Le lendemain 19 avril, le Pape reçut dans ses appartements les principaux artisans de la béatification : Mgr Touchet, M. Hertzog, le P. Ayroles, Mgr Debout et quelques membres de la famille d'Arc. Puis Sa Sainteté descendit à Saint-Pierre pour l'audience des pèlerins français.
  Porté sur la Sedia gestatoria, le Pontife traversa la foule et s'arrêta au trône élevé contre la Confession de Saint-Pierre. Mgr Touchet lui adressa un admirable discours, dans lequel il affirmait la foi de la France et son invincible attachement à Rome.
  Le Saint-Père, par une délicate attention, répondit en français (9). Rendant hommage à l'énergie avec laquelle évêques, prêtres et fidèles de France supportaient la persécution et ses pénibles conséquences, il fit remarquer que ce douloureux état de choses ne diminuait en rien leur patriotisme. Il rappela que les intérêts de la France sont indissolublement unis à ceux de l'Église.

  Nous Nous réjouissons avec vous, dit-il, catholiques bien-aimés de la France, qui, faisant écho à l'oracle de l'Église, combattez sous la bannière de la vraie patriote Jeanne d'Arc, où il vous semble voir écrits ces deux mots : Religion et Patrie ! Puis le Saint-Père, ayant béni les pèlerins, reprit place sur la Sedia. Le porte-enseigne du groupe Orléanais de la Jeunesse catholique, au passage du Pape, inclina devant lui le drapeau [...]. Et Pie X, saisissant l'étendard [...], le baisa longuement.
  Des applaudissements éclatèrent, pendant qu'une indicible émotion faisait battre le cœur des milliers de pèlerins.
  Jeanne d'Arc était béatifiée. La France avait le droit de la prier : elle avait aussi le devoir de lui témoigner sa reconnaissance dans de grandes et solennelles fêtes religieuses.
  Dès le 19 avril, un triduum les inaugura à Rome même, dans notre église nationale de Saint-Louis des Français. Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, y parla de Domremy; Mgr Touchet, d'Orléans, et le cardinal Luçon, de Reims.

  Les fêtes d'Orléans furent fixées du 6 au 9 mai. Je renonce à décrire leur splendeur. Quarante-cinq évêques y assistaient. La ville de Jeanne d'Arc était dans l'enthousiasme : le passage des évêques à travers les rues soulevait d'unanimes applaudissements. On criait : « Vive Jeanne d'Arc ! Vivent les évêques ! Vive la France ! »
  La France tout entière fêta sa Libératrice.
 
                            

  Nous ne pouvons multipler des récits qui deviendraient monotones; mais voici une liste sommaire des fêtes qui furent célébrées en 1909 et 1910 :
- Au berceau et au pays de Jeanne d'Arc : hommages de la Lorraine et du Barrois : Domremy, Vaucouleurs, Verdun, etc.
- Hommages de la Touraine et de l'Anjou, du Poitou et du Blésois : Chinon, Loches, Tours, Angers, Poitiers, Blois, etc.
- Hommages de l'Orléanais et de la Champagne : Chartres, Châteaudun, Auxerre, Troyes, Châlons-sur-Marne, Reims, etc.
- Hommages de l'Ile-de-France : Paris, Beaurevoir, Soissons, Saint-Quentin, Compiègne, Noyon, etc.
- Hommages du Berry, du Bourbonnais et du Nivernais : Mehun-sur-Yèvre, Moulins, Nevers, etc.
- Hommages de la Flandre, de l'Artois, de la Picardie et de la Normandie : Lille, Arras, Calais, Saint-Omer, Fruges, Amiens, Rouen, Évreux, Séez, Bayeux, le Mont-Saint-Michel, etc.
- Hommages de la Franche-Comté, de la Bourgogne et du Lyonnais : Dijon, Autun, Belley, Lyon, etc.
- Hommages de la Savoie, du Dauphiné, du Comtat-Venaissin, du Comté de Nice et de la Provence : Annecy, Chambéry, Grenoble, Valence, Avignon, Nice, Digne, Marseille, Fréjus, Aix, etc.
- Hommages du Roussillon, du Comté de Foix et du Languedoc : Perpignan, Pamiers, Carcassonne, Montpellier, Toulouse, etc.
- Hommages du Béarn, de la Gascogne et de la Guyenne : Bayonne, Aire, Lourdes, Auch, Bordeaux, etc.
- Hommages de l'Auvergne et du Limousin, de l'Angoumois et de la Saintonge : Saint-Flour, Clermont, Tulle, Limoges, etc.
- Hommages de la Vendée, de la Bretagne et du Maine : La Roche-sur-Yon, Nantes, Vannes, Saint-Brieuc, Rennes, Laval, etc.
- Hommages de nos départements africains et des colonies françaises : Alger, Constantine, Tunis, Tananarive, la Martinique, Tahiti, etc.

  Le mouvement continua dans le pays entier. Il n'y eut pas de cité, de village ou de bourgade qui ne tînt à avoir sa fête et sa procession en l'honneur de la nouvelle Bienheureuse. Le Saint-Siège ayant permis de placer dans les églises et chapelles de France la statue de Jeanne d'Arc, il n'est pas exagéré d'estimer entre vingt-cinq et trente mille le nombre des statues qui lui furent ainsi érigées sur notre territoire.
  La béatification de notre miraculeuse Libératrice répondait donc aux meilleures aspirations de la nation française, et partout, dans notre pays, elle éveillait de sympathiques échos.

La canonisation (1910-1920) : 

  Le bruit se répandait déjà que notre Libératrice, ainsi priée de toutes parts, répondait en accordant des miracles à ceux qui la sollicitaient. Se basant sur ce fait, Mgr Touchet adressait au Saint-Père, dès le 6 janvier 1910, une lettre postulatoire demandant la reprise de la cause de Jeanne d'Arc en vue de la canonisation.
  Les cardinaux Coullié et Luçon, les archevêques de Paris, de Bourges et de Rouen, les évêques de Saint-Dié, de Nancy, d'Autun joignaient leurs demandes à la sienne.
  La réponse de la S. Congrégation des Rites fut prompte et favorable. Le 15 février 1910, en présence du cardinal Ferrata, rapporteur, elle émit l'avis que fût signé le décret prescrivant de reprendre la cause de la bienheureuse Jeanne d'Arc en vue de la canonisation : le 23 février, le pape Pie X ratifia le jugement de la Congrégation des Rites.

  L'étude des miracles signalés commença aussitôt; mais leur nombre lui-même fut une cause de retard. Il fallait établir sur chacun une relation minutieuse, précisément afin de savoir lesquels seraient présentés en cour de Rome pour obtenir la canonisation.
  Bref, on se décida, et, bien que deux miracles constatés suffisent pour l'élévation d'une bienheureuse au nombre des saints, M. Hertzog, d'accord avec Mgr l'évêque d'Orléans, décida d'en retenir trois. En voici la liste :
 
   1° Guérison parfaite et instantanée de Marie-Antoinette Mirandelle, souffrant d'une tumeur blanche du talon (10).

  2° Guérison parfaite et instantanée de Thérèse Bellin, atteinte d'une affection tuberculeuse du péritoine et du poumon droit avec lésion organique composée de l'orifice mitral.

  3° Etonnante et inexplicable préservation de Jean Dumoitier, exposé dans un incendie à un péril certain de mort (11).


  Les miracles proposés et dûment constatés doivent tout d'abord être étudiés par une première Commission composée de consulteurs des Rites. Le travail de cette Commission est éminemment sérieux. Le Promoteur de la Foi y présente ses observations sur la réalité des miracles comme sur leur valeur probante dans la cause en question, et l'avocat du postulateur doit les réfuter. Tout : procès apostoliques, rapports, objections, réponses, est imprimé et distribué aux consulteurs et officiers de la S. Congrégation. Dans l'espèce, l'examen de ces trois miracles forme un volume in-quarto de 793 pages.
  Enfin, après de longs délais, le 17 avril 1913, eut lieu chez le cardinal Ferrata, ponent de la cause, la réunion où chacun doit émettre son vote. C'est la Congrégation dite anté-préparatoire ; elle eut plein succès et la cause continua.
  Mais l'examen des miracles proposés doit recommencer avec d'autres juges; de nouveaux et longs travaux furent demandés à d'autres médecins et à d'autres canonistes. Cette Congrégation dite préparatoire eut lieu au Vatican, le 21 avril 1914.
  Devant les cardinaux membres de la Congrégation des Rites, les consulteurs émirent leurs votes et formulèrent d'autres objections qui rendirent nécessaire un nouvel examen.

  De graves événements allaient surgir. Le mois d'août 1914 vit éclater la plus grande guerre qui fut jamais sur terre (12). Le monde civilisé presque tout entier prit part à la terrible mêlée. Une merveilleuse sympathie pour la France arma pour sa cause les plus puissantes nations de l'univers, tandis qu'un patriotisme admirable soulevait tous les Français et les unissait pour l'endurance des plus durs sacrifices et l'audace des plus terribles combats.
  On comprit alors le rôle principal rempli par la mémoire et le culte de Jeanne dans cette œuvre de géants. Chez nos alliés, Anglais en tête, les hommages à Jeanne d'Arc étaient allés se multipliant merveilleusement, depuis vingt ans surtout; en étudiant Jeanne, en la vénérant, ils apprenaient à mieux connaître et à apprécier davantage la France, représentée faussement à l'étranger par la propagande ennemie comme une nation perdue par l'athéisme et l'immoralité.

  Chez nous, il s'était trouvé que la mémoire de Jeanne avait rencontré comme hostiles les mêmes politiciens qui persécutaient l'Église catholique, c'est-à-dire une infime minorité; si elle avait suffi à tenir en échec jusque-là la loi votée en 1894 par le Sénat (13), établissant, sur la proposition du sénateur Joseph Fabre, une fête de Jeanne d'Arc et du patriotisme, elle n'avait pas empêché la Libératrice nationale de s'emparer peu à peu de l'âme du peuple. On voyait se réaliser la pensée presque prophétique du cardinal Coullié quand, évêque d'Orléans, il écrivait à Léon XIII : « Je me demande si, à un moment donné, le seul souvenir de Jeanne d'Arc n'aurait pas la vertu de rallier tous les Français et ne deviendrait pas pour notre patrie un signe de salut. »
  On retrouve, en effet, le souvenir de Jeanne d'Arc dans les discours, d'où qu'ils viennent, prononcés pour exciter le patriotisme durant toutes les années précédant la guerre, comme on retrouve son nom dans toutes les prières qui s'élèvent de France pendant l'affreuse tourmente.
  Enfin, on ne l'oubliera jamais, la miraculeuse victoire de la Marne, 8 septembre 1914, se dessina le jour même où l'armée alliée avait reçu de son généralissime, comme mot d'ordre, le nom de Jeanne d'Arc.

  Les jours terribles de la guerre n'empêchèrent point pourtant le procès de canonisation de poursuivre son cours vers la solution des objections qui avaient été soulevées.
  Les examens médicaux se succédèrent et aboutirent à l'évidence des miracles. Les théologiens, de leur côté, prouvaient que Lourdes, le lieu sanctifié par Marie immaculée, où s'était produit un des miracles, n'empêchait nullement de l'attribuer à l'intercession de Jeanne d'Arc, spécialement invoquée par Thérèse Bellin et sa famille.
  A Pie X, mort de douleur dès les premiers jours de la guerre, Benoît XV avait succédé le 3 septembre 1914. La protection de ce grand Pape, à l'âme si pleine de justice et d'amour de la paix, n'avait pas manqué, dès son élévation, à la cause de Jeanne d'Arc. Le Souverain Pontife aimait notre héroïne nationale du même cœur qu'il aimait la France; il fut heureux de la réussite du procès de canonisation qui se décida nettement le 18 mars 1918, lors de la Congrégation dite « Seconde Préparatoire ».

  Un an après, le 18 mars 1919, dans une dernière réunion, fut émis le vote définitif sur les miracles présentés au jugement de la sainte Eglise. Les deux premiers seuls furent acceptés (14) par elle et firent l'objet du décret par lequel Benoît XV reconnut la validité des miracles proposés.

  La proclamation de cet acte décisif ne se fit pas attendre. Le dimanche de la Passion, 6 avril 1919, dans la salle Consistoriale du Palais du Vatican, se tinrent des assises solennelles.
  De nombreux archevêques, évêques et prélats, les représentants des grands Ordres religieux, tous les établissements français de Rome, de nobles étrangers, le pèlerinage des veuves de guerre arrivé la veille de Paris et une nombreuse assistance, parmi lesquels beaucoup de nos compatriotes, remplissaient la vaste enceinte.
  Benoît XV, accompagné des cardinaux Vico, Granito di Belmonte et Luçon, et escorté de toute sa cour, pénétra dans la salle.
  Dès que le Pape eut pris place sur son trône, Mgr Alexandre Verde, secrétaire de la Congrégation des Rites, donna lecture du décret.
  Aussitôt après, Mgr Touchet et M. Hertzog, postulateur de la cause, s'approchèrent du trône pontifical. L'évêque d'Orléans prononça alors une exquise harangue de remerciements, terminée par ces mots : « Bénissez, Saint Père, cette France de gratitude. Elle a été récemment encore si belle; belle de son entente qu'elle n'avait pas goûtée depuis longtemps; belle de son idéalisme mis au service de la justice et du droit; belle de son héroïsme qui l'immolait en d'effroyables hécatombes sur ses frontières envahies; belle d'un tel sentiment de foi qui ne s'était jamais remarqué à ce degré au sein d'une armée quelconque, celle de Jeanne exceptée; bénissez, Saint Père, cette France, et puisse-t-elle être toute baptisée dans votre bénédiction.
  « Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne.
 »

  Le Pape répondit à l'évêque d'Orléans par un éloquent discours. Parlant notamment de la joie patriotique des Français en cette circonstance, il s'exprima ainsi : « ... Nous trouvons si juste que le souvenir de Jeanne d'Arc enflamme l'amour des Français pour leur patrie, que Nous regrettons de n'être Français que par le cœur. Mais la sincérité avec laquelle Nous sommes Français de cœur est telle qu'en ce jour Nous faisons Nôtre la joie ressentie par les Français de naissance, à la considération du grand progrès que la cause de la canonisation de Jeanne d'Arc a fait aujourd'hui, grâce à l'approbation des deux miracles attribués à son intercession. Les Français de naissance se réjouissent à bon droit de voir dans la vérité de ces miracles un témoignage qui confirme le pouvoir de Jeanne d'Arc auprès de Dieu. A bon droit ils en déduisent que le culte plus étendu de Jeanne, tel que celui qui découlera de sa canonisation, obtiendra des grâces et des bienfaits plus grands à leur patrie. Or, dans ce désir, dans ce vœu, le Français de cœur s'harmonise avec les Français de naissance pour souhaiter à la France accroissement de gloire et de bonheur. Qu'il Nous soit donc permis de dire que la dernière fleur attestant l'amour des enfants de France pour leur mère chérie dégage un parfum spécial. Nous demandons seulement qu'on en fasse aussi part à celui qui, sans être né en France, veut être appelé l'ami de la France. »
  A plusieurs reprises, des applaudissements éclatèrent et saluèrent avec enthousiasme la chaude parole du Souverain Pontife. Puis, avant de donner la bénédiction papale, Benoit XV formula le vœu suivant : « Nous appelons les grâces du ciel sur tout bon Français, dans la douce espérance que Jeanne d'Arc devienne réellement le trait d'union entre la patrie et la religion, entre la France et l'Église, entre la terre et le ciel. »

  Cette séance décisive et émouvante n'épuisait point la série des formalités théologiques de rigueur pour la canonisation.

              

  Le 17 juin fut tenue, sous la présidence du Souverain Pontife, une réunion générale de la Congrégation des Rites, au cours de laquelle le cardinal Granito di Belmonte, rapporteur de la cause, proposa la question suivante : « Étant donnée l'approbation de deux miracles obtenus depuis que le culte de la bienheureuse Jeanne d'Arc a été concédé par le Siège apostolique, peut-on, en sécurité, procéder à sa canonisation solennelle ? » La réponse fut un vote affirmatif unanime des cardinaux et consulteurs : c'était la veille du 490° anniversaire de la victoire de Patay, remportée par Jeanne.
  Le Pape ayant entendu l'avis officiel de la Congrégation, voulut encore se recueillir et prier avant de promulguer le décret de tuto qui devait en être la conclusion. Ce fut seulement le 6 juillet qu'il procéda à cette grave démarche.

  Ce jour-là, IVe dimanche après la Pentecôte, Benoit XV manda au Vatican les EEmes Vico et di Belmonte, le promoteur de la foi, Mgr Ange Mariani, et Mgr Verde, secrétaire des Rites; en leur présence, il fit inscrire dans les Actes de la Congrégation des Rites le vote du 17 juin, le rendit public et ordonna que fussent expédiées les Lettres apostoliques sur la célébration aussi prochaine que possible, dans la basilique vaticane, des solennités de la canonisation.
  La décision prise soulevait des questions d'ordre secondaire, mais dignes d'attention: quelle serait la date de la canonisation ? Et aurait-elle lieu en même temps que celles du bienheureux Gabriel dell'Addolorata et de la bienheureuse Marguerite-Marie ? On sait, en effet, que c'est la tradition pontificale de réunir en une seule et même cérémonie tous les bienheureux admis aux honneurs de la canonisation.
  Ces questions avaient bien leur importance. Les voyages, par suite de la guerre, étaient devenus très coûteux et difficiles. Rome regorgeait d'habitants, et on se souvenait des foules de Français accourus dans la Ville Éternelle pour la béatification. D'autre part, Jeanne d'Arc avait une situation tellement à part dans l'histoire du monde, un rôle si spécial relativement à la France, que plusieurs, et l'auteur de ces lignes avec eux, auraient souhaité la voir canoniser seule. Mais la chose était difficile et de nature à entraîner des complications.
  Au-dessus de tous, il y avait le Souverain Pontife; à lui seul, heureusement, appartenait le dernier mot. Benoît XV, avant tout, nomma une Commission cardinalice pour étudier les possibilités matérielles et déterminer les dates des canonisations et aussi celles des béatifications qui devaient les précéder et les suivre.
  S'il faut en croire les « on-dit », les cardinaux consultés ne cachèrent point au Souverain Pontife leurs craintes sur les difficultés de l'entreprise. Cependant, le Pape, qui a une âme de chef, sut prendre des décisions, et, au commencement de 1920, on murmura des dates qui venaient, en France, apporter des espoirs, mais non encore des certitudes.
  Mgr Touchet, évêque d'Orléans, se rendit à Rome et fut entendu sur la question. La promulgation de la volonté pontificale ne tarderait plus.
Enfin, se répandit une nouvelle qui, pour les personnes au courant de la marche des causes des saints, indiquait que l'heure désirée allait sonner.

  Un Consistoire secret était convoqué au Vatican pour le lundi 8 mars 1920. On sait, en effet, que les canonisations doivent être précédées de trois Consistoires, au cours desquels le Souverain Pontife prend l'avis formel des cardinaux comme des évêques présents à Rome, sur les bienheureux dont la canonisation approche. Le 8 mars allait sans doute avoir lieu la première réunion consistoriale précédant les cérémonies attendues.
  En effet, dès que le Pape eut proclamé la nomination d'un nouveau camerlingue de la sainte Église romaine, il entretint les cardinaux des grandes choses qui se préparaient à Rome pour cette année même; puis on entendit le cardinal préfet des Rites parler du bienheureux Gabriel dell' Addolorata et des bienheureuses Marguerite-Marie et Jeanne d'Arc. Enfin, séance tenante, le Souverain Pontife proclama sa volonté : Gabriel et Marguerite-Marie seront canonisés le 13 mai, jour de l'Ascension, et Jeanne d'Arc le dimanche suivant 16 mai. La vierge de France sera donc à elle seule l'objet d'une cérémonie grandiose, et c'est le Saint-Père qui, sans compter avec ses propres fatigues, celles de toute la cour pontificale, sans se soucier du supplément de dépenses entraîné par sa haute décision, a voulu pour Jeanne d'Arc cet honneur supplémentaire et pour la France cette joie incomparable; il importe de ne jamais l'oublier.

  L'annonce officielle de ce grand jour remua la France entière, et dès cet instant on prépara des projets de pélerinages, tandis que les archevêques et évêques annonçaient leur intention de se rendre à Rome pour la circonstance, invitant leurs prêtres et leurs diocésains à les accompagner dans la mesure du possible.
  Le Consistoire secret fut suivi d'un Consistoire public convoqué pour le jeudi 22 avril, La noble assemblée s'ouvrit par une plaidoirie des avocats consistoriaux en faveur des causes de canonisation pendantes. Ensuite le Saint-Père fit lire par Mgr Galli, secrétaire des Lettres aux princes, sa réponse, dont voici un résumé :
  Sa Sainteté se réjouit vivement des sentiments exposés dans les plaidoiries et totalement en harmonie avec les siens. C'est vraiment par un dessein de Dieu que le Pape procède à ces canonisations, surtout à cette époque de négligence et d'oubli de la vie éternelle. Le Saint-Père met en relief les exemples que donneront les nouveaux saints ; Jeanne en particulier, appelée par Dieu pour sauver sa patrie, sera un modèle par la parfaite innocence de vie unie à une force incomparable, manifestée autant dans l'accomplissement de ses exploits que dans le support de ses malheurs. Toutefois, la solennelle grandeur de l'acte à accomplir décide Sa Sainteté à n'y procéder qu'après avoir, suivant l'usage, recueilli les suffrages des cardinaux, archevêques et évêques qui viendront à Rome pour cette cérémonie. A cet effet, ils sont déjà convoqués à un Consistoire semi-public fixé au vendredi 7 mai.
                

  On approchait maintenant du terme. Les Français commençaient à se mettre en route quand des grèves éclatèrent en Italie, dans le nord du pays surtout. Turin fut plus particulièrement atteint, et durant un temps assez long les communications directes entre Paris et Rome furent interrompues. Mais les pèlerins de France ne se découragèrent pas; les plus pressés se mirent en route par la Suisse et Milan. Au commencement de mai, les choses reprirent leur cours à peu près normal.
  Les évêques de France arrivèrent les premiers. De nombreux représentants de l'épiscopat d'Italie et du Canada, ainsi que plusieurs autres de diverses nations, les rejoignirent pour le Consistoire semi-public. Tous ces prélats trouvèrent dans les appartements qui leur étaient préparés deux communications qui les attendaient, l'une officielle, l'Intimatio, les convoquant aux cérémonies des 13 et 16 mai, leur indiquant l'heure, le lieu du rendez-vous qui leur était assigné et la tenue dans laquelle ils devaient se présenter; cette invitation était signée par Mgr Charles Respighi, protonotaire apostolique et maître des cérémonies pontificales. La seconde communication était l'œuvre de la postulation de la cause de Jeanne d'Arc; elle résumait, en vingt pages d'un latin impeccable, non seulement la vie terrestre de Jeanne d'Arc, mais aussi tout ce que la sainte Église avait fait pour elle, depuis le procès de réhabilitation jusqu'à l'heure présente. Elle avait pour but de donner aux évêques non français qui assisteraient au Consistoire public un supplément d'information de nature à leur faire mieux connaître notre héroïne nationale.

Sainte (16 mai 1920) : 

  Le 7 mai, à 9 heures du matin, tous les archevêques et évêques présents à Rome, c'est-à-dire environ trois cents, prirent le chemin du Vatican, ainsi que les abbés mitrés et les supérieurs d'Ordres religieux. A leur arrivée dans la cour Saint-Damase, ils se dirigeaient vers les salles du premier étage qui leur étaient désignées. Là, des prélats procédaient à l'appel nominal et remettaient à chacun le programme officiel des deux cérémonies des 13 et 16 mai, ainsi qu'un bulletin de vote. Dans les loges magnifiques où ils attendent, les prélats trouvent de longues tables et tout ce qui est nécessaire pour écrire d'avance et signer leur vote.
  L'heure fixée approche; les archevêques et évêques gagnent la salle du Consistoire. Déjà, à 9 h 1/2, le Saint-Père s'y est rendu pour tenir avec les cardinaux un Consistoire secret, puis il s'est retiré dans ses appartements. A 10 heures précises, Benoît XV, escorté par la cour pontificale au complet, fait son entrée. Il prend place au trône et prononce aussitôt le mot : Recedant ! Tous les laïques du cortège, princes, camériers de cape et d'épée, gardes-nobles quittent alors la salle. Benoît XV est en chape et en mitre; il n'a plus autour de lui que les évêques et les prélats de sa maison. Devant lui, les cardinaux sont assis, formant un grand rectangle ouvert du côté du trône. Derrière eux sont placés les patriarches, archevêques et évêques, et, vers le fond de la salle, les supérieurs d'Ordres religieux.
  Après avoir invoqué les lumières du Saint-Esprit, le Souverain Pontife, dans une très brève allocution, rappelle ce qui a été fait dans les deux Consistoires précédents, affirme de nouveau son intention de canoniser les trois Bienheureux; mais, comme la chose est de grande importance et qu'elle est intimement liée à la sainteté de la foi catholique, il demande les suffrages de la noble assemblée.
  Alors chacun des cardinaux se lève par ordre de préséance, et lit l'avis motivé qu'il a préparé pour la circonstance; la lecture terminée, le cardinal s'incline sous la bénédiction pontificale. L'émission des votes des membres du Sacré Collège, faite sous cette forme, dure une heure entière.
  Pour les archevêques, évêques et supérieurs d'Ordres, deux d'entre eux seulement doivent lire un avis motivé. Après cela, chacun des prélats présents se lève à son tour et, à haute voix, émet son vote suivant une brève formule.
  Les trois canonisations furent votées à l'unanimité. Quand tous les suffrages furent exprimés, le Saint-Père, constatant cette unanimité des votants, les convia de nouveau à assister aux canonisations et leur demanda de continuer à prier pour les trois solennelles cérémonies.

           

  Cependant, les Français continuaient d'arriver à Rome en grand nombre. A côté des pèlerins venus par groupes, il y a ceux qui ont voyagé isolément. Le nombre de nos compatriotes augmente d'heure en heure durant cette dernière semaine. On peut l'estimer entre quinze et vingt mille. Ils ont à leur tête six cardinaux et soixante-neuf évêques de France, seize évêques missionnaires français et plus de six cents prêtres venus de tous les points du territoire.
  La France officielle elle-même participera à la canonisation. Depuis le 6 janvier 1904, notre gouvernement n'avait plus paru au procès canonique de la Pucelle d'Orléans. Or, M. Doulcet, ministre de France, est en mission auprès du Pape depuis quelques mois; non seulement il s'associera aux démonstrations nationales, mais il annonce qu'un ambassadeur extraordinaire vient d'être désigné à Paris pour assister officiellement à la cérémonie du 16 mai. Même le choix du gouvernement français ne pouvait être plus heureux; c'est en effet un des bons historiens de Jeanne d'Arc qui est désigné pour cette mission : M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie française, ancien ministre des Affaires étrangères.
  M. Hanotaux descendit au palais voisin de l'église de Saint-Louis des Français, propriété nationale. La vieille demeure revit un instant les splendeurs d'autrefois. Un des premiers actes du nouvel ambassadeur fut de recevoir une délégation de la famille de Jeanne d'Arc, comprenant une soixantaine de personnes descendant, soit des frères, soit des oncles de la Libératrice; M. Hanotaux leur adressa les paroles dignes de sa science historique comme de la haute mission qu'il venait remplir.

  Rien ne devait manquer à l'ampleur de la canonisation.
  La Pucelle avait rendu le trône à l'héritier légitime chassé par l'invasion; or, voici qu'un descendant de Charles VII, digne en tous points du noble sang qui coule dans ses veines, viendra prendre place le 16 à la tribune des souverains; j'ai nommé S. A. R. Monseigneur le duc de Vendôme. La duchesse, sa femme, née princesse Henriette de Belgique, sœur d'Albert Ier, le noble roi des Belges, et sa fille, la princesse Geneviève d'Orléans, l'accompagnent.
  Le Canada français n'oublie pas ses origines et en garde le souvenir toujours cher. Le chef incontesté de son épiscopat, le père aimé et vénéré de cette grande famille catholique et française, le cardinal Bégin, archevêque de Québec, avec deux archevêques, trois évêques, une vingtaine de prêtres, a traversé l'océan pour se joindre à la France et prier Jeanne d'Arc avec elle.

                             

  La Belgique se souvient de la fraternité du sang cimentée sur les champs de bataille, et son illustre primat, le cardinal Mercier, prendra place à la cérémonie du 16 mai.
  L'univers catholique tout entier témoigne son intérêt par la présence à Rome d'une partie de son épiscopat et d'un bon nombre de pèlerins venus de toutes les parties du monde. Tout est prêt pour la gloire de Jeanne d'Arc; le cadre est en harmonie avec le grand événement qui va s'accomplir : la voix du Pontife romain va pouvoir enfin, avec des accents infaillibles, répondre au cri de détresse que Jeanne, à trois reprises, a poussé vers lui, le 23 mai 1431 : « J'en appelle au Pape ».

  L'aube du 16 mai s'est dessinée sur Rome. La journée s'annonce radieuse et de toutes les rues on se dirige sur le Vatican. Sur cette place incomparable encadrée par la colonnade de Bernin, la foule s'entasse.
  Les portes de Saint-Pierre s'ouvrent, et bien longtemps avant le commencement de la cérémonie le plus vaste temple du monde est rempli.
Enfin, l'heure a sonné. Dans la basilique où soixante mille personnes attendent, le cortège s'avance au chant de l'Ave maris Stella. Clergé régulier et clergé séculier, vieilles institutions avec leurs longs siècles d'histoire, prélats, évêques, archevêques, patriarches, cardinaux, c'est l'Église militante qui vient au-devant de la nouvelle Sainte.
  Voici d'ailleurs sa bannière escortée par dix prêtres, œuvre d'art magnifique et de grande dimension, confectionnée pour la circonstance. D'un côté sainte Jeanne s'élève vers le ciel; les anges qui ne l'ont pas quittée au cours de sa vie terrestre lui font cortège à son entrée triomphante parmi les saints du ciel; de l'autre côté, la guerrière apparaît tout armée, tenant de la main droite son étendard sacré vers lequel se porte son regard inspiré.
  Au moment où la bannière arrive à la Confession de Saint-Pierre on distingue à droite et à gauche sur les énormes piliers du dôme les peintures représentant les deux miracles de Lourdes et d'Orléans. Avec la grande toile du portique d'entrée, ce sont les seuls décors spéciaux à la cérémonie de ce jour. Le reste de la basilique, a reçu sa parure des grandes solennités, tentures de damas rouge à franges d'or, avec les tribunes disposées pour les personnages ayant le privilège d'une place spéciale en ces grandes circonstances. Cependant, le Pape à son tour pénètre dans Saint-Pierre. A ce chef de l'Église de la terre, Jésus a confié aussi les clés du ciel. Cet homme est au dessus de tous les hommes, ses fidèles ne veulent point le laisser poser ses pieds sur la dalle de la basilique, ils l'ont élevé sur leurs épaules :   Le Sauveur est en lui...
  Et tandis qu'au son des trompettes au rythme majestueux, la Sedia suit le mouvement cadencé des porteurs, le Pape apparaît au-dessus de la foule, bénissant les têtes inclinées sous sa puissante main. Cette multitude me fait songer aux flots de la mer sous la houle, et, vue de loin, la Sedia semble une barque qui vogue. Benoît XV avançant lentement du fond de la basilique représente bien Pierre dirigeant sur la mer de Génésareth son frêle esquif. Mais dans cette barque Jésus est monté. Nul naufrage ne l'engloutira. Les puissances de l'enfer liguées contre elle ne prévaudront point.
  Cependant quarante-quatre cardinaux et deux cent cinquante-sept évêques en mitres et en ornements variés se sont placés à droite et à gauche de l'abside.

                             

  Le Pape a gravi les degrés de son trône. La cérémonie commence.
  Les représentants de la cause de Jeanne d'Arc, à trois reprises, sollicitent le Souverain Pontife de leur accorder sa canonisation. Derrière cette triple sollicitation, j'entrevois les tribunaux apostoliques qui ont siégé, les Congrégations qui ont débattu, les Consistoires qui ont conclu. Dans cette demande renouvelée il y a toutes les études de la science et la force du miracle contraignant les lois de la nature à faire resplendir les lumières du ciel. A chaque instance le Pape fait répondre en son nom par Mgr Galli, secrétaire des Lettres aux princes. De sa première réponse j'extrais ces lignes : « ... Ce rite solennel comble les vœux du Saint-Père; sa reconnaissance monte vers Dieu, dont la bonté lui accorde non seulement d'en voir le jour heureux, mais aussi d'y remplir le rôle principal... Ce qui réjouit surtout le cœur du Souverain Pontife, c'est la présence, aux premiers rangs de cette immense assemblée, de la France avec son ambassadeur et ses évêques. Le Saint-Père est convaincu que l'enthousiasme avec lequel ce peuple généreux honore Jeanne d'Arc sa Libératrice sera pour lui dans l'avenir un gage de salut. Mais dans une chose de telle importance Sa Sainteté veut que tous ceux qui sont ici s'unissent pour invoquer Dieu par l'intercession de Marie immaculée, de Joseph, son bienheureux époux, des princes des apôtres Pierre et Paul et de tous les saints. »
  Les chantres pontificaux font retentir alors les invocations répétées des litanies des saints. La masse des fidèles y répond unanimement. Cette prière qui monte, insistante, vers le ciel, impressionne, édifie, soulève l'âme.
  Aussitôt terminés ces derniers et pressants appels, la seconde instance se produit. Le Saint-Père se met à genoux, récite le Miserere, fait demander à l'assemblée entière d'invoquer les lumières de l'Esprit-Saint, auteur de la Sagesse, puis il entonne le Veni Creator.

       

  Après l'hymne, l'instance se renouvelle plus pressante que jamais. Alors Mgr Galli, une troisième fois prend la parole et dit : « Voici donc venir l'heure que les bons attendent depuis si longtemps. L'autorité de Pierre va sanctionner la vertu universellement suréminente de Jeanne d'Arc. Que l'univers catholique dresse l'oreille et qu'il vénère dans l'héroïne, libératrice admirable de sa patrie, une splendide lumière de l'Église triomphante ! »
  A ces mots, l'assemblée tout entière se lève, et le Pape, mitre en tête, agissant en tant que docteur et chef de l'Église universelle, prononce cette solennelle Sentence :

  « En l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique et pour l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre; après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l'avis de nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Église Romaine, les patriarches, archevêques et évêques présents dans la Ville, Nous décrétons et définissons sainte et Nous inscrivons au catalogue des saints la bienheureuse Jeanne d'Arc, statuant que sa mémoire devra être célébrée tous les ans le 30 mai dans l'Église universelle. »

  Quand le Saint-Père eut achevé, ce fut un instant d'émotion intense qui domina l'assemblée. On sentait toute la grandeur de l'acte surnaturel accompli, et les yeux ne quittaient le trône pontifical que pour s'élever vers le ciel comme s'ils cherchaient à découvrir quelque chose du triomphe éternel de Jeanne. En effet, la sentence infaillible de l'Église de Jésus-Christ vient maintenant de définir ce qu'est en réalité notre héroïque Libératrice : une sainte pour l'éternité.
  Cependant Benoit XV a entonné le Te Deum, tandis que le bourdon de Saint-Pierre s'agite et donne le branle à toutes les cloches de Rome. L'hymne d'actions de grâces achevé, le premier des cardinaux diacres entonne le verset : « Sainte Jeanne d'Arc, priez pour nous afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ, Alléluia ! » Le Souverain Pontife chante l'oraison de la nouvelle Sainte, et donne à l'assemblée la bénédiction papale.

  La Messe solennelle pontificale commence alors avec toute la merveille de ses cérémonies et le concours de chants magnifiques exécutés avec une admirable perfection.
  Benoît XV gravit l'autel de la Confession; tous les fidèles présents dans Saint-Pierre peuvent l'y apercevoir, s'unir à sa prière. Le Saint-Père revient quelque temps au trône prononcer l'homélie, car il veut indiquer immédiatement le sens divin de ce qu'il vient de faire. Dans un latin d'une élégance admirable, Benoit XV rappelle d'abord cette parole de saint Paul :

  « Dieu choisit les faibles de ce monde pour confondre les puissants ». Une faible femme a fait retentir l'univers de ses faits merveilleux et aujourd'hui nous célébrons sa gloire éternelle. Choisie providentiellement, Jeanne, par les miracles que le ciel lui a donné d'accomplir, est une attestation de l'existence de Dieu. En effet, si les voix secrètes qu'elle a entendues ont transformé une pauvre petite jeune fille ignorante en une héroïne accomplissant les plus durs sacrifices, connaissant la science militaire, remportant des victoires impossibles aux hommes, pénétrant les secrets des cœurs et prophétisant l'avenir, cela prouve que le doigt de Dieu était là. Tous ceux qui ont tenté d'expliquer Jeanne sans Dieu se sont perdus dans un labyrinthe aux dédales inextricables.
  Avec raison la France se glorifie de Jeanne, mais la sainte Église aussi triomphe en elle. Dieu fit naître cette enfant pour sauver sa patrie, mais en même temps l'héroïne fit tout pour établir le règne de Jésus-Christ. Avant de rien entreprendre, elle invoquait ardemment l'aide du ciel; victorieuse, elle attribuait le succès non à elle-même, mais au Maître de toutes choses. Sa seule présence refrénait la licence des camps et donnait l'exemple du respect de Dieu. Sa mort manifeste davantage encore cette vérité. Pour prouver son mandat céleste, elle accepte le plus dur supplice, et, au milieu des flammes crépitant déjà autour de son corps virginal, elle embrasse avec amour l'image du divin Crucifié, recommandant son âme à Celui pour lequel seul elle avait toujours vécu.
  Après cinq siècles les vertus de Jeanne sont consacrées magnifiquement près du tombeau de saint Pierre; elle reçoit les honneurs qui manifestent la gloire éternelle dont elle jouit au ciel depuis longtemps. Cela n'arrive pas sans un secret dessein du ciel à une époque où les gouvernements ne veulent plus reconnaître le règne du Christ. Et pourtant « il faut qu'il règne, Celui que son Père a établi héritier de toutes choses
.
  Que les rois donc et les juges de la terre comprennent que Celui qui a sauvé par la main d'une femme une puissante nation d'un péril extrême, est le même qui dirige souverainement le cours des affaires de ce monde, et que ce n'est pas toujours en vain qu'on refuse de se soumettre à sa volonté souveraine. Et que les Catholiques, s'inspirant des exemples de Jeanne d'Arc, se confient dans son patronage, soumettent en toutes choses leur esprit et leur cœur à Jésus-Christ; servir le Sauveur, c'est régner maintenant et dans l'éternité. »

  Quand il eut fini de parler, le Souverain Pontife reçut l'offrande mystique des canonisations, cinq cierges, le pain, le vin et l'eau pour le Saint Sacrifice, avec les colombes, les tourterelles et les petits oiseaux.
  Le Pape est de nouveau à l'autel, sur lequel on a déposé sa mitre précieuse et sa tiare aux trois couronnes pour attester que le Seigneur tout-puissant c'est le Jésus dont il est le Vicaire; puis voici l'Élévation. Le Souverain Pontife n'élève pas seulement l'hostie et le calice comme les autres prêtres, mais il montre à l'assemblée tout entière, en se tournant vers elle, le corps et le sang du Christ, tel un trophée de victoire, la victoire de l'amour divin, tandis que du haut de la coupole résonnent triomphantes les trompettes d'argent.
  Un peu plus tard, pour la sainte Communion, le Pape va s'agenouiller à son trône tandis que le cardinal diacre lui porte le Très Saint Sacrement entouré des honneurs divins; tous les prélats sont prosternés, et la garde-noble, genou en terre, salue de l'épée.
  La cérémonie s'achève sans que les assistants aient songé à leur fatigue. Une heure de l'après-midi a sonné quand on quitte la basilique.

  Les Français se répandent dans Rome, racontant leurs joies et disant leurs espérances. Vers 6 heures du soir, ils remplissent l'église du Gesù, où Mgr Touchet leur fait entendre sa voix éloquente et où le cardinal Amette chante le salut d'actions de grâces; cet office religieux termine ce jour sacré pour la France.

  Le lendemain, Benoît XV veut recevoir ses enfants et leur parler. Nulle salle de Rome n'étant assez vaste pour les réunir, c'est à Saint-Pierre que le Pape les a convoqués de nouveau. Quelle majestueuse assemblée ! Ce sont tous ceux qui, hier, étaient là pour la canonisation; ils prennent place autour de l'autel pontifical devant lequel on a dressé un trône. Benoît XV est arrivé. La foule qui, en l'attendant, priait à haute voix, ou chantait le Credo et l'hymne désormais national A l'Etendard, s'est tue et écoute avec recueillement.
  L'évêque d'Orléans, dont le labeur persévérant a obtenu l'heureuse terminaison du procès de canonisation, dit éloquemment au Pape le merci national, mais c'est bien aussi un merci de l'univers entier; il s'étend à tous les bienfaits répandus sur la France et sur le monde par Benoît XV durant la guerre et depuis la paix.
  Enfin s'élève la voix du grand et immortel Pontife. Le Pape s'avance au bord du trône et prononce, en français, un éloquent discours plein des leçons les plus graves. Après un remerciement à Mgr l'évêque d'Orléans, un hommage et un regret à Pie X, trop tôt rappelé au ciel pour présider ces glorieuses fêtes, Benoît XV continue :

  « Nous ne pouvons pas dissimuler la profonde satisfaction de Notre âme à la pensée qu'il était réservé à Nous de couronner Jeanne d'Arc de l'auréole des saints. L'exercice de ce haut ministère Nous a ainsi permis d'accomplir un acte que Nous savons aller droit au cœur de nos chers fils de France.
« Ils étaient depuis de longs siècles si dévots à Jeanne d'Arc qu'ils voulaient que son nom fût respecté et aimé chez tous les peuples. Ils étaient si reconnaissants pour les bienfaits que leur patrie avait reçus de Jeanne qu'ils voulaient que ses gestes glorieux ne fussent pas ignorés du dernier enfant du plus humble village.
« Mais quelle voix plus puissante que celle d'un décret de canonisation aurait pu porter au-delà des mers le nom de l'héroïne française ?
 »

  Désormais, aux questions posées sur notre héroïne nationale, la réponse sera : « Elle est sainte ! — Jeanne d'Arc est sainte; c'est pourquoi on ne doit imaginer aucun défaut en la vierge de Domremy. C'est pourquoi toute grandeur, toute beauté de vertu doivent se supposer en elle. Oh ! sublime éloquence d'un décret de canonisation, qui confirme non seulement les travaux des historiens, mais les fait rayonner bien plus loin que ne sauraient aspirer les publications des savants et qui donne surtout à ces dernières cette certitude de la vérité et cette universalité de doctrine auxquelles ne pourraient prétendre par eux-mêmes les ouvrages les mieux pensés, les conceptions les plus approfondies des sages de la terre ! »

      

  Voici, enseigne le Pape, la grande vérité qui se dégage de la canonisation :
  « La figure de Jeanne d'Arc est telle qu'on ne peut la bien connaître qu'à la lumière du surnaturel. »
  Benoît XV va tirer ensuite une conclusion pratique :
  « Le décret de canonisation de la Pucelle d'Orléans renferme aussi une leçon que l'Église offre à ses enfants pour leur progrès spirituel. Oh ! combien de fois, Nos chers fils, vous avez entendu dire que le chrétien doit suivre la voix de Dieu !... Or, parmi ces âmes, apparaît radieuse la figure de Jeanne d'Arc qui, en toute chose et partout, s'est laissé conduire par la voix de Dieu. »
  Le Souverain Pontife souhaite donc à tous les Catholiques, et aux Français en particulier, d'imiter pleinement la nouvelle Sainte, et termine son discours par cette solennelle prière :
  « O Seigneur tout-puissant qui, pour sauver la France, avez jadis parlé à Jeanne et, de votre voix même, lui avez indiqué le chemin à suivre pour faire cesser les maux dont sa patrie était accablée, parlez aussi aujourd'hui, non seulement aux Français qui sont ici réunis, mais encore à ceux qui ne sont ici présents qu'en esprit, disons mieux, à tous ceux qui ont à cœur le bien de la France. Parlez, Seigneur, et que votre parole soit la bénédiction qui soutienne les évêques, qui facilite aux autorités, dont Nous saluons ici les très dignes représentants, la tâche d'assurer la vraie grandeur de la patrie, qui persuade tout Français de la nécessité de suivre la voix de Dieu, afin qu'après avoir imité Jeanne d'Arc ici-bas, il soit donné à tous de participer un jour à la gloire de l'héroïne devant laquelle Nous avons enfin le bonheur de Nous incliner, en lui disant : Sainte Jeanne d'Arc, priez pour nous ! sainte Jeanne d'Arc, priez pour votre patrie ! »
  Ce n'était pas assez pour le cœur du Pontife bien-aimé. Le même jour, il reçoit au Vatican le général de Castelnau, avec les sénateurs et députés venus de France, la famille de Jeanne d'Arc si pleine de gratitude envers Benoît XV, et les six cents prêtres du pèlerinage qui ne repartiront pas sans emporter une parole et un sourire du Pape.
  Le triduum en l'honneur de la nouvelle Sainte commence le 18 mai. Durant trois jours, un cardinal chantera solennellement la sainte Messe dans notre église Saint-Louis des Français, tandis que le soir d'autres princes de l'Eglise officieront au Gesù et que des orateurs y prononceront l'éloge de la Sainte.
Maintenant, une ère nouvelle commence pour la Pucelle d'Orléans; son triomphe est incontesté.

Patronne de la France (2 mars 1922) : 

  Cependant, Benoît XV voulait faire plus encore pour la gloire de notre Libératrice quand, subitement, la mort le terrassa.

                             

  Le 6 février 1922, les cardinaux, réunis en Conclave, élurent le 265e successeur de saint Pierre; or, le premier souci de Pie XI fut de faire aboutir le projet de son prédécesseur : dès le 2 mars 1922, il publia un Bref, adressé à la France, « justement appelée la Fille aînée de l'Église ».
  Les lignes pontificales rappellent les faits historiques qui unissent notre nation, d'abord à la Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ensuite à cette autre vierge qui écrivit sur sa bannière les noms de Jésus et de Marie. Puis, solennellement, S. S. Pie XI proclame l'Immaculée, sous le vocable de son Assomption, première patronne de notre pays, et sainte Jeanne d'Arc, l'illustre Pucelle d'Orléans, seconde patronne de la France.
  Que pourrait-on désirer de plus ? Quel titre exprimerait mieux les liens indissolubles qui nous rattachent à notre Libératrice nationale ? Elle règne dans les cieux. De la demeure céleste, elle intercède pour la France et défend les intérêts sacrés de sa patrie. Ayons confiance : un jour on écrira l'histoire de ses bienfaits.
  Pour cela il faut que son culte se répande bien au delà des limites actuelles. Il faut qu'il ait des dévots convaincus et d'infatigables apôtres. Tout Français digne de ce nom doit connaître et aimer Jeanne. Dans le pays entier ses autels et ses temples se multiplieront; une prière vraiment nationale montera vers elle; elle a tant de faveurs spirituelles et temporelles à nous obtenir encore !
  Que partout donc, dans notre patrie bien-aimée, retentisse avec force et persévérance l'invocation qui l'appelle à notre secours :

               Sainte Jeanne d'Arc, Patronne de la France, sauvez-nous !

           

                                                

Source texte et images : Jeanne d'Arc, grande histoire illustrée - Mgr Henri Debout - 4° ed. 1922 - vol.II, p. 680 à 734 - texte intégral.

Notes :
1 Hilaire Alibrandi, célèbre avocat romain, avait renoncé depuis plusieurs années à plaider devant la Congrégation des Rites, quand, cédant aux supplications qui lui furent adressées, il consentit à se charger de la cause de Jeanne d'Arc; l'avocat J.-B. Minetti lui fut adjoint.

2 Godefroid Kurth, l'illustre historien belge, déposant devant le tribunal ecclésiastique d'Orléans, répondit à Mgr Touchet qui lui demandait ce qu'il pensait de l'idée de faire canoniser Jeanne d'Arc: « Je ne connais pas l'histoire; personne ne la connaît. Cependant il y a quarante années que je l'étudie; eh bien, je puis vous affirmer que depuis le Christ et la Vierge Marie, je n'ai rencontré, sur ce théâtre où j'ai tant fréquenté, aucun personnage qui soit plus digne de l'honneur des autels que votre Jeanne d'Arc. «

3 On voudra bien remarquer que les travaux de la Commission d'Orléans étaient destinés à l'avocat de la cause à Rome. De son côté, celui-ci avait seul mission pour présenter directement des conclusions aux consulteurs des Rites. La légende qu'on a répandue en France au sujet de mémoires d'auteurs français adressés d'office aux membres de la Congrégation des Rites doit donc être démentie.

4 Il en fut récompensé, ainsi qu'il le disait lui-même à Mgr Touchet, par une vocation de plus en plus pressante vers le sacerdoce. En effet, il revêtit la soutane au mois de janvier 1903.

Ndlr : St Pie X fut canonisé en 1954.

6 Trois martyrs hongrois ont reçu les honneurs de l'Eglise en cette même séance du 6 janvier 1904. Ce sont les bienheureux Marc Crisin, Etienne Pongraez et Melchior Grodees.

7 Les miracles requis en pareil cas sont la guérison de maux organiques obtenue sans l'usage, même éloigné, de remèdes, guérison instantanée et durable, ne pouvant être attribuée qu'à l'intercession exclusive du personnage invoqué. Deux suffisent si les témoins oculaires peuvent déposer à la fois dans les procès ordinaires et apostoliques: il en faut trois si les témoins n'ont pu déposer qu'au procès ordinaire; quatre si, dans les deux procès, les témoins déposent seulement ex auditu.

8 On a placé à Fruges, rue Saint-Omer, au-dessus de la porte d'entrée du pensionnat de la Sainte-Famille, une plaque commémorative où on lit : « Dans cette maison, dite aujourd'hui pensionnat Jeanne d'Arc, le 6 du mois de novembre de l'année 1891, au cours d'une neuvaine de prières, a été opéré le premier miracle de Jeanne d'Arc, en faveur de Sœur Jean-Marie Sagnier, religieuse de la Sainte-Famille. Ce miracle, qui a été l'objet d'une enquête canonique présidée par Mgr Williez, évêque d'Arras, a été reconnu comme authentique et admis comme un des trois miracles exigés pour la béatification qui eut lieu à Rome le 18 avril 1909.».

9 A l'occasion de la béatification, Pie X prodigua à la France les marques de sa toute paternelle bienveillance. Le Pape voulut notamment dédier aux pèlerins français deux numéros entiers de son journal l'Osservatore Romano, écrits dans notre langue et copieusement illustrés: il en confia la rédac tion à l'auteur même de cette histoire de Jeanne d'Arc (ndlr : Mgr H. Debout).

10 Les pièces officielles désignent ce mal sous le nom d'« ostéo-périostite granuleuse-fongueuse, de nature tuberculeuse » du talon droit, accompagnée d'un abcès par la congestion. Cette guérison a eu lieu à Lourdes.

11 Ce troisième « miracle » eut pour théâtre le hameau de l'Hôtel-ès-Bas,' commune de Tribehou (Manche), le 10 mai 1009. Les Annales du Mont-Saint-Michel en publièrent un récit dû à la plume de M. Lepetit, vicaire général de Coutances. Ces lignes émouvantes furent maintes fois reproduites dans les publications religieuses de France et des colonies.

12 Ndlr : écrit en 1922, l'auteur n'a pas connu la suivante 1939-45 !

13 Cette loi a enfin été votée, aux applaudissements unanimes de la Chambre des députés, trente-neuf jours après la canonisation, le 24 juin 1920, et publiée au Journal Officiel le 14 juillet de la même année.   En voici le texte :
« Art. 1er. — La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme,
« Art. 2. — Cette fête a lieu le deuxième dimanche de mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans.
« Art. 3. — Il sera élevé en l'honneur de Jeanne d'Arc, sur la place de Rouen où elle fut brûlée vive, un monument avec cette inscription: A Jeanne d'Arc le peuple français reconnaissant.

14 Voici en quels termes Mgr Touchet s'exprime à ce sujet dans sa lettre pastorale sur la Canonisation de la bienheureuse Jeanne d'Arc :
« Par déférence aux conseils de Mgr le Promoteur de la foi, nous avions retiré l'un des trois miracles proposés par nous, sous la réserve cependant de le présenter de nouveau, s'il en était besoin : c'était la préservation merveilleuse d'un ancien matelot de Tribehou, dans la Manche, au milieu d'un vaste incendie qui détruisit le village à peu près entier. Le vieil et rude homme était bien convaincu, et ses compatriotes l'étaient comme lui, qu'il devait son salut à Jeanne d'Arc.
« Tandis que la flamme dévorait sa maison, laissant à peu près intacte seulement la petite pièce du rez-de-chaussée, dans laquelle il s'était réfugié, tandis que la fumée remplissait tout de ses miasmes et le devait étouffer, tandis que la chaleur élevée à un degré invraisemblable le devait tuer, il avait adressé à Jeanne cette prière ingénue : « Vous qui avez été brûlée, vous savez ce qu'on en souffre. Ayez pitié de moi: sauvez-moi du feu. Puis, vous étiez toute pure; moi je suis un grand pécheur; si je sors d'ici sain et sauf, je ferai appeler M. le curé et je me confesserai.»
« A la stupeur universelle, il sortit sain et sauf et tint son engagement.
« Ce prodige que Pie X avait coutume d'appeler « le prodige du feu » ne fut pas discuté...»

> http://www.stejeannedarc.net/

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