Lettre du 25

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie

25 juin 2019

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De la conjuration sans fin

 
L'état présent du monde, de l'Eglise, de notre pays ne manque pas d'attrister nos cœurs et d'obscurcir nos esprits. Comment garder la tête froide, conserver l'espérance, faire grandir la foi lorsque tout semble s'écrouler par pans entiers dans le fracas des rumeurs et des mensonges ? La tentation est de se recroqueviller en de petites chapelles, de cultiver son quant-à-soi, d'entretenir son pessimisme, d'annoncer l'apocalypse tout en demeurant les bras ballants. Pour ne pas sombrer, il faut regarder en arrière, se souvenir de l'histoire, celles qu'ont écrite nos aïeux, pour le meilleur et pour le pire. Car, dans le passé, se trouve la racine du mal moderne. En comprendre les ressorts permet d'être moins désarmé, de repérer l'ennemi, d'échapper à ses stratagèmes et d'organiser la contre-attaque.
                                   
Notre Seigneur ne nous a jamais promis un parcours de santé. Il ne nous a pas annoncé le plaisir à chaque tournant du chemin. Bien au contraire, Il n'a cessé de nous avertir sur ce qui attendait le disciple fidèle : renoncement, croix, rejet, persécution, mort. Pas de quoi enthousiasmer les foules, pas même celles qui se disent aujourd'hui « catholiques » et pour lesquelles la foi se résume à un menu relativiste et personnalisé où la tolérance et le vivre-ensemble prennent plus de place que l'amour de la vérité et l'exercice héroïque de la charité. Il n'a jamais proclamé que la récompense serait donnée en ce monde, et s'Il a bien déclaré que les puissances de l'enfer ne prévaudraient pas contre l'Eglise, Il n'a jamais sous-entendu que cette dernière serait couronnée de lauriers par le monde qui ne pouvait et qui ne peut que la haïr. Comme nous ne sommes pas des Catholiques des âges d’or de l’Église et que nous ne connaissons pas encore de persécution sanglante, nous avons pris l’habitude de nous être installés confortablement dans une foi qui ne dérange guère, qui n’est souvent que la cerise sur le gâteau, ou, pire, la cinquième roue du carrosse. Le moindre effort nous coûte et le mot même de sacrifice nous épouvante et nous dégoûte. Que nous le voulions ou non, nous sommes bien embourbés dans le monde. Un chrétien du XIIIème siècle serait bien surpris de nous découvrir car nous n’avons pas beaucoup de points communs avec lui. Y compris dans les milieux de la « Tradition », les fidèles présentent souvent un vernis qu’ils confondent avec l’essence. Les structures sont faibles, la colonne vertébrale inexistante, tout l’édifice est fragilisé. A la moindre épreuve, voilà que tout s’écroule. Nous nous consumons aussi rapidement que l’étrange incendie de Notre-Dame a dévoré la cathédrale. Pourquoi donc sommes-nous si vulnérables alors que nous avons la prétention de confesser une foi identique à celle de nos pères ?
                        
Nous sommes en grande partie des héritiers inconscients du contenu de l’héritage que nous avons reçu. Tout est pêle-mêle dans le coffret remis entre nos mains, le pire et le meilleur. Nous savons bien que lorsque ces deux-là sont mélangés, le pire finit toujours par l’emporter, d’autant plus que le monde environnant n’aide pas à résister, à réfléchir, à discerner. Alors nous pataugeons comme nous pouvons, esseulés et abandonnés que nous sommes, alors que le phare romain, qui avait brillé pendant deux millénaires, s’essouffle soudain et ne brille plus que par intermittence. Il nous faut comprendre de qui et de quoi nous sommes les héritiers pour pouvoir réagir comme il se doit. Il ne s’agit pas d’être grand clerc et de décortiquer l’histoire pour que la vérité saute aux yeux. Le poète Lamartine écrivait : « Toute civilisation qui ne vient pas de l’idée de Dieu est fausse. Toute civilisation qui n’aboutit pas à l’idée de Dieu est courte. Toute civilisation qui n’est pas pénétrée de l’idée de Dieu est froide et vide. La dernière expression d’une civilisation parfaite, c’est Dieu mieux vu, mieux adoré, mieux servi par les hommes. » Cette vision est certes un peu romantique et les termes mériteraient des éclaircissements et des précisions, mais l’intuition est juste. Depuis que la civilisation n’a plus Dieu comme assise, comme guide et comme but, elle erre et elle s’étiole. Encore faut-il qu’il s’agisse du vrai Dieu, celui révélé par le Christ, et non point une mauvaise et fausse copie, une singerie diabolique, comme les dieux adorés dans les fausses religions. Nous allons dire que nous adorons vraiment Dieu, celui de la Révélation. Cela est possible, mais nous devrions y regarder à deux fois car ce Dieu a été tellement défiguré depuis plusieurs siècles dans notre pays et sur le continent européen. Robespierre lui-même croyait en Dieu et lutta contre l’athéisme révolutionnaire. Mais quel Dieu ? Un mot ne suffit pas à établir la vérité. Si l’objet de l’intelligence est mauvais, le vocabulaire aura beau être pieux, l’ensemble ne sera pas simplement vide mais également néfaste et faux. Beaucoup de personnes parlent aujourd’hui de Dieu, y compris dans les loges maçonniques. Nous ne sommes pas à une époque de vide religieux, mais plutôt de trop-plein qui est du poison. Or, la confusion semée dans les esprits en ce qui concerne Dieu ne date pas d’hier. Elle est ancienne et, comme elle vient du diable, elle a tissé patiemment sa toile, durant des siècles, passant inaperçue très longtemps, puis s’imposant tout à fait. En fait, il existe une conjuration qui a pris racine dès la fin du Moyen Age et qui n’a cessé de prendre de l’embonpoint. Certaines saines réactions l’ont parfois réduite au silence quelque temps, la poussant à un régime amaigrissant, mais, rapidement elle a repris du poids dès que l’occasion s’en présentait. Cette conjuration est celle dirigée contre la religion catholique (pas d’abord le christianisme mais le catholicisme romain). Deux civilisations sont face à face : la catholique, et l’autre qui n’existe qu’en opposition avec la première et toujours sur les ruines de la première car elle est incapable de créer quoi que ce soit par elle-même. Le Malin ne peut rien inventer, rien produire, rien construire. Il singe et il parasite. La civilisation moderne a surgi et n’a survécu, grassement, que comme corps étranger s’incrustant dans un corps sain, la civilisation chrétienne (catholique uniquement, puisque toute l’Europe n’est ce qu’elle est que grâce au travail de l’Église, de ses moines, de ses théologiens, de ses artistes).
                                       
La fin dernière de l’homme est la félicité, comme l’a si bien décrit Bossuet dans ses Méditations sur l’Evangile. Ce bonheur ne se trouve qu’en Dieu, tel est le programme des Béatitudes. L’Église n’a jamais enseigné un autre message, jusqu’à ce qu’elle se laisse séduire par les sirènes de la civilisation moderne qui, elle, affirme que le bonheur est dans la jouissance personnelle. D’un côté, le mérite pour le salut éternel, de l’autre, le plaisir éphémère pour une satisfaction terrestre. Il faut choisir entre les deux. Le problème est que, surtout depuis la Renaissance, puis la secousse de l’hérésie protestante, et encore plus la Révolution fille des Lumières et de la franc-maçonnerie, le message est brouillé au sein de l’Église où tant se sont laissé tromper et ont décidé, d’abord avec le modernisme puis avec le concile Vatican II, de rendre hommage au monde et de déposer les armes. Ce furent les épousailles de la carpe et du lapin. Un tel couple est stérile et celui des deux qui est pur perd son innocence en se livrant à l’autre. 

Le Syllabus de Pie IX a parfaitement souligné ces aberrations et il est plus que jamais d’actualité car il dénonce les erreurs qui ont fructifié à notre époque. Le P. Pierre de Clorivière, jésuite de l’ancienne Compagnie survivant dans le tumulte de la Révolution, écrivait en 1794 dans ses Vues sur l’avenir : 
« Le grand effort de l’enfer, maintenant surtout, tend à séparer l’homme de Jésus-Christ, à le mettre dans l’inimitié de Jésus-Christ. Tous les biens que Dieu a faits à l’homme, c’est en vue de Jésus-Christ qu’Il les a faits. Jésus-Christ est le flambeau du monde. En s’écartant de Lui, les peuples, comme les individus, se replongent dans les ténèbres. Il en sera toujours ainsi. »
Du trouble intellectuel causé par la querelle des universaux à la fin du Moyen-Age, à l’amour immodéré de l’antique et de l’homme à la Renaissance avec Pétrarque, Alberti, Erasme même, à l’hérésie de Luther et de Calvin, aux philosophes des Lumières, Rousseau aussi bien que Voltaire, à l’instauration des loges maçonniques, à la grande Révolution et aux petites qui vont suivre, tout se tient par un fil invisible au début, puis de plus en plus net : la haine du catholicisme et le souhait de le remplacer par une nouvelle religion, au départ encore chrétienne par certains aspects, puis totalement étrangère. Notre religion moderne, héritière de cette conspiration, est le moi, d’ailleurs souvent et de plus en plus indifférencié dans la masse, dans la nasse des moi qui s’additionnent, se confondent mais qui ont la prétention de se suffire à eux-mêmes, d’être maîtres de leur origine et de leur fin. Le bonheur n’est plus réduit qu’à une somme indéfinie, infinie de plaisirs médiocres ou franchement mauvais qui sont déclinés jusqu’à la nausée. L’homme moderne est riche et malheureux. Ce n’est même plus la civilisation moderne, qui comportait en elle des idées chrétiennes devenues débridées, mais une société post-contemporaine composée d’invertébrés déprimés parce que gavés. 

Personne ne peut dire qu’il n’est pas, peu ou prou, tributaire de cette nouvelle manière d’être (ou de ne pas être). Nous sommes tous touchés par le poison ; le seul remède est une vigilance de chaque instant et une exigence envers soi-même qui ne laisse la porte ouverte aux influences pourries. 

Travail titanesque, héroïque ? Plus que cela : travail de la sainteté, c’est-à-dire l’abandon de sa volonté propre à l’oeuvre de la grâce. La seule richesse qui importe est l’homme intérieur. Tout le reste passe et ne laisse aucune trace. Quelle est notre priorité ? Celle de plaire au monde ou celle de vivre déjà de la vie éternelle ? Le choix demande des sacrifices. Le royaume des cieux n’est pas de ce monde, mais nous pouvons vivre ici-bas comme un préambule pour le royaume qui ne passe pas.


P. Jean-François Thomas s.j.
S. François Caracciolo
4 juin 2019
                             

Le Greco - adoration du St Nom de Jésus.jpg
                    
Le Greco : l'adoration du Saint Nom de Jésus

Pèlerinage au Puy


Pèlerinage de la Confrérie Royale

Le Puy-en-Velay

Jeudi 30 & vendredi 31 mai et samedi 1er juin 2019

 
Indications pratiques pour se retrouver le jeudi 30 mai :
– Lieu du rendez-vous : 
Lycée Saint Jacques de Compostelle
10 boulevard Montferrand 
43000 Le Puy en Velay.
Coordonnées GPS : 45.047451, 3.882093
– Il s'agit d'un grand bâtiment neuf qui ne figure pas encore sur « google maps » par exemple. En voici une photographie :
 

– Note : le n°10 du Boulevard Montferrand est apposé à l'ancien bâtiment, dont vous apercevez l'angle sur le côté droit de cette photo, mais c'est bien le bâtiment neuf (en orange et gris) dans lequel nous serons. L'entrée de ce bâtiment se situe au rez de chaussée exactement à l'endroit où se trouve projetée l'ombre du bâtiment ancien.
– Stationnement : Il n'y a que quelques places de stationnement dans l'enceinte du lycée, que nous réservons aux véhicules du clergé (Ben oui, en ce qui nous concerne nous n'avons pas fait de « nuit du 4 août » et nous maintenons des privilèges!!!)
Le boulevard Montferrand est bordé de places de stationnement... payant par horodateur (sauf jours fériés), mais au bout de ce boulevard, sur la commune d'Aiguilhe (aux alentours du Rocher Saint-Michel) se trouvent plusieurs zones de stationnement non payante mais en zone bleue (où il faut donc mettre un disque bleu).
Accueil : Je me trouverai moi-même à l'entrée de ce bâtiment du Lycée Saint Jacques de Compostelle à partir de 14 h ce jeudi de l'Ascension 30 mai pour vous y accueillir. Si une ou deux personnes veulent bien m'assister pour cet accueil et pour conduire les pèlerins qui logent au lycée dans leurs chambres (aux étages) je leur en serai fort reconnaissant.
– Important : si vous avez choisi de loger au lycée, vous devez apporter vos draps (ou sac de couchage) et votre linge de toilette, qui ne sont pas fournis (lits 1 place). Il y a le wifi dans l'établissement. Toutes les chambres ferment évidemment à clef au moyen d'un badge électronique qui vous sera remis lors de la prise de possession de votre chambre.
Les conférences auront lieu au premier étage de ce bâtiment dans une vaste salle de conférence neuve et bien équipée. A côté de la salle de conférence se trouve un foyer pour rencontres amicales.
– Pour ceux qui, en raison de leur voyage, n'auraient pas assisté à la Sainte Messe du jour de l'Ascension le matin, une Messe sera célébrée à 18 h dans la « chapelle des reliques » à la cathédrale (selon le rite latin traditionnel bien évidemment).
– Je demande à TOUS les pèlerins de bien vouloir être au réfectoire du Lycée Saint-Jacques de Compostelle (rez de chaussée) vers 19 h 20 ce jeudi soir. Le dîner sera à 19 h 30, et je tiens à une rigoureuse exactitude pour les horaires des repas, ne serait-ce qu'en raison de la plus élémentaire courtoisie envers le personnel du lycée qui sera à notre disposition.
Merci de bien vouloir vous plier à cette discipline dans un esprit de charité évangélique.
Ainsi que vous pouvez le voir sur le cliché ci-dessous (photo prise à la mi février 2019) ce réfectoire est spacieux, lumineux et fonctionnel.

– A 20 h 30, nous nous retrouverons à l'étage au-dessus pour la causerie d'introduction du pèlerinage, puis nous chanterons les complies avant de nous retirer chacun au lieu de notre repos, afin d'être en excellente forme pour la journée du vendredi 31 mai, fête de Marie-Reine, qui sera dense et – n'en doutons pas – riche de grâces.
– Tous les offices sont célébrés selon la liturgie latine traditionnelle.
Un livret a été réalisé : il sera remis à chacun des pèlerins, vous y trouverez le programme complet de notre pèlerinage, les textes propres des Messes... etc. Mais cela ne vous dispense évidemment pas d'apporter votre propre missel.
– Les pèlerins qui arrivent au Puy par le train sont invités à nous signaler leur heure d'arrivée pour qu'une voiture aille les chercher à la gare.
– Les personnes qui n'ont pas payé l'intégralité de leur séjour au moment de l'inscription, sont invitées à en régler le solde au moment de leur arrivée.
– Enfin, s'il y en a parmi vous qui souhaitent s'engager dans la Confrérie Royale et ne se sont pas encore signalées, qu'elles me le signifient au plus tôt s'il vous plaît.

Je reste à votre disposition pour tout autre renseignement ou précision.
Prions dès à présent pour que ce pèlerinage porte des fruits spirituels en chacune de nos âmes, pour la France en si grande pitié et pour notre Souverain légitime et bien-aimé, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, et pour toute notre chère famille royale.
 
Avec l'assurance de mon religieux dévouement et de ma fidèle amitié,
 
in Corde Iesu & Mariae.
Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
prieur de la Confrérie Royale.

Lettre du 25

Lettre du 25 mai
aux membres et amis
de la Confrérie royale



Notre-Dame,
de l’incendie inattendu
au relèvement espéré



Les images de la charpente en feu de la cathédrale-basilique Notre-Dame de Paris, en ce début de Semaine Sainte, restent gravées dans nos esprits. Un curé parisien nous confiait récemment que les prêtres de la capitale ne s’en sont toujours pas remis. C’est l’église paroissiale de nos Rois, Saint-Germain-l’Auxerrois, qui accueillera  ordinairement – en attendant la reconstruction – Mgr l’archevêque de Paris.
En 1846, Notre-Dame apparut à La Salette en pleurs. En 2019, elle se contemple en feu.
Beaucoup d’entre nous l’ont ressenti instinctivement, cet événement a valeur de signe, comme le soulignait avec beaucoup d’à-propos un évêque français. Et entendant la réaction émue, télédiffusée « en direct », de l’archiprêtre-recteur (que ne juge aucunement, n’ayant pas été à sa place) attendant de pouvoir au Paradis demander au Seigneur : « Pourquoi ?! », je repensais aux avertissements de Notre-Seigneur : « Comme Jésus s'en allait, en sortant du Temple, Ses disciples s'approchèrent pour Lui en faire remarquer les constructions. Mais Il leur dit : Voyez-vous tout cela ? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée » (Matth. XXIV, 1-2) et « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi ; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants » (Luc. XXIII, 28). Comme j’eusse souhaité que sur les images diffusées, l’on entendît un prêtre ou un évêque appeler enfin le monde à la conversion et à la pénitence, comme Notre-Dame ne cesse d’y appeler apparition après apparition ! Mais comme pour les inhumations, nos pasteurs semblent ne jamais savoir profiter des occasions pour ramener les âmes à l’essentiel, en la gravité des heures que nous vivons : « Au temps favorable je t'ai exaucé, au jour du salut je t'ai secouru. Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut » (II Cor. VI, 2).
Notre question, à nous Catholiques, ne doit pas être « Pourquoi ?! », mais « Jusqu’à quand ?! » (Is. VI, 11). Étant donné la gravité des offenses faites à Dieu, j’en viens même à m’étonner que nous ne subissions pas de plus rudes châtiments. Jusqu’à quand supporterez-vous, Seigneur, tant d’attaques contre Votre Nom, contre Votre Église, tant de trahisons au sein-même de Votre Église ? Usquequo Domine ? Réveillez-vous et vengez Votre Nom, mais en même temps, épargnez et convertissez Votre peuple !
*
Non signe de la « fin des temps », mais signe emblématique, résumé formidable de ce que vit non seulement la Sainte Église (l’une de ses ennemies l’a souligné), mais également la France et la société contemporaine tout entière, avec une édifice en feu à son sommet (ses élites ou prétendues telles), s’écroulant par endroits dans la nef des simples fidèles – et jusqu’à la flèche centrale majestueuse, porteuse de la Croix et de précieuses reliques, Dieu merci sauvées –, tandis que continue de se dresser une façade qui, sans recul, nous cacherait toute la misère intérieure devant laquelle les spectateurs ne pouvaient rester qu’effarés et impuissants. Car les scandales à la tête de l’État (des États) comme de l’Église sont à l’instar des démons : légion.
*
Abasourdis, oui, mais totalement impuissants ? Non, car ces Catholiques agenouillés spontanément pour réciter leur rosaire – la seule grande prière délivrée par le Ciel pour nous prémunir contre les maux matériels et spirituels de cette vie – sont l’honneur du bon sens réflexe des jeunes fidèles laïques du Christ de notre époque.
De même, « l’aumônier des pompiers de Paris, l’abbé Fournier, ce héros du Bataclan et de la guerre en Afghanistan, après avoir sauvé la couronne d’épines, est retourné dans le brasier pour aller mettre les hosties contenues dans le tabernacle de l’autel dédié à saint Georges (celui qui terrasse le dragon) à l’abri et, avec elles, bénir la cathédrale en flammes. Les drones qui ont survolé Notre-Dame, pendant le sinistre, ont fait briller dans la nuit des ténèbres une croix rouge comme le sang, qui illuminait Paris. Le plan sur lequel est bâti la cathédrale est, à lui seul un témoignage de la foi des artistes anonymes qui nous légué un tel héritage » (F. Schwerer, source).
Dès le début de l’incendie, notre Roi intervint lui aussi aussitôt pour se dire « attristé et très ému de voir Notre Dame de Paris en proie aux flammes, le joyau de notre patrimoine, point de départ de toutes les routes de France », et s’exclamer, comme seul un Capétien peut encore se le permettre : « Sainte Geneviève, patronne de Paris, sauvez Notre-Dame et ses trésors ». Le fils de saint Louis pensait bien sûr à la Sainte Couronne d’Épines et à la tunique du bon roi, et le recours à l’intercession de l’amie de notre premier roi n’étonnera plus les Français, émerveillés et édifiés par la piété de leur Roi très-chrétien en chaque occasion, à tel point que les impies lui reprochent de ne venir en France que pour honorer son Dieu. Mais Henri V, le vénéré Comte de Chambord, baptisé en cette même cathédrale comme le rappelait opportunément le Cercle légitimiste de Normandie, ne nous enseignait-il pas qu’« Il faut pour que la France soit sauvée, que Dieu y rentre en maître pour que j'y puisse régner en roi » ? Louis est bien le digne successeur d’Henri. A l’endroit-même où la flèche s’est effondrée, que le baptême du 1er mai 1821 soit, pour son bicentenaire, le gage d’une conversion sincère de notre France et d’une restauration glorieuse et complète, des familles aux institutions en passant par les corps intermédiaires !

Dans son message pour le saint jour de Pâques, S.M. le Roi s’adressait ainsi à ses sujets :
« Mes chers compatriotes,
En ce jour où toute la Chrétienté célèbre dans la joie et l’Espérance la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, comment ne pas vous souhaiter une joyeuse et belle fête de Pâques !
La Semaine Sainte a pourtant commencé de manière terrible par le tragique incendie de Notre Dame de Paris qui nous a tous profondément bouleversés. Dieu merci, la cathédrale a survécu à ce déluge de feu et d’eau. Et ses principaux trésors ont été miraculeusement épargnés, en particulier la couronne d’épines, la tunique de Saint Louis, le maitre-autel de Louis XIV, les rosaces...et bien d’autres encore. Et si la charpente et la flèche se sont effondrées sous l’assaut violent des flammes, les murs eux ont tenu. 
Au-delà des signes et des symboles que nous pouvons y voir, c’est vraiment toute la France qui a tremblé saisie d’émotion pour ce joyau qui fait partie de notre Histoire, de notre patrimoine.
[…] Et que ce brutal événement nous soit une incitation à convertir nos cœurs, à les dépouiller du superficiel, à les ramener à l’essentiel. Que le Christ règne sur nos cœurs apaisés et que Notre-Dame qui est la Reine de France, protège le peuple de France qu’Elle affectionne tant ! »
Louis le Juste (13e du nom) parle encore en la personne de l’aîné de ses fils, lui le roi sacré et « évêque du dehors », qui se reconnaissait la mission de travailler à ce « que nous puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ».
               
Et Notre-Dame (l’édifice), qu’est-elle sinon le monument de la piété de nos rois envers Notre-Dame (la personne), seule Première Dame de France ? Plus précisément, elle est l’ex-voto du Vœu de Louis XIII, le grand roi ayant promis d’édifier un maître-autel en perpétuel hommage à sa consécration à l’auguste Mère de Dieu, et Louis-Dieudonné l’ayant (tel Salomon pour David) édifié, le père et le fils se faisant respectivement représenter à sa gauche et à sa droite. 
« Nous avons cru être obligés, écrivait Louis XIII, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée Croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces ».
Français, ne vous lassez pas de relire et redire ces lignes immortelles, gravées dans le marbre de Notre-Dame et dans chacun de nos cœurs : 
« A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets
la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, 
que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire
Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre ».
*

Les démons ne supportent pas ce lien unissant la France à la Bienheureuse Vierge Marie, mais ils ne pourront jamais rien faire contre lui ; la France n’a été consacrée que tard au Sacré-Cœur de Jésus, et par un Louis XVI prisonnier au Temple, ayant perdu le pouvoir ; mais l’acte en bon et due forme qu’est l’édit de Saint-Germain, signé le 10 février 1638 – et pour lequel avait été retenue cette année la date d’un pèlerinage jubilaire à Notre-Dame de Grâces à Cotignac –, lui, a non seulement eu pleine vigueur depuis le début, mais continue de l’avoir à travers les temps, les peuples de France retrouvant la joie de la fidélité aux processions du 15 août. Que la prochaine fête de l’Assomption de Notre-Dame (et de son entrée dans la gloire) nous voie donc redoubler de ferveur : de même que le Christ, en Son Ascension – fête que la Confrérie royale célèbre chaque année au Puy, auprès de la Reine de France –, entraîne après Lui tous les membres de Son Corps mystique au Ciel, de même le 15 août, c’est de manière particulière tout le Regnum Galliae, Regnum Mariae qui s’apprête à prendre son élan vers Dieu, en cette fête que Pie XI a consacrée comme fête patronale de la France, le 2 mars 1922, dans l’encyclique Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam, par ces paroles : 
« Après avoir pris les conseils de Nos vénérables Frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine préposés aux Rites, motu proprio, de science certaine et après mûre délibération, dans la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la force des présentes et à perpétuité, Nous déclarons et confirmons que la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité. 
De plus, écoutant les vœux pressants des évêques, du clergé et des fidèles des diocèses et des missions de la France, Nous déclarons avec la plus grande joie et établissons la Pucelle d’Orléans, admirée et vénérée spécialement par tous les Catholiques de France comme l’héroïne de la patrie, sainte Jeanne d’Arc, vierge, patronne en second de la France, choisie par le plein suffrage du peuple, et cela encore d’après Notre suprême autorité apostolique, concédant également tous les honneurs et privilèges que comporte selon le droit ce titre de seconde patronne », 
et nous commémorerons notre héroïne dans exactement une semaine au Puy (le 30 mai étant occupé cette année par la fête de l’Ascension du Seigneur, et le 31 par celle de la Royauté de Marie) ; 2019 est d’ailleurs le 590e anniversaire de la grande épopée de Jehanne, de Domrémy (janvier) à Reims (17 juillet).
Le pape de la fête du Christ Roi rappelle enfin que « Les Pontifes romains Nos prédécesseurs ont toujours, au cours, des siècles, comblé des marques particulières de leur paternelle affection la France, justement appelée la fille aînée de l’Eglise » ; et « il est certain, selon un ancien adage, que « le royaume de France » a été appelé le « royaume de Marie », et cela à juste titre ».
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Les Ecclésiastiques à la mode ont voulu, depuis cinquante ans, pour se « rapprocher des fidèles » de la nef, « sortir le sacré » du sanctuaire pour le célébrer désormais au transept, le chœur laudis perennis (de la louange pérenne) perdant ainsi sa raison d’être en disparaissant liturgiquement. C’est malheureusement tout un bouleversement, tout un désordre qui s’est emparé de la sainte Liturgie, dans toutes nos églises, de la cathédrale de la capitale à la plus petite des chapelles de nos villages, au point de ne même plus respecter les « lieux sacrés » et la raison d’être de leur construction (cf. chaires, jubés, confessionnaux, stalles, maître-autel). Alors que seul le nouvel autel « d’art contemporain » a été détruit par l’effondrement de la flèche, les éboulements ont épargné au sanctuaire et au chœur : Piéta (Stabat Mater… la Mère se tenait debout), maître-autel, stalles des chanoines (mais non les deux orgues du chœur).
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Tous ont été marqués par cette Mère des Douleurs tenant dans ses bras Son Fils mort, au pied d’une Croix resplendissant à travers les ténèbres. Cela est le bel enseignement qui doit « nous parler » au milieu du drame qui s’est joué, il y a 2000 ans comme le 15 avril dernier, mais également à travers tous les scandales qui salissent dans les media le visage de notre Sainte Église, et dans la vie de tous les jours, les âmes, les esprits et les corps de nos contemporains.
« Quand les pompiers ont pu enfin entrer dans le fond de la nef, ils ont pu constater et montrer au monde entier que la grande croix dorée qui surmontait l’autel, la piéta, les statues de Notre-Dame n’avaient pas été abîmées. Notre Dame, toujours debout au pied de la croix. En découvrant ces images, l’artiste qui avait sculpté cette magnifique croix glorieuse, Marc Couturier, a été très étonné de la voir si brillante : C’est mystérieux, c’est très étrange ! Car elle n’est pas éclairée… cette lumière qui émane de la croix, c’est étonnant… Elle remplissait son devoir : resplendir dans la nuit et dans le chaos » (source).
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A l’opposé de l’immédiateté et des courts mandats affectionnés par le démocratisme, notre Prince voit loin et sait que « Paris ne s’est pas faite en un jour », que la France que nous connaissons a été laborieusement édifiée par plus d’un millénaire de sage gouvernement de nos rois.
« Que le peuple de France, conduit par les architectes des bâtiments de France et des monuments historiques, s’appuyant sur le professionnalisme exceptionnel de nos corps de métiers restaure à présent patiemment Notre-Dame, en prenant le temps comme meilleur allié, pour lui rendre sa splendeur, dans l’esprit de Foi et de sacrifice qui était celui de ses bâtisseurs, nos ancêtres ».
Car le successeur de nos Rois voit plus loin que ces occupants ne voyant pas plus loin que leur quinquennat (après eux – voire sous eux – le déluge !, et en l'occurrence : de feu, quand on fait la liste de toutes nos églises brûlées ces derniers temps) ; l’aîné des Capétiens va à l’essentiel, à ce que doit viser tout principe architectonique, tout prince, tout chef : l’ordre harmonieux de l’ensemble, le Bien commun, pour lequel se battent les derniers vrais défenseurs de la Chrétienté, de l’ordre temporel chrétien fidèle aux traditions légitimes, sous le drapeau immaculé et fleurdelysé de leur monarque : « Souhaitons que cette unité d’une nuit, restaurée quelques instants autour de ce qui constitue le départ de toutes les routes de France, de ce qui en est le cœur spirituel et culturel, puisse régner durablement, plus forte que les divisions qui nous minent trop souvent » et qui sont décidément une tare so frenchy... A Pellevoisin, notre Mère du Ciel s’était elle aussi penchée sur les défauts des fils de son Royaume de prédilection, en disant à Estelle Faguette : «Tu as bien le caractère du Français ; il veut tout savoir avant d'apprendre et tout comprendre avant de savoir » (9 septembre 1876).
De même qu’il n’est besoin d’être « complotiste » pour ne pas croire à l’accident (ravageant avec tant de rapidité une structure solide ayant traversé les siècles, à l’étonnement des architectes, salués par le Prince bien que soigneusement éloignés des plateaux…), de même nous savons que le « profit à tout prix » prépare depuis quelques années une restructuration de l’Île de la Cité. Prions et travaillons pour que le régime en place n’enlaidisse pas une fois de plus les joyaux de notre Histoire, ainsi que notre cadre de vie tout simplement ! Et souvenons-nous qu’un ministre de l’Intérieur a osé dire en présence de clercs que Notre-Dame n’était pas une cathédrale : elle risque de devenir le jouet de drôles de bienfaiteurs, pour comme le redoutent certains, devenir le signe de la 3e spoliation… N’est-ce pas en effet devenu une « tradition républicaine », se répétant tous les cent ans (1790, 1905, 2019) ? Les destructions régulières et transformations de nos églises, après avoir été volées par l’État et les communes, sont un scandale dont se rend malheureusement complice une partie de notre clergé. Dans trop de nos villages, nous voyons des paroissiens (heureusement non majoritaires mais malheureusement « aux postes ») se battre pour que l’église demeure fermée, favoriser les visites et orchestres la transformant en musée et salle de concert, se plaindre du retour au culte : que la cathédrale-basilique de la capitale ne devienne pas une salle « multicultuelle » comme dans les aéroports, ce qui est l’abomination de la désolation.
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Me permettrez-vous pour conclure de paraphraser notre Souverain en élargissant sa prière à toutes nos provinces ?
Que le peuple de France, conduit par les architectes que furent, que sont et que seront nos Rois, s’appuyant sur le professionnalisme exceptionnel de nos Lois fondamentales et des « organismes brisés par la Révolution » (S. Pie X : encyclique Notre charge apostolique, 25 août 1910), restaure à présent patiemment le Royaume de Notre-Dame, en prenant le temps comme meilleur allié, pour lui rendre sa splendeur, dans l’esprit de Foi et de sacrifice qui était celui de ses bâtisseurs, nos ancêtres !
« En conséquence, Nous prions Dieu, auteur de tous les biens, que, par l’intercession de ces deux célestes patronnes, la Mère de Dieu élevée au ciel et sainte Jeanne d’Arc, vierge, ainsi que des autres saints patrons des lieux et titulaires des églises, tant des diocèses que des missions, la France catholique, ses espérances tendues vers la vraie liberté et son antique dignité, soit vraiment la fille première-née de l’Église romaine ; qu’elle échauffe, garde, développe par la pensée, l’action, l’amour, ses antiques et glorieuses traditions pour le bien de la religion et de la patrie » (Pie XI).
Et la Fille aînée-consort de l’Église Romaine ne retrouvera pleinement ce titre d’honneur que le jour où elle aura retrouvé son mystique époux, le Roi Très-Chrétien, le jour où celui-ci recevra à Reims l’anneau symbolisant cette union et l’alliance bimillénaire de Dieu et de la France.

Ô Notre-Dame, célébrée ce 24 mai comme Auxiliatrice, Secours des Chrétiens, venez à l’aide de vos enfants, aidez-les à reconstruire la Chrétienté – l’ordre social chrétien – et sa clef de voûte, la Royauté Très-Chrétienne.
Abbé Louis de Saint-Taurin +

Lettre du 25

Lettre mensuelle aux membres et sympathisants
de la Confrérie Royale

25 avril 2019
                                                                                              

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« C’est en passant par la croix que nous pourrons connaître la résurrection pour l’Eglise, pour la France, et pour nous-mêmes dans la vie éternelle. » 

                                                                   
En ces jours où nous fêtons avec allégresse la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, je vous invite à remonter le temps pour se retrouver un peu moins de 2000 ans en arrière. Nous sommes sur le Golgotha, ou encore appelé « Lieu du Crâne ». C’est la neuvième heure, selon la façon de compter des juifs de cette époque, soit quinze heures pour nos horloges actuelles. Trois hommes pendent à des croix, selon le supplice terrible et déshonorant en vigueur dans l’Empire pour les criminels n’étant pas citoyens romains. Les suppliciés sont déjà morts. Au pied de la croix centrale se trouve un petit groupe de personnes qui pleurent, trois femmes et un jeune homme. Cette croix, c’est bien celle de Jésus de Nazareth, Celui qui avait fait tant de miracles, qui était considéré comme un prophète et même comme le Messie pour beaucoup de juifs. Quelques jours auparavant, une grande foule l’avait acclamé alors qu’Il entrait dans Jérusalem monté sur un âne, accomplissant parfaitement les Ecritures :
                                                            
Tressaille d'une grande joie, fille de Sion ! Pousse des cris d'allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton Roi vient à toi; Il est juste, lui, et protégé de Dieu ; il est humble; monté sur un âne, et sur un poulain, petit d'une ânesse. (Zacharie 9, 9)
                                                      
Les juifs étaient dans l’admiration de ce Jésus au charisme tel qu’Il pouvait, simplement en le demandant, faire qu’un pêcheur laisse sa barque, son filet, et avec cela toute sa vie passée, pour le suivre et devenir son disciple. Ce Jésus qui parlait avec une autorité jamais connue auparavant, qui connaissait le sens profond des Ecritures, chassait les démons, rendait la vue aux aveugles ou encore guérissait les lépreux. Sa puissance était telle qu’Il était allé jusqu’à ressusciter un mort en la personne de son ami Lazare, en criant devant le tombeau où ce dernier était déjà depuis quatre jours : « Lazare, sors! » (Jean 11, 44). C’est d’ailleurs ce dernier miracle extraordinaire qui avait définitivement déterminé le Sanhédrin à mettre Jésus à mort. Car il faut le dire, Notre Seigneur gênait certaines personnes et était déroutant pour beaucoup. Bien sûr, ces principaux ennemis étaient les scribes et les pharisiens dont Il avait plusieurs fois dénoncé l’hypocrisie. Ceux-là avaient été scandalisés par certaines de Ses paroles, comme ce fameux passage de l’Evangile où Jésus donne une nouvelle interprétation à certains préceptes de la loi de Moïse. « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens […] Et moi, je vous dis » (Matthieu 5, 21-22). Comment cet homme osait parler ainsi ? Comment osait-Il se dire Fils de Dieu ? Ces juifs si attachés à la Loi et la transcendance absolue du Dieu unique ne pouvaient accepter que quelqu’un parle de la sorte.
                                                                
Même ses disciples avaient du mal à comprendre ce qu’était et voulait vraiment Jésus. Alors qu’Il était au sommet de sa gloire au moment de l’entrée à Jérusalem, voilà qu’Il avait des propos étranges :
                                                           
En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perdra; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle.(Jean 12, 24-25)
                                                               
Pour les disciples et les juifs qui acclamaient notre Seigneur, tout était prêt pour restaurer le royaume de David avec Jésus comme roi. Mais ce n’était pas du tout ce chemin qu’allait emprunter notre Divin Maître. Et nous nous retrouvons donc quelques jours plus tard au pied de cette croix. Jésus est mort. Pour les disciples, tout est perdu. Ils sont déçus, abattus et dans la peur, cette peur qui a poussé Pierre à renier trois fois Celui qu’il aimait tant. Cette peur qui obligea les apôtres à rester enfermés durant trois jours.
                                                        
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Il faut se figurer cet état des apôtres, fait de tristesse et d’espérances évanouies. Ne nous rappelle-t-il pas le notre face à l’état actuel de l’Eglise ou de la France ? Tout nous semble perdu, le monde a oublié Dieu, a oublié même ce qu’est l’homme au plus profond de lui-même. L’homme moderne court après des chimères que sont les divertissements et les plaisirs faciles. Il ne tient plus compte de l’héritage que lui ont légué ses ancêtres et pense qu’il peut lui-même définir tout ce qu’il est : sa religion, sa patrie, son sexe, etc. L’Eglise semble aller à sa perte, que ce soit par le nombre de ses fidèles en Occident ou par la décrépitude morale, doctrinale et liturgique dans laquelle elle semble plongée. Selon les mots de Benoît XVI « le navire a tant pris l’eau qu’il est sur le point de chavirer. » La France s’éloigne de jour en jour de ce qu’elle est ontologiquement, l’alliance entre les Francs et l’Eglise, continuée dans l’œuvre admirable des Capétiens qui ont construit patiemment un pays chrétien, puissant et heureux. Aujourd’hui, elle est plus que jamais déchirée dans les querelles partisanes, s’enfonce dans l’insécurité et la dépression, tandis que ses « élites » politiques continuent inlassablement de la vendre en pièces détachées, s’obstinant à renoncer à son essence chrétienne et royale en s’acharnant à alimenter la machine révolutionnaire mise en route en 1789.
                                                            
Le tableau est bien noir, en effet. L’espoir d’un relèvement prochain est plus que timide. Si beaucoup de Français voient qu’il y a de gros problèmes dans notre pays, peu en connaissent les raisons profondes. Et cela restera le cas, tant qu’ils ne se tourneront pas vers l’Espoir de tout relèvement : Jésus-Christ. Car, comme vous le savez, l’événement auquel nous avons assisté dans notre voyage dans le temps au début de cette lettre ne se termine pas ainsi. Trois jours après ce drame de la croix, au petit matin, sans trompette, sans grande manifestation, dans le silence, un linceul avait été déposé, une pierre avait été roulée, un tombeau s’était vidé. Jésus apparaissait à quelques femmes puis à ses apôtres, à quelques personnes choisies pour assister à l’événement central de l’histoire du monde. Qui de nous aurait procédé de la sorte ? C’est bien cela le problème de nos désespérances. « Tu n'as pas le sens des choses de Dieu, mais celui des choses des hommes » (Matthieu 16, 23) disait Jésus à saint Pierre. Combien de fois notre Divin Maître pourrait-il nous faire ce reproche ? Combien de fois réduisons-nous Dieu à notre façon de penser et à nos petits schémas ? « O profondeur inépuisable et de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles ! » dit saint Paul (Romains 11, 33). Pour sauver l’homme pécheur, condamné à la mort éternelle, Dieu choisit la croix et une résurrection silencieuse. Or, les hommes, et d’autant plus ceux d’aujourd’hui, ne veulent pas de la croix. Elle était un scandale pour les juifs, une folie pour les païens, elle est aujourd’hui à oublier, telle nombre des calvaires érigés par nos ancêtres devant lesquels tant de personnes passent dans l’indifférence la plus grande. Et les chrétiens n’en veulent plus non plus. Ils ne veulent plus de sacrifices, plus du Sacrifice. Ils n’ont pas compris que c’est sur ce Bois que naissent les bourgeons qui deviendront les fleurs de la résurrection. Il n’y a pas d’autre chemin :
                                               
« Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. »
(Matthieu 16, 24-25)
                                                     
Comme le grain de blé, nous devrons mourir pour porter du fruit : mourir à notre volonté propre, à la chair, au monde. C’est en passant par la croix que nous pourrons connaître la résurrection pour l’Eglise, pour la France, et pour nous-mêmes dans la vie éternelle. Et cette résurrection, contrairement à la parousie, ne sera pas forcément teintée d’une gloire visible et spectaculaire. Elle se fera peut-être dans le silence d’un pâle matin de printemps, au moment où personne ne l’attendait et n’y était préparé. Car Ses pensées ne sont pas nos pensées, et nos voies ne sont pas Ses voies (Isaïe 55, 8).
                                             
Abbé F. Sauvigny
                                                          
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